




Caures-Wald – Bois des Caures –
Bataille de Verdun – 21-24 février 1916
Le calme relatif pour le Infanterie-Regiment 155 (155e régiment d’infanterie) connut une fin brusque en novembre 1915. Des ordres régimentaires et de corps d’armée appropriés ordonnèrent l’extension massive des positions avancées. Des abris pare-balles pour un grand nombre de troupes d’assaut et de réserve, une deuxième ligne solide et des tranchées d’approche furent construits. Il était évident pour tous que ces travaux exécutés à la hâte servaient à préparer une grande offensive : de la future bataille de Verdun.
Le 5 février 1916, la 77. Infanterie-Brigade (77e brigade d’infanterie) passa sous le commandement du VII. Reserve-Korps (VIIe corps de réserve). Les 11 et 12 février 1916, la relève des éléments engagés dans le Caureswald appartenant au IR 155 (155e régiment d’infanterie) fut effectuée par le XVIII. (hessische) Armee-Korps (XVIIIe corps d’armée) sous le commandement du général Dedo von Schenk. La 21. Division (21e division d’infanterie) fut engagée sous les ordres du général Ernst von Oven, ainsi que la 25. Division (25e division d’infanterie) sous les ordres du général Viktor Kühne.
Les positions occupées autrefois par IR 155 (155e régiment d’infanterie) ont été immédiatement prises par les unités d’assaut prévues pour la première vague d’attaque. Dans le secteur des « Rotzoll-Wäldchen » et « Franzosengrab », qui était attribué à la 21. Division (21e division d’infanterie), se trouvaient, avec un raccordement à l’ouest au VII. Reserve-Korps (VIIe corps de réserve), le 1. Nassauische Infanterie-Regiment Nr. 87 (87e régiment d’infanterie) ainsi que le Königlich Preußische Infanterie Regiment Landgraf Friedrich I von Hessen – Cassel (1. Kurhessisches) Nr. 81 (81e régiment d’infanterie). Plus à l’est, jusqu’à la D 905 entre Ville-devant-Chaumont et Vacherauville, avec raccordement aux unités du III. Armeekorps (IIIe corps d’armée) qui s’étaient élancées dans la zone du bois de Ville et de Herbebois, se trouvait la 25. Division (25e division d’infanterie) en première ligne avec le Leibgarde-Infanterie-Regiment Nr. 115 (1. Großherzoglich-Hessisches) (115e régiment d’infanterie).
Du côté français, le bois des Caures se trouvait dans le secteur de la 72. Infanterie-Division (72e division d’infanterie) sous le commandement du général Étienne André Bapst. Le centre du bois devait être défendu par les deux bataillons de chasseurs, le 56 sous le commandement du Hauptmann (capitaine) Vincent et le 59 sous les ordres du commandant Renouard. La demi-brigade constituée par ces deux bataillons était placée sous le commandement du Oberstleutnant (lieutenant-colonel) Émile Driant. Les deux unités disposaient au total d’environ 1 300 soldats. Elles faisaient face à une force d’attaque allemande supérieure d’environ cinq fois.
Le colonel Driant avait anticipé l’attaque allemande de bonne heure. Dès l’automne 1915, il n’avait cessé d’insister, par des requêtes auprès de différents services jusqu’au ministère de la Guerre, pour obtenir le renforcement de la zone de positions au nord et à l’est de Verdun.
Dans le bois des Caures, ses unités créèrent un système défensif tripartite composé d’une forte position d’avant-postes proche des lignes allemandes (en allemand : ligne a), d’une position principale (en français : ligne S, en allemand : ligne b) ainsi que d’une ligne de repli (en français : ligne R, en allemand : ligne c). Devant les positions se trouvait à chaque fois un réseau de barbelés d’une largeur d’environ 20 mètres. Derrière se trouvait un abattis de branches de plusieurs mètres de large, entrelacé de fil de fer. De ce fait, une percée des positions françaises par l’infanterie était à peine possible sans la destruction préalable des obstacles par l’artillerie.





