Crête des Éparges

Le pilier nord-est du Saillant de Saint-Mihiel était formé par une crête haute de 346 mètres, longue d’environ 1 100 m et large d’environ 700 m dans le secteur des hauteurs de la Meuse. Cette élévation, composée en réalité de deux hauteurs adjacentes, était appelée uniformément « Combres-Höhe » par les troupes allemandes, d’après le village de Combres-sous-les-Côtes situé à son pied méridional et resté entre les mains des Allemands jusqu’en septembre 1918. On trouve aussi occasionnellement la désignation « Comber-Höhe ». Chez les Français, la partie orientale s’appelait « Crète de Combres » et la partie occidentale « Crète des Éparges », cette dernière d’après la localité des Éparges située à l’ouest.
Hauteur de Combres : Généralités
Grâce à l’impressionnante vue panoramique, il devient rapidement évident pour le visiteur de la Hauteur de Combres pourquoi de rudes combats ont fait rage sur ce petit plateau pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale : Depuis la pointe orientale de la chaîne de collines, le futur « Point X », l’arrière-pays allemand offrait une vue étendue vers le sud et le sud-est. La défense du Saillant de Saint-Mihiel apparu en septembre 1914, mais aussi la conduite de la bataille de Verdun commencée en février 1916, aurait été inconcevable pour les Allemands si les Français s’étaient emparés de cette excellente position d’observation.





Hauteur de Combres : Situation géologique militaire
La Hauteur de Combres se compose de quatre couches de roche superposées de manière uniforme et inclinées légèrement vers l’ouest. Le socle est formé, jusqu’à une altitude de 325 m, d’une couche d’environ 70 m d’épaisseur de marnes argileuses gris bleu, altérées en jaune, avec des nodules calcaires incrustés. En surface, la roche est tendre, en profondeur dure et difficile à travailler. Les argiles sont imperméables, de sorte que les positions qui y étaient établies pouvaient facilement s’envaser. Souterraines et particulièrement dans les couches inférieures, les argiles sont complètement sèches, de sorte que cette couche convenait bien à la construction de tunnels et de galeries. Au-dessus du socle de marne argileuse se trouve une couche d’environ 10 m d’épaisseur, s’élevant jusqu’à une altitude de 335 m, de calcaire brun-jaune ferrugineux, qui était perméable à l’eau et donc impropre à la construction de tunnels. Cette couche est suivie, sur une épaisseur allant jusqu’à 15 m, d’un calcaire marneux jaune-blanc, imperméable et facile à travailler, dans lequel de stables et sèches tranchées de tir et galeries pouvaient être érigées. Cette couche s’élève jusqu’à une altitude de 350 m et est recouverte dans ses couches supérieures, principalement dans les secteurs de l’époque « Granathügel », « Combres-West » et « Herbeuville-Stellung », par un calcaire corallien blanc et dur.

De la structure et du comportement des différentes couches de roche face aux eaux de surface montantes, il résultait, du point de vue des géologues de la Vermessungsabteilung 2 de l’Armee-Abteilung Strantz (détachement d’armée Strantz), les recommandations suivantes pour la construction de tunnels et de galeries sur la Hauteur de Combres :
- Toutes les galeries et tous les tunnels aménagés dans les couches profondes de la marne argileuse bleue ainsi que du calcaire marneux resteront, comme prévu, stables et secs.
- Les tunnels qui s’élèvent vers le haut dans le calcaire ferrugineux comportent le risque d’une infiltration d’eau.
- Étant donné que le bassin versant pour les eaux de surface est petit du fait de la topographie de la Hauteur de Combres, il n’y a pas lieu de craindre des inondations catastrophiques. Il est toutefois possible qu’après de très fortes pluies et pendant la saison riche en précipitations, en particulier aux alentours des entonnoirs de mine, les quantités d’eau deviennent si importantes qu’en plus des mesures habituelles pour l’exhaure minière, il est recommandé d’aménager une pente des galeries et des tunnels vers l’est.
- Pour autant que les conditions tactiques le permettent, toutes les galeries et tunnels devraient être aménagés dans les couches profondes et non altérées de la marne argileuse et le franchissement de la couche de calcaire ferrugineux devrait être évité si possible.
L’Académie De Nancy-Metz décrit dans un article de page d’accueil intitulé « La Côte de Meuse aux Éparges », sous la rubrique « Géologie de la Lorraine », des aspects géomorphologiques et historiques actuels dans le contexte de la hauteur de Combres. Des informations correspondantes se trouvent également sur de nombreux autres lieux de la région. Les articles contiennent des suggestions intéressantes pour des projets de recherche privés, scientifiques ainsi que scolaires.
Hauteur de Combres : Situation militaire générale fin août 1914 – Ve corps d’armée
C’est à la fin du mois d’août 1914 que les hauteurs de la Meuse entrèrent pour la première fois dans l’attention militaire. Le groupe central de l’armée de l’Ouest allemande avait traversé la Meuse entre Sedan et Stenay avec la 4e armée du duc Albrecht de Wurtemberg. La 5e armée, sous les ordres du kronprinz allemand Wilhelm, devait se raccorder au sud entre Stenay et Verdun, mais elle se heurta à une forte résistance. Le 26 août 1914, le Ve corps d’armée (9e et 10e divisions), qui avait progressé loin vers l’ouest sur l’aile droite de la 5e armée, s’empara des localités de Brehéville, Lissey et Ecurey. Il se trouvait ainsi à portée immédiate de la Meuse. Le chef du corps, le General (général) Hermann von Strantz, ordonna pour le lendemain la conquête de la rive occidentale de la Meuse afin de prendre de flanc et à revers les forces françaises refluant en désordre à travers le fleuve. Il n’en fut rien. Les ordres suivants de l’Obersten (colonel) Heeresleitung (O.H.L.) et de son chef Helmuth von Moltke furent le début d’une chaîne d’erreurs de jugement qui culminèrent à la mi-septembre 1914 dans la retraite de l’armée de l’Ouest connue sous le nom de « drame de la Marne » et, en fin de compte, dans l’échec de toute la stratégie de campagne allemande.


