Chemin des Dames – Combats dans la région du Chemin des Dames 1914-1918

Chemin des Dames – Généralités

L’appellation « Chemin des Dames » est certes connue de la grande majorité des personnes intéressées par l’histoire militaire. Contrairement à des champs de bataille comme celui de Verdun, de la Somme ou près d’Ypres, il est toutefois difficile de la situer précisément et les connaissances sur les déroulements militaires concrets restent pour le moins vagues. Des lieux de mémoire comme l’ancien champ de bataille de Verdun sont rapidement devenus après la Première Guerre mondiale l’incarnation de la souffrance et de la mort du simple soldat, puis, avec le temps, des lieux de mémoire muséaux et multimédias dédiés aux horreurs de la Première Guerre mondiale, un objet d’enseignement scolaire et universitaire ainsi qu’une marque de fabrique de la réconciliation entre les peuples.

Chanson de Craonne, la Gazette des Ardennes, 24 juin 1917
Chanson de Craonne, la Gazette des Ardennes, 24 juin 1917

En revanche, du côté français, les événements de guerre sur le Chemin des Dames furent rapidement éclipsés de la perspective historique après la fin de la Première Guerre mondiale, bien que des combats tout aussi intenses s’y soient déroulés et qu’un nombre correspondant de soldats y soient morts comme dans les autres grandes batailles le long du front de l’Ouest. La raison en était les mutineries survenues à la fin de l’« offensive Nivelle », déclenchée au printemps 1917, au cours desquelles des unités de première ligne entières de l’armée française se sont insurgées contre les règlements de service stricts et l’absurdité de cette mort en masse. Ces événements ont amené le système politique et militaire de la France au bord de l’effondrement. Des centaines de condamnations à mort ont été prononcées à l’encontre de soldats pour la plupart jeunes, dont seule une minorité a finalement été exécutée.

Ces événements suscitent encore aujourd’hui de la honte et des débats controversés en France. Certes, l’Assemblée nationale française a décidé en 2021 de réhabiliter les soldats fusillés pour la plupart pour un motif futile ou uniquement à des fins d’intimidation. Cependant, la mise en œuvre s’avère difficile. Les procédures concernent toujours uniquement des candidats isolés choisis à l’initiative de proches ou d’historiens, qui sont ensuite réinhumés plutôt secrètement dans des cimetières militaires sous l’inscription de la croix « Mort pour la France ». Ce « privilège » leur avait été refusé jusqu’alors.

Les chansons à arrière-plan pacifiste comme la fameuse « La Chanson de Craonne » ou encore le film de guerre américain « Paths of Glory » avec Kirk Douglas dans le rôle principal sont restées interdites en France jusqu’au milieu des années 1970. Le traitement historique et sociétal des événements de guerre du printemps 1917 sur le Chemin des Dames n’est toujours pas élucidé de manière définitive pour les Français à ce jour.

Chemin des Dames – Attribution du nom

De divers mythes entourent l’origine de l’appellation « Chemin des Dames ». Toutes les théories ont en commun le fait que c’est d’abord la route qui y passait, l’actuelle D18CD, qui a donné son nom, et non la crête ainsi désignée géographiquement entre les villes de Soissons à l’ouest, Laon au nord et Reims au sud-est. Ce n’est qu’à partir de la fin du 19e siècle que le nom de la route s’est d’abord imposé comme « Route des Dames », puis plus tard comme « Chemin des Dames », bien qu’il remonterait déjà au règne de Louis XV (*1710 – †1774).

Chemin des Dames, carte de Cassini, 1747 - 1818
Chemin des Dames, carte de Cassini, 1747 – 1818

Selon toutes les théories, le château de la Bôve, situé au nord de Bouconville-Vauclair, a joué un rôle déterminant. Souvent, et même dans Wikipedia allemande, il est erroné de rapporter que la propriété était un pavillon de chasse des empereurs de la maison de Bourbon française. Alors que des parties de chasse de l’entourage royal avaient lieu dans les vastes forêts autour du château, les dames de la haute société flânaient sur la crête entre les localités de Craonne à l’est et de Vaudesson à l’ouest. C’est pourquoi la route aurait reçu le nom de « Chemin des Dames ».

Adélaïde de France (* 1732 ; † 1800)
Adélaïde de France (* 1732 ; † 1800)

En réalité, le nom remonte à deux filles du roi Louis XV, Marie Adélaïde et Victoire de Bourbon. La première avait eu dans sa jeunesse une dame de compagnie nommée Françoise de Châlus, future duchesse de Narbonne-Lara (* 1734; † 1821). Après que Adélaïde l’eut nommée dame d’honneur, Françoise de Châlus quitta Versailles et acquit le château de la Bôve, où elle vécut dès lors.