Combats du 21 février 1916
L’attaque allemande était fixée au 12 février 1916. Tôt le matin, un bombardement d’artillerie de neuf heures devait débuter et l’attaque de l’infanterie devait se lancer vers 17 h 00. Un temps défavorable avec du brouillard et de la neige déjoua toutefois le début de l’attaque, qui dut être reportée à maintes reprises les jours suivants. Les groupes d’assaut allemands patientèrent sans protection dans l’humidité et le froid dans les tranchées avant, jusqu’à ce que le repli soit enfin ordonné le 19 février 1916. Entre-temps, la préparation de l’entreprise d’attaque allemande n’était pas passée inaperçue aux yeux des Français. Ils soumirent continuellement les positions allemandes à un feu massif d’artillerie et de shrapnels, ce qui entraîna des pertes et des dommages sur la position.
Le soir du 19 février 1916, le temps se remit au beau de manière inattendue. Les météorologues ayant prédit une période de beau temps prolongée, le kronprinz allemand Guillaume ordonna depuis son quartier général à Stenay l’exécution de l’ordre d’attaque formulé le 27 janvier 1916. Le matin du 21 février 1916 vers 08 h 15 heure allemande, le feu de préparation d’artillerie débuta dans le bois des Caures comme dans tous les secteurs du front. La bataille avait commencé. Les troupes d’attaque occupèrent à nouveau leurs positions de départ d’assaut.
Émile Driant avait écrit encore le 20 février 1916 une lettre à sa femme, qui contenait le passage suivant :
„L’ordre du Général Babst, que je t’envoie, la visite de Joffre hier, prouvent que l’heure est proche et, au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé.
À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois.
Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours, mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons par un prisonnier de ce matin.
Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent.
Qui sait ! Mais comme on se sent peu de chose à ces heures là!“





Les effets du feu d’artillerie allemand qui suivit, s’étendant sur des heures, sur les troupes françaises durent être monstrueux. General Victor Kühne décrit ses impressions en ces termes :
« Rugissant comme de violentes tempêtes, les mines qui détonnent accomplissent leur œuvre de destruction dans la position ennemie. Dans les masses de fumée qui s’élèvent se mêlent non seulement des nuages de terre arrachée, mais aussi des troncs d’arbre, des poutres, des lambeaux de fil de fer, des corps humains. Un spectacle qui dépasse l’imagination d’un Dante par sa grandeur et son horreur effroyables. Stupéfaite et bouleversée, l’infanterie voit devant elle l’œuvre de l’arme sœur. »
tiré de : General d. Art. (général de corps d’armée) Victor Kühne, Die 25. Infanterie-Division (25e division d’infanterie) bei dem ersten Angriff auf Verdun, sans date, BA-MA Freiburg, RH 61/1690
Il nous est parvenu des rapports de soldats français qui ont survécu à l’enfer. Ils restèrent allongés pendant des heures, pressés contre le fond des tranchées ou des entonnoirs, et ne purent, sous l’effet de la peur, que concevoir des pensées confuses. Beaucoup gémissaient ou criaient sans interruption. Leurs sphincters lâchèrent. Certains infirmiers rapportèrent que l’on entendait de tous côtés des appels et des cris de secours. Des arbres entiers furent déracinés et projetés dans tous les sens. Des soldats furent blessés par des éclats d’obus volant de tous côtés ou tués sur le coup. Des membres furent arrachés, des corps humains sectionnés dans le sens de la longueur ou au milieu. Des cadavres et des viscères volèrent dans les airs et furent projetés jusque dans les arbres. Beaucoup moururent immédiatement en raison de la surpression lors de l’éclatement des obus. En cas de coup au but, des soldats disparaissaient totalement dans la détonation.



