




Caures-Wald – Bois des Caures –
Fin 1914 – Début 1916 – Infanterie-Regiment 155 (155e régiment d’infanterie)
Dès la fin septembre 1914, de violents combats se sont déroulés près de la ville de Verdun. L’avancée allemande venant de la direction nord-est fut stoppée par les Français. De même, avec le retrait des troupes allemandes de la Marne, les efforts visant à encercler Verdun par l’ouest et le sud échouèrent.
Après le siège des forteresses belges de Liège, Namur et de la ville fortifiée française de Maubeuge, les Français avaient procédé à une réévaluation de leur propre concept de défense. Les zones fortifiées créées après la fin de la guerre franco-allemande de 1870/71 telles que Belfort ou même Verdun ne correspondaient plus, compte tenu des progrès de l’artillerie, à une stratégie de défense moderne. En Belgique, il était apparu que même des forts puissants comme ceux entourant la ville de Liège pouvaient être écrasés en peu de temps par des pièces de siège modernes.
En se fondant sur ces expériences, les Français créèrent à l’est et au nord de Verdun, à partir du début du mois de septembre 1914, des positions d’infanterie et d’artillerie échelonnées afin de permettre une défense élastique en profondeur. Ces nouvelles lignes de défense intégrèrent les positions françaises dans la zone du Bois des Caures et des zones boisées adjacentes à l’est du Bois de Ville et de Herbebois ainsi que du Bois de Haumont et du Bois de Consenvoye à l’ouest. Dans la zone de ces positions, de lourds combats devaient avoir lieu lors de l’avancée des troupes allemandes en février 1916.
À partir de novembre 1914, le Caures-Wald se trouvait dans la zone d’opération du 7. Westpreußischen Infanterie-Regiments Nr. 155 (155e régiment d’infanterie de Prusse-Occidentale) comme faisant partie de la verstärkten 77. Infanterie-Brigade (77e brigade d’infanterie renforcée). Le régiment devait occuper un large secteur qui, orienté vers le sud, s’étendait de Moirey en passant par Crépion puis le long de la lisière sud des bois de Crépion, de Wavrille et d’Etraye.
Le I. Bataillon était positionné sur le flanc est et avait établi en avant plusieurs grand-gardes. Près d’un lieu de sépulture français s’y trouvant pour plusieurs soldats tombés lors des combats de 1914, l’une de ces grand-gardes fut appelée « Franzosengrab ». Elle se trouvait au sud de Flabas, à la sortie de l’actuelle D 125 du Bois Juré, où se trouvait plus tard la position de départ d’assaut allemande pour l’attaque de février 1916. L’espace dégagé contigu au sud fut désigné sous le nom de « Müllerplatz », d’après l’Oberleutnant (lieutenant) Müller, chef de la 4e compagnie du Koblenzer Pionier-Bataillons 30 (30e bataillon de pionniers de Coblence). Les pionniers y furent engagés aux côtés du IR 155 jusqu’au milieu de l’année 1915.
L’historique régimentaire du IR 155 fait état de difficultés considérables rencontrées par la troupe. Il n’existait aucune ligne de tranchée cohérente qui eût mérité le nom de position. Dans les tranchées avant, il n’y avait aucun abri qui offrât une protection contre le feu d’artillerie ou de shrapnells. Il y avait une lacune d’environ un kilomètre et demi par rapport à la position la plus proche du Reserve-Infanterie-Regiments 98 (98e régiment d’infanterie de réserve) (10. Reserve-Division (10e division de réserve)). Là, il aurait été possible aux Français de contourner par l’arrière l’ensemble du secteur de position allemand, sans être remarqués et avec des forces importantes. De plus, il n’y avait dans la zone boisée que des hébergements insuffisants et exposés au feu d’artillerie, sous forme de huttes rudimentaires en bois ou en torchis ainsi que d’abris spartiates et humides. Le secteur fut par conséquent baptisé par les soldats allemands du nom de « 6. geflickte Hose ».
En raison de sa situation exposée, il fut ordonné en novembre 1914 l’aménagement de la zone « Franzosengrab » à gauche et à droite de la D 125 pour y loger deux pelotons complets. En outre, il convenait de sécuriser la lacune par rapport aux unités de la 10. Reserve-Division rattachées à l’est en direction de Ville-devant-Chaumont. La direction de ces travaux fut confiée au chef de la 2e compagnie du IR 155, le Hauptmann (capitaine) Rotzoll, qui devint plus tard commandant du I. Bataillon. Le point d’appui achevé fut baptisé « Rotzoll-Feste » et la bande boisée située au sud de Flabas, aujourd’hui appelée « le Miroir », « Rotzoll-Wäldchen ». Au cours des semaines suivantes, les positions furent poussées davantage vers l’avant, de sorte qu’à la fin du mois de novembre 1914, il en résulta une ligne continue dans le secteur de la 77. Infanterie-Brigade, s’étendant du bois d’Ormont au nord-ouest, en passant par le bois d’Haumont, le secteur de l’IR 155 au sud de Flabas jusqu’à la lisière est de l’actuel Bois le Comte sur la D 905.
Le système de positions allemand fut continuellement renforcé. Comme souvent, des désignations furent utilisées pour certaines positions marquantes qui présentaient un lien géographique ou personnel avec les unités engagées. Pour les secteurs de positions « Neu Ostrowo » et « Neu Pleschen », les noms de lieux de deux villes de garnison du IR 155 (155e régiment d’infanterie) furent utilisés. D’autres points reçurent les noms d’officiers tels que « Preußkers Wunsch », « Fadenseck » ou « Ravensteingraben ». Certains de ces noms furent conservés, même après que les responsabilités du secteur eurent changé. Des noms tels que celui du « Rotzoll-Wäldchens » ou du « Müllerplatzes » sont encore aujourd’hui des désignations de terrain courantes dans les études d’histoire militaire ou lors d’excursions correspondantes.
Au cours du mois de décembre 1914, les Français tentèrent à plusieurs reprises de repousser les positions allemandes du plateau du bois des Caures vers l’est. Ils en avaient particulièrement après la Côte 322, alors encore insuffisamment sécurisée à l’est de Flabas (la Tanière). De là, ils auraient pu observer profondément l’arrière-pays allemand. Il s’ensuivit de violents tirs d’artillerie et des actions réciproques au cours desquels les Français réussirent, dans la zone est du secteur, insuffisamment sécurisée, près des positions « Fadenseck » et « Waltersruh », à s’implanter dans le flanc de la « Franzosengrab-Stellung ». Malgré ces succès ponctuels et des pertes parfois sensibles des deux côtés, la défense allemande tint bon face aux efforts d’attaque français.
Des problèmes particuliers furent causés aux troupes allemandes par une unité d’artillerie française postée dans le bois de Haumont, surnommée ironiquement « Eselsbatterie ». Il s’agissait de pièces de campagne dont l’emplacement n’avait pu être repéré malgré des efforts intensifs et qui, au cours des mois suivants, purent agir de manière sensible sur les positions allemandes dans le bois des Caures.