Afin de permettre à Adélaïde et à sa sœur Victoire, qui vivaient toutes deux célibataires à la cour de France et étaient communément appelées « les Dames de France », de rendre visite au château de la Bôve, le Corps des Ponts et Chaussées fut promptement chargé d’aménager, en partant de la route entre Soissons et Laon (actuelle N 2), près d’une auberge alors encore existante du nom de « l’Ange-Gardien », un chemin déjà existant en direction de Craonne ainsi que, près de la ferme de Hurtebise, une bifurcation vers le nord longeant l’abbaye de Vauclair jusqu’au château de la Bôve. Il en résulta pour l’actuelle D18CD le nom de « Route des Dames » ou plus tard de « Chemin des Dames ».

De telles dépenses somptuaires de la classe souveraine absolutiste ont été le déclencheur de la Révolution française qui a débuté peu de temps après.

Chemin des Dames – Géographie et géologie

S’étendant d’est en ouest et dominant le terrain environnant d’environ 100 mètres, la crête centrale du Chemin des Dames a été le théâtre de divers affrontements militaires lors des deux guerres mondiales ainsi qu’auparavant. Vers le nord, le terrain descend en pente douce vers la vallée de l’Ailette, et très abruptement vers le sud dans la vallée de l’Aisne. Du sud, on ne peut accéder au plateau qu’en traversant des entailles de vallée parfois profondes ; du nord, une ascension est certes possible, mais très difficile. Jusqu’à l’époque moderne, il n’existait aucun itinéraire traversant la crête du nord au sud qui aurait convenu à des mouvements de troupes importants ou au transport de matériel militaire lourd.

Chemin des Dames, coupe géologique, Verm.Abt. 14, octobre 1917, GLA Karlsruhe
Chemin des Dames, coupe géologique, Verm.Abt. 14, octobre 1917, GLA Karlsruhe

Géologiquement, la chaîne de collines présente une structure régulière et horizontale. Cela a facilité pour les soldats l’aménagement de tranchées de tir, d’abris et surtout de galeries et de réseaux de tunnels plus importants. À partir du fond de la vallée (environ 100 m au-dessus du niveau de la mer), un dépôt de sable d’une épaisseur d’environ 50 m forme les fondations de l’ensemble de la crête. Celle-ci se termine vers le haut par une couche de sable vert (glauconie). Au-dessus se trouvent, sur une épaisseur d’environ 30 m, des dépôts calcaires de densités diverses. Entourée de couches généralement dures et tabulaires, y est incluse une couche de grès calcaire d’environ 10 m d’épaisseur dans laquelle, depuis le haut Moyen Âge, ont été aménagées les nombreuses carrières de grès de la région servant à l’extraction de matériaux de construction, tout comme la célèbre « Drachenhöhle » (« Caverne du Dragon ») ouverte au tourisme. La partie supérieure est formée par une couche d’argile d’une épaisseur pouvant atteindre 8 m. Les restes de galeries et de réseaux de tunnels plus importants, construits en temps de guerre et souvent encore repérables aujourd’hui, se trouvent dans la zone de la couche de sable, directement en dessous du dépôt calcaire compact qui a servi de structure de plafond stable. D’est en ouest, la disposition des couches s’incline nettement. La limite inférieure du calcaire et par conséquent aussi la majorité des vestiges militaires de la Première Guerre mondiale se trouvent à l’est (Winterberg/Plateau de Californie) à environ 170 m, au centre (Cerny-en-Laonnois) à environ 155 m et à l’ouest (Fort de la Malmaison) à environ 140 m d’altitude

Chemin des Dames – Bataille de Craonne 1814

Bataille de Craonne, Atlas of Alison's History of Europe, 1863
Bataille de Craonne, Atlas of Alison’s History of Europe, 1863

À l’époque de l’histoire contemporaine, le Chemin des Dames n’est entré dans le champ de l’histoire militaire que par un seul événement : la « bataille de Craonne » livrée au début de mars 1814. Après la campagne de Russie qui s’est terminée de manière catastrophique pour les Français, les structures de pouvoir créées en Europe par Napoléon Bonaparte se sont effondrées. S’ensuivirent les guerres de Libération, qui trouvèrent leur apogée dans une lourde défaite des Français lors de la bataille des Nations de Leipzig. Les troupes battues de Napoléon se retirèrent au-delà du Rhin. L’empereur français réussit cependant à former en peu de temps une nouvelle force armée à partir des maigres restes de son ancienne armée et affronta lors de plusieurs batailles sur le sol français la coalition de troupes russes, autrichiennes et prussiennes qui n’avait agi au début qu’avec hésitation.