Le feu d’artillerie allemand dura jusqu’aux environs de 17 h 00. Malgré son effet massif, les Français avaient réussi à maintenir tant bien que mal l’ordre des unités. Étant donné qu’initialement seul le 59. Jäger-Bataillon (59e bataillon de chasseurs) se trouvait en position, le soir du 21 février 1916, le 56. Jäger-Bataillon (56e bataillon de chasseurs), retenu près de la Mormont Ferme, fut amené pour combler les rangs qui s’éclaircissaient.
Comme l’avait prescrit l’ordre du commandement de la 5. Armee (5e armée), après le déplacement de l’artillerie vers l’avant peu après 17 h 00, des patrouilles d’officiers allemands des deux divisions 21 et 25 pénétrèrent dans la zone du système de positions français avant. Des patrouilles individuelles du Infanterie-Regiments 81 (81e régiment d’infanterie) (21. Division (21e division d’infanterie)) réussirent à franchir la première ligne française ainsi que la position principale à l’orée occidentale du bois des Caures. Une patrouille commandée par le Leutnant d. R. (sous-lieutenant) Ludwig (8./IR 81) put progresser dans la partie occidentale du bois jusqu’en arrière de la ligne de recul. Les avancées couronnées de succès furent possibles parce que le tir d’artillerie allemand y fut très efficace. Les unités du VII. Reserve-Korps (VIIe corps de réserve) situées plus à l’ouest ne rencontrèrent par ailleurs pas de résistance notable dans la zone du bois de Haumont. En outre, les ordres de l’AOK 5, selon lesquels la position principale ennemie devait être prioritairement reconnue le 21 février 1916 afin d’être à nouveau bombardée avant l’attaque d’assaut proprement dite le lendemain, furent interprétés de manière plus offensive par le commandement du VII. Reserve-Korps et de la 21. Division.
La situation évolua de manière moins positive dans la zone orientale du bois, où était engagé le Infanterie-Regiment 115 (115e régiment d’infanterie) (25. Division (25e division d’infanterie)). Le tir d’artillerie avait à peine pu atteindre les positions françaises et se situait entre la ligne avancée plus en avant et la position principale. Les Français avaient aménagé des postes de mitrailleuses et des blockhaus aux tirs flanquants, qui pouvaient prendre les clairières de la forêt sous leur feu et avaient été épargnés pour la plupart par le bombardement d’artillerie. De plus, l’ordre d’engagement de l’armée étant suivi de plus près, les patrouilles, comptant environ 16 à 20 hommes, étaient nettement plus faibles que dans le secteur de la 21. Division, où plusieurs groupes d’infanterie d’environ 40 hommes chacun avaient été regroupés. Les unités réussirent certes à reconnaître la position principale française et à faire quelques prisonniers. Cependant, les patrouilles rentrèrent dans leurs positions de départ sans chercher sérieusement le combat. De même, pendant la nuit, les unités de la 21. Division se replièrent également, les Français ayant lancé des contre-attaques et soumis les points de percée à un tir d’artillerie aux effets destructeurs.
Les progrès réalisés dans le secteur du VII. Reserve-Korps ainsi que de la 21. Infanterie-Division (21e division d’infanterie) avaient été signalés en fin d’après-midi du 21 février 1916 jusqu’au Oberkommando der 5. Armee. Il devint évident qu’avec une action plus énergique, un gain de terrain considérablement plus important aurait pu être réalisé. C’est pourquoi le General Konstantin Schmidt von Knobelsdorff donna l’ordre dans la soirée de progresser le lendemain midi aussi loin que possible après un nouveau tir d’artillerie massif. Le bois des Caures en particulier devait être entièrement pris. La 25. Division devait, en liaison avec le III. Armeekorps (IIIe corps d’armée) situé à l’est, longer le bois de Ville et prendre le Wavrille-Wald. Le village de Beaumont et l’orée nord du bois des Fosses furent fixés comme autres objectifs d’attaque. Dans la zone de la 21. Division engagée plus à l’ouest, il convenait, après le nettoyage du bois des Caures et en liaison avec les unités du VII. Reserve-Korps, d’attaquer en direction de la Côte 344 dominant la vallée de la Meuse, près du village de Samogneux.
Combats du 22 février 1916
Le matin du 22 février 1916, un feu d’artillerie allemand d’une extrême violence recommença. Il dura jusqu’à 12 h 00 et dévasta les parties de la position française qui avaient été épargnées jusqu’alors. Lentement, les troupes allemandes se glissèrent à nouveau dans les positions françaises avancées évacuées pendant la nuit. Vers 12 h 00 suivit ensuite l’assaut. Dans la zone de la position principale française, il y eut des combats corps à corps violents et parfois cruels, au cours desquels des lance-flammes furent également utilisés. Du côté français, les restes des compagnies du lieutenant Robin (9e/BCP 59) et du lieutenant Simon (8e/BCP 59) se distinguèrent particulièrement par une résistance énergique. Les unités s’étaient déjà trouvées la veille dans le centre de l’attaque allemande et étaient considérablement décimées.
En raison du tracé parfois défavorable des positions allemandes avancées, les troupes d’attaque durent effectuer de vastes mouvements de conversion. Il était à peine possible de s’orienter dans le terrain forestier déchiqueté. Les unités de l’Infanterie-Regiment 81 (81e régiment d’infanterie) sur l’aile ouest, qui s’étaient élancées en direction de l’Anglemont Ferme, pénétrèrent dans la zone d’attaque du Infanterie-Regiment 87 (87e régiment d’infanterie) progressant vers l’est, qui devait avancer sur Beaumont. De ce fait, la liaison fut rompue avec les unités du VII. Reserve-Korps (VIIe corps de réserve) situées plus à l’ouest dans le Haumont-Wald. Certes, on réussit à prendre la position principale française. Les troupes restèrent toutefois bloquées devant la ligne de repli défendue avec acharnement. Outre les renforts apportés par la 51e division d’infanterie, cela était essentiellement dû à des mitrailleuses françaises qui, depuis le Fay-Wäldchen ainsi que depuis la hauteur de Wavrille, agissaient de flanc contre les troupes allemandes.