Au début de l’année 1915, on décida du côté allemand de rectifier la portion de la position commençant à l’est du « Franzosengrab » (D 125) et de l’avancer globalement jusqu’à l’orée du bois. Il s’agissait par là d’éliminer les positions françaises près de « Fadenseck » et de « Waltersruh », qui constituaient une menace permanente pour les flancs. Ne voyant aucune chance de succès pour une attaque de vive force, on se décida à mener des attaques par sapes. Ce genre de guerre, fatigant et coûteux en pertes, dura jusqu’en février 1915 et fut accompagné de raids de patrouilles réciproques ainsi que de violents duels d’artillerie. On créa finalement une ligne continue, bien que restant mince dans la partie orientale, le long de l’orée du bois, à gauche et à droite de la sortie de la D 125 du bois au « Müllerplatz », puis vers l’est jusqu’au-delà de la hauteur du Bois le Comte vers les positions des unités voisines. Le tracé des lignes de front atteint en février 1915 devait subsister pour l’essentiel pendant un an et servir de position de départ d’assaut aux Allemands lors de l’attaque sur Verdun à partir du 21 février 1916.
Dans les semaines qui suivirent, l’activité de combat se calma. Français et Allemands se concentrèrent sur l’organisation du terrain ainsi que sur l’amélioration des complexes de cantonnements arrière dans les villages et les forêts. Un grand camp de repos fut aménagé dans le Bois de Merles, dans la zone duquel on peut encore trouver aujourd’hui les restes d’un château d’eau en béton. Dans les positions avancées du bois des Caures, des emplacements bétonnés pour Minenwerfer (lance-mines), des observatoires et des postes de mitrailleuses furent construits.
En juin 1915, les unités du PiB 30 (30e bataillon de pionniers) furent retirées du front et engagées dans l’Argonne ainsi que dans la Champagne orientale. La suite de l’aménagement des positions fut dès lors réalisée par les propres moyens des unités du IR 155 (155e régiment d’infanterie), qui avaient acquis les compétences techniques de construction auprès des pionniers. À l’automne 1915, sous la direction du Leutnants d. L. Paul Eichelkraut, architecte dans le civil, fut érigée à l’est de la D 125 la « Feste Kronprinz », une grande installation massivement armée et bétonnée avec des postes de mitrailleuses et d’observation. Des restes de l’installation ainsi que d’autres secteurs de positions en béton et en maçonnerie sont encore trouvables dans cette zone.























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