Une dernière bataille se terminant avec succès pour les Français eut lieu les 6 et 7 mars 1814 sur les contreforts orientaux du Chemin des Dames, près du village de Craonne. Les combats furent déclenchés par la tentative de l’armée de Silésie, placée sous le commandement du preußischen Generalfeldmarschalls (maréchal) Gebhard Leberecht von Blücher, de faire jonction après la prise de la ville de Soissons et la traversée de la rivière Aisne avec les deux corps Wintzingerode et von Bühlow marchant depuis les Pays-Bas, afin de progresser ensuite ensemble vers la capitale française, Paris.

Napoléon avait divisé son armée. L’une devait reconquérir Soissons, tandis que de l’autre, l’empereur voulait contourner les troupes de Blücher par l’est, les couper de leurs communications arrière vers les Pays-Bas et les attaquer ensuite de flanc et de dos. Lorsque Blücher eut reconnu ce plan et voulut livrer bataille dans la plaine plate entre Corbény et l’Aisne, les troupes de Napoléon avaient déjà traversé le fleuve sur le pont de Berry-au-Bac pris par un coup de main et avaient occupé les localités de Craonne, Corbeny et Bouconville. Dès lors, seul le plateau dénudé situé entre Craonne et Cerny-en-Laonnois, à l’ouest, entrait en ligne de compte comme champ de bataille potentiel. C’est là que l’infanterie du corps russe de Wintzingerode, sous le commandement du comte Woronzow, avait déjà pris position.

Diorama de la bataille de Craonne en 1814, mairie de Craonne
Diorama de la bataille de Craonne 1814, Mairie de Craonne
Monument de Ney, Metz
Monument Ney, Metz

Blücher s’attendait à une progression des troupes napoléoniennes par Craonne vers le plateau, puis à travers le défilé large de seulement quelques centaines de mètres près de la ferme d’Hurtebise. C’est là que l’infanterie de Woronzow, avec le soutien de l’artillerie et prétendument protégée par les pentes escarpées des deux côtés, devait faire face de front aux Français. La cavalerie, en grande partie maintenue en réserve, devait contourner les Français au nord du Chemin des Dames sous le commandement du général russe Ferdinand Freiherr von Wintzingerode avec environ 10 000 hommes et 60 canons, puis prendre l’ennemi à revers.

En raison d’ordres insuffisants et de la direction déficiente de Wintzingerode, les unités montées ne progressèrent toutefois pas comme prévu. Un corps français placé sous le commandement du maréchal Michel Ney réussit, au prix de lourdes pertes, à capturer le petit village d’Ailles au pied nord du plateau, à gravir ce dernier après plusieurs vaines tentatives pour s’établir en haut sur le flanc gauche de l’infanterie russe.

Blücher avait envisagé de mener tout de même à bien sa tentative d’encerclement, mais dut, en raison de la supériorité française momentanée et de la situation devenue menaçante, donner à contrecœur l’ordre de retraite. Les combats se terminèrent avec de très lourdes pertes pour les deux camps. Les Russes et les Prussiens perdirent environ 6 000 hommes, les troupes de Napoléon perdirent environ 5 000 soldats. Ainsi, la bataille de Craonne devait rester la plus meurtrière de toute la campagne d’hiver.

Blücher rassembla dès lors son armée autour de la ville fortifiée de Laon et y attendit la nouvelle attaque de l’empereur français. Bien que le maréchal, à la suite de fatigues excessives et probablement aussi d’une consommation d’alcool correspondante, fût tombé dans une grave dépression et ne fût plus en mesure d’exercer le commandement de l’armée jusqu’à la fin de la campagne, la supériorité numérique des troupes de la Coalition rassemblées fit en sorte que Napoléon ne put plus remporter de succès décisif lors de son attaque ni dans les combats subséquents. Après la bataille perdue près de Paris, l’empereur français abdiqua le 12 avril 1814 et partit pour l’exil qui lui avait été imposé sur l’île d’Elbe.