Du point de vue du déroulement des combats, la journée du 22 février 1916 s’est déroulée à l’inverse de la veille. Contrairement aux unités de la 21. Division (21e division d’infanterie), le 115. Infanterie-Regiment (115e régiment d’infanterie) réussit une percée dans le secteur forestier central et oriental. Ici, le tir d’artillerie avait eu un effet plus intense. Surtout la position principale française avait été durement touchée par le tir de préparation. Il n’y eut qu’à de rares endroits une résistance plus forte.
Un fait remarquable se produisit vers 15 h 00 à l’est de l’intersection routière D 905/D 125. Là, les unités du 115. Infanterie-Regiments furent empêchées par deux nids de mitrailleuses français de traverser la route et de progresser davantage. Le 1er groupe (Abteilung) du 2. Großherzoglich-Hessisches Feldartillerie-Regiment Nr. 61 (2e régiment d’artillerie de campagne grand-ducal hessois) sous la direction du Hauptmann Wienskowski avait avancé jusqu’à l’ouest de Ville-devant-Chaumont en tant que détachement d’accompagnement d’infanterie. L’adjudant, le Leutnant Zühlsdorff, qui avait progressé avec l’infanterie, signala au Hauptmann Wienskowski que 2 mitrailleuses françaises bloquaient la route. Le Hauptmann Wienskowski ordonna d’avancer deux pièces sur la route et de réduire les deux mitrailleuses par un tir direct. Une reconnaissance révéla qu’en raison de la faible largeur de la route, une seule pièce pouvait être mise en action. Sur ce, un canon de campagne du Typ FK 96 n/A Kaliber 7,7 cm fut délimoné et les Leutnante Deinhard, Dünnhaupt et Zühlsdorff, avec d’autres forces, le poussèrent à la main depuis la direction de Ville-devant-Chaumont jusqu’au coude de la route, à environ 300 m de l’intersection de la D 905/D 125.
Les Français furent surpris par le premier coup du canon de campagne. Cependant, il rata sa cible. Le soc de l’affût ne trouva aucune prise sur la route dure. À chaque coup suivant, la pièce reculait brusquement sous l’effet du recul et devait être ramenée en avant et réalignée. Certes, le bouclier offrait une certaine protection contre les projectiles des deux mitrailleuses. Cependant, pendant les pauses de tir, les officiers Deinhard et Dünnhaupt furent touchés prématurément et mis hors de combat. L’un après l’autre, les autres artilleurs furent également blessés ou tués. Des fantassins aidèrent à manœuvrer la pièce. Après environ 30 minutes et avec environ le 20e coup, un coup au but direct fut réussi dans l’une des deux positions de mitrailleuses. Sur quoi la garnison de l’autre position prit la fuite. Pendant ce temps, l’infanterie avait assisté avec tension à cet événement dramatique.
L’incident est décrit dans la Regimentsgeschichte des FAR 61, voir page 73 et suiv. On trouve également une description correspondante dans le journal de marche du 56e bataillon de chasseurs pour le 22 février 1916, bien qu’avec des divergences temporelles (14 h 30) et limité à une seule mitrailleuse française. La description de ce duel inhabituel pour l’époque entre pièce d’artillerie et mitrailleuse peut être considérée comme authentique.