Monument de Blücher, Kaub
Monument de Blücher, Kaub

Immédiatement au sud de l’actuelle D18CD, à hauteur de la localité de Craonelle, se trouve une sculpture en pierre de Napoléon, qui fut inaugurée en 1974 en souvenir de la bataille de Craonne à l’emplacement de l’ancien moulin de Vauclerc. Napoléon utilisa l’ancien bâtiment en pierre comme poste d’observation. Le moulin fut complètement détruit en octobre 1914, pendant les violents combats du début de la Première Guerre mondiale. Près de la Hurtebise Ferme se trouve également le « Monument des Marie-Louise », un monument en bronze érigé en 1927 en remplacement d’un obélisque détruit en septembre 1914 pour commémorer la bravoure des jeunes recrues françaises qui étaient communément désignées par le nom de l’impératrice française. Le monument créé par Maxime Real del Sarte porte les dates 1814 et 1914 et représente à gauche un soldat de la Garde des guerres napoléoniennes ainsi qu’à droite un poilu français de la Première Guerre mondiale, qui élèvent ensemble une couronne de laurier. Il rappelle ainsi également les violents combats de la Première Guerre mondiale entre 1914 et 1918.

Chemin des Dames – première bataille de l’Aisne 1914/1915

Tournant de la guerre 1916/1917

C’est par une grande offensive française que s’est achevée, le 19 décembre 1916, la bataille pour la ville lorraine de Verdun, qualifiée d’« Operation Gericht » par les Allemands. Bien que les troupes allemandes aient remporté des succès importants, en particulier dans la phase initiale, et aient presque contraint les Français à abandonner la rive est du fleuve Meuse, l’attaque s’était déjà enlisée à l’été 1916 au point que tous les efforts offensifs furent progressivement abandonnés. Fin décembre 1916, les troupes allemandes avaient été rejetées par les Français sur leurs positions de départ du début de l’attaque. Au total, les deux camps ont subi environ 700 000 pertes lors de ces combats. Dès novembre 1916, les Britanniques et les Français avaient dû interrompre l’offensive de dégagement sur la Somme, commencée à l’été 1916 au plus fort des combats de Verdun. Malgré des succès défensifs allemands notables, des pertes encore nettement plus élevées y avaient été enregistrées pour les deux camps, de sorte qu’à l’Ouest, il était pour l’instant hors de question pour l’armée allemande de songer à une conduite active de la guerre.

Affiche de propagande anglaise
affiche de propagande britannique

Sur le théâtre d’opérations oriental, la Roumanie était entrée en lice comme nouvel adversaire. Après les succès russes lors de la première offensive Broussilov, le roi de Roumanie Ferdinand Ier déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie le 27 août 1916. Bien que l’armée roumaine disposât d’une force considérable de plus de 500 000 hommes, elle ne possédait qu’environ 500 canons modernes et pour ainsi dire aucun véhicule motorisé. Après de mineurs succès initiaux, la 9e armée allemande, commandée par l’ancien chef du commandement suprême de l’armée (*Oberste Heeresleitung*, OHL) Erich von Falkenhayn, arrêta l’avancée roumaine. Le 6 décembre 1916, les troupes allemandes entrèrent à Bucarest. L’armée roumaine était anéantie. D’autres offensives russes furent ainsi empêchées dans un premier temps. La victoire allemande modifia fondamentalement le rapport de force sur le front de l’Est. La Révolution de Février russe, soutenue par le Reich allemand tant sur le plan de la propagande que financier, conduisit en mars 1917 à l’abdication du tsar Nicolas et, au cours de la même année, à la déstabilisation politique et militaire définitive. Finalement, la Révolution d’Octobre russe aboutit à l’armistice conclu en décembre 1917 avec le Reich allemand et ses alliés.

L’Allemagne se trouvait au tournant des années 1916-1917 sur tous les fronts profondément en territoire ennemi, bien que l’Angleterre et la France, en raison également du soutien financier et matériel massif des États-Unis, fussent désormais nettement supérieures tant sur le plan économique que militaire. Le blocus maritime mené par les Anglais depuis 1914 aggravait entre-temps massivement la famine dans la patrie ainsi que la situation du ravitaillement militaire. De nombreux représentants de la politique et du commandement militaire croyaient néanmoins, en raison des succès défensifs passés sur la Somme ainsi que de la décision imminente de la guerre à l’est, se trouver dans une situation stratégique favorable. Les puissances de l’Entente ressentaient les choses de manière similaire pour elles-mêmes, s’appuyant sur le succès moralement important des Français à Verdun ainsi que sur l’espoir d’une entrée en guerre prochaine des États-Unis.