Une fois les mitrailleuses neutralisées, il n’y eut plus de retenue. Les troupes allemandes s’élancèrent par-delà la route et firent jonction avec les unités du III. Armeekorps (IIIe corps d’armée) progressant dans le bois de Ville. Dans un vallon que les Français appellent « Ravin de Champneuville », les cartes allemandes indiquaient deux positions d’artillerie françaises repérées les jours précédents, qui devaient être prises. Celles-ci se révélèrent cependant être des cuisines de campagne fumantes. Leur contenu fut le bienvenu pour les soldats allemands affamés. Le vallon fut baptisé « Küchen-Schlucht »
La résistance française fondit. De rares restes des compagnies de Jäger se rassemblèrent dans le secteur du poste de commandement du Colonel Driant. Vers 16 h 00, seulement 120 hommes environ étaient encore opérationnels. La position était contournée. Les officiers pressèrent Driant de se retirer en raison de la situation désespérée. Après quelques hésitations, il y consentit. Trois groupes furent formés. Driant détruisit ses documents et se replia vers l’arrière en compagnie des deux chefs de bataillon, le capitaine Vincent et le commandant Renouard, ainsi que d’autres soldats. Au sud de l’intersection routière, près d’un entonnoir d’obus où deux Unteroffiziere étaient accroupis, il fut mortellement touché à la tête par une balle d’infanterie. Ses derniers mots auraient été « Oh là là, mon Dieu ! » .
Derniers combats les 23 et 24 février 1916
Après les succès du 22 février 1916, la ligne de défense française avancée dans le secteur central et oriental du bois des Caures était complètement éliminée. Les restes des troupes françaises s’étaient retirés sur la deuxième ligne, achevée entre-temps, devant Beaumont et à l’orée nord du bois des Fosses. À l’ouest, cependant, se trouvaient toujours les unités des Infanterie-Regimenter 81 (81e régiment d’infanterie) et 87 (87e régiment d’infanterie) devant la ligne de repli française qui y était intacte. Au soir du 22 février 1916, il n’était pas possible d’obtenir une image claire de la situation. Une progression supplémentaire ne semblait plus possible ce jour-là, entre autres parce que les unités s’étaient mélangées. C’est ainsi que commença pour les troupes une nuit très froide à proximité immédiate de l’ennemi et sous un feu d’artillerie française de plus en plus nourri.
Dans la matinée du 23 février 1916, on retrouva une vue d’ensemble. Des éléments du Infanterie-Regiments 81 avaient déjà réussi la veille au soir à progresser à l’extrême limite ouest de la zone d’engagement jusque derrière la ligne de repli française. En revanche, le gros des troupes fut retenu plus à l’est devant cette position. L’encerclement des unités françaises était ainsi déjà amorcé de manière inaperçue. Après l’arrivée de réserves qui rétablirent la liaison avec les unités du VII. Reserve-Korps (VIIe corps de réserve) positionnées dans le bois de Haumont, des éléments du Reserve-Infanterie-Regiments 39 (39e régiment d’infanterie de réserve) sortirent du bois de Haumont pour être engagés sur le flanc des défenseurs français. Il fut dès lors possible de culbuter toute la ligne de repli depuis l’ouest. Les unités françaises, principalement des éléments du 165. Infanterie-Regiments (165e régiment d’infanterie), prirent la fuite. Ainsi, dans le secteur occidental également, les lignes françaises étaient entièrement aux mains des Allemands.
Ce qui suivit fut la prise de la ferme d’Anglemont au petit matin du 24 février 1916. La forte garnison française fut submergée par une patrouille composée de seulement quelques membres du IR 81 sous la conduite du Leutnant Ludwig (8./IR 81). Cet officier intrépide avait déjà pénétré dès le premier jour de l’attaque avec une patrouille jusque derrière la ligne de repli française. De même, ce jour-là, avec le soutien du Füsilier-Regiments von Gersdorff (Kurhessisches) Nr.80 (80e régiment de fusiliers) et d’unités du VII. Reserve-Korps, on réussit à prendre la Côte 344 ainsi que le village de Samogneux.










La 25. Division (25e division d’infanterie) devait, le 24 février 1916, s’emparer enfin du village de Beaumont ainsi que du Fosses-Wald. Comme l’Infanterie-Regiment 115 (115e régiment d’infanterie) était décimé et épuisé par les trois jours d’engagement, l’Infanterie-Regiment Kaiser Wilhelm (2. Großherzoglich Hessisches) Nr. 116 (116e régiment d’infanterie) et l’Infanterie-Leibregiment Großherzogin (3. Großherzoglich Hessisches) Nr. 117 (117e régiment d’infanterie), engagés les jours précédents dans le Wavrille-Wald, furent chargés de l’attaque. L’IR 116 se mit en position pour l’assaut dans les positions françaises de Wavrille prises la veille, l’IR 117 occupa l’ancienne ligne de repli française dans le Caures-Wald. Dans des conditions difficiles et au prix de lourdes pertes, notamment en raison d’un violent feu de flanc provenant du Fay-Wäldchen, la prise complète du village déjà fortement détruit réussit vers l’après-midi. Le bord nord du Fosses-Wald put également être pris ce jour-là.





Les succès du 24 février 1916 redonnèrent à la direction de l’armée allemande l’espoir d’un succès total de l’entreprise. La première ligne de défense française avait été entièrement prise sur tout le secteur du front médian et la résistance française était globalement ébranlée. Par la conquête de la Côte 344, les Allemands étaient en mesure de voir à l’œil nu jusqu’à la ville de Verdun. La confiance fit ainsi son retour, d’autant plus que dès le 25 février 1916, des unités de l’Infanterie-Regiment 24 (24e régiment d’infanterie) et d’autres formations (III. Armeekorps (IIIe corps d’armée)) réussirent à s’emparer de la Panzerfeste Douaumont.














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