Dans cette impasse émotionnelle, et indépendamment des pertes et dommages immenses causés par les combats précédents, les efforts de paix intermittents du côté allemand devaient échouer, malgré le soutien hésitant du nouveau président américain Woodrow Wilson. La France et l’Italie fondaient le remboursement de leurs dettes de guerre massives sur le principe « L’Allemagne paie ! ». Les deux pays formulèrent des exigences inacceptables, notamment la restitution de tous les territoires annexés par le côté allemand depuis 1870, la division de l’Autriche-Hongrie en États-nations et la cession de grandes régions frontalières turques à la Grèce.

Règlement pour la guerre de position
Règlements de la guerre de position

Il est vrai que le commandement militaire allemand était conscient de sa stricte infériorité numérique. Il était clair pour tous les responsables que d’autres grandes batailles comme celle de la Somme ne pouvaient plus être endurées. Néanmoins, outre la libération prévisible de contingents de troupes plus importants à l’est, deux options tactiques et militaires essentielles nourrissaient l’espoir d’un succès final : la guerre sous-marine à outrance et les raccourcissements de front, notamment par le repli des positions allemandes sur la dite « Siegfried-Linie », préparé dès l’automne 1916. S’y ajoutaient des modifications fondamentales et l’unification de la stratégie de défense sur la base de règlements universels, dont l’élaboration avait déjà débuté en 1916. La nouvelle tactique reposait, outre sur un étagement en profondeur du système de positions et l’utilisation massive de mitrailleuses, sur une conduite de la guerre élastique et donc plus économe en unités. Selon les prévisions de l’Amirauté, l’arme sous-marine allemande devait en tout cas réussir, en l’espace d’un semestre, à couper l’Angleterre de ses approvisionnements en provenance des États-Unis et à la torpiller pour l’amener à la table des négociations. Ainsi, une issue de la guerre devait être rendue possible, fût-ce par la voie des négociations, avant même que l’entrée en guerre des États-Unis, attendue en raison de l’emploi rigoureux de l’arme sous-marine, ne puisse peser sur le cours des événements de guerre.

Carte générale de la 7e armée concernant le tracé des positions dans la région du Chemin des Dames, état de janvier 1917
Carte générale de la 7e armée concernant le tracé des positions dans la région du Chemin des Dames, état de janvier 1917

Le texte ci-contre reproduit l’intégralité du contenu de l’ordre, conservé dans son original, du général commandant le Generalkommando z.b.V. Nr. 65 (Gruppe Sissonne), Eberhardt von Schmettow, du 6 mai 1917. Il est demandé au commandant du Reserve-Infanterie-Regiments Nr. 111 (111e régiment d’infanterie de réserve) (faisant partie de la 28. Reserve-Division, 28e division de réserve) de rendre compte de l’activité au combat sur le Winterberg les 4 et 5 mai 1917. La formulation exceptionnellement dure laisse clairement apparaître l’attitude critique de la direction du corps d’armée à l’égard du déroulement négatif des combats et de la responsabilité présumée du régiment.

G R U P P E S I S S O N N E
K.H.Qu., le 6 mai 1917.
Abt. Ia n° 1242 Personnel !

Le 4 mai, le Res. Inf. Regt. 111 s’est laissé chasser du Winterberg. Pour autant qu’on le sache ici, l’assaillant consistait en 2 bataillons de la 36e division française. –
Le commandant du régiment rendra compte brièvement et dans les plus brefs délais, par la voie hiérarchique, de l’activité au combat du régiment le 4 du courant et le 5 dans la matinée. Il conviendra d’exposer en particulier quelles mesures ont été prises par le régiment pour disputer son succès à l’ennemi. ( Contre-attaques immédiates et leur résultat ). Des croquis de situation, les effectifs et les pertes doivent être joints. Les supérieurs hiérarchiques doivent prendre position.

J’attends du commandant du régiment qu’il ressoude son régiment avec la plus grande rapidité et énergie pour en faire à nouveau une formation apte au combat ; on ne peut se passer de réengager le régiment dans les jours à venir. La 28e division de réserve voudra bien soutenir le commandant dans cette tâche par une sollicitude active.

Le général commandant.
signé v. Schmettow

d’après : Eduard Bachelin, Das Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 111 im Weltkrieg 1914-1918, Karlsruhe 1938
d’après : Eduard Bachelin, Das Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 111 (111e régiment d’infanterie de réserve) im Weltkrieg 1914-1918, Karlsruhe 1938

Excursus : tunnel du Winterberg – Mythes et réalité d’une découverte

monument aux morts allemand à l’arrière du Chemin des Dames
monument aux morts allemand à l’arrière du Chemin des Dames