Que s’était-il passé ? En application du pacte d’assistance conclu en 1894 entre la France et l’Empire tsariste russe (Alliance franco-russe), l’armée russe mobilisa immédiatement après l’invasion allemande de la Belgique. À partir de la mi-août 1914, les Russes pénétrèrent de manière inattendue avec deux armées en territoire de Prusse-Orientale. Du côté allemand, seule la 8e armée s’y trouvait sous le commandement du General (général) Max von Prittwitz, plus tard remplacé par le duo de chefs militaires Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff. Le plan allemand prévoyait d’attaquer et de battre les formations russes l’une après l’autre. Bien qu’aucun besoin de renforts n’ait été réclamé de la part du commandement de l’armée, l’O.H.L. se vit contrainte de prélever trois corps d’armée du front de l’Ouest et de les transférer en Prusse-Orientale. Outre le Ve corps d’armée, cela concernait le corps de réserve de la Garde appartenant à la 2e armée ainsi que le XIe corps d’armée combattant auprès de la 3e armée. Ces deux derniers corps n’arrivèrent en Prusse-Orientale qu’après les batailles de Tannenberg et des lacs de Mazurie, qui s’étaient soldées par une victoire pour les troupes allemandes. L’absence de ces deux corps, en particulier sur l’aile (nord) de l’armée décisive pour la campagne allemande, devait avoir des conséquences fatales et conditionna la décision prise à la mi-septembre 1914 par l’O.H.L. d’interrompre la bataille de la Marne.
Le V. Armeekorps (Ve corps d’armée) reçut l’ordre de cesser tous les efforts offensifs le 26 août 1914. Bien que ces ordres aient provoqué une grande incompréhension, ils furent maintenus par l’O.H.L. Même les protestations insistantes du commandement de l’armée et du corps d’armée, face à la possibilité évidente de s’emparer de la place forte de Verdun, ne parvinrent pas à modifier cette décision. Dès le lendemain, le V. Armeekorps rebroussa chemin vers l’est. Le retrait du corps d’armée rendit nécessaires des regroupements au sein de la 4. Armee (4e armée) et de la 5. Armee (5e armée) et eut des répercussions correspondantes jusqu’à la 3. Armee (3e armée). Pendant plusieurs jours, la progression des trois armées fut freinée. La défense française, qui vacillait dans le secteur central du front occidental, put curieusement se consolider à nouveau.
Après la surprenante victoire allemande lors de la bataille de Tannenberg, le V. Armeekorps fut à nouveau subordonné dès le 30 août 1914 à la 5. Armee et rebroussa chemin depuis la région de Metz en direction de l’ouest. Au sein du groupement d’armées, la Meuse devait être franchie au nord de Verdun. Dès le lendemain, le corps d’armée fut toutefois à nouveau arrêté et rappelé pour repousser des attaques françaises redoutées à l’est de Verdun en direction de Metz. Le général commandant Hermann von Strantz reconnut, malgré ce va-et-vient chaotique, l’option stratégique de lancer sa troupe à l’occasion depuis la Woëvre-Ebene en direction des hauteurs de la Meuse entre Combres et St-Maurice-s.l.-Côtes. Par mesure de précaution, la 10. Division (10e division) fut retirée vers le sud à partir du 3 septembre 1914 pour former une ligne Jonville – Harville. En outre, une reconnaissance aérienne renforcée fut ordonnée sur l’ensemble de la Woëvre-Ebene. Des patrouilles devaient effectuer des reconnaissances dans la zone des hauteurs de la Meuse.
Hauteur de Combres : début des combats en septembre 1914

Le 7 septembre 1914, le V. Armeekorps reçut effectivement l’ordre de prendre possession de la crête des Côtes Lorraines et des forts de la Meuse Camp des Romains, Les Paroches et Troyon. Ce fut le début des combats qui durèrent quatre ans sur les hauteurs de la Meuse. En deux colonnes, les unités de la 10. Infanterie-Division (10e division d’infanterie) entamèrent la progression, la 19. Infanterie-Brigade (19e brigade d’infanterie) au sud et la 20. Infanterie-Brigade (20e brigade d’infanterie) au nord. Des éléments des Königs-Jäger zu Pferde Nr. 1 (1er régiment de chasseurs à cheval du Roi) et du Infanterie-Regiment 47 (47e régiment d’infanterie) réussirent sans difficulté à avancer sur une ligne Les Éparges – St. Rémy – Dompierre – Lavignéville. Les unités françaises avaient curieusement abandonné leurs positions sur les pentes des hauteurs de la Meuse et s’étaient retirées. Le soir, des éléments de l’IR 47 s’établirent au repos à l’ouest d’Herbeuville, sur la future « Herbeuville-Höhe », et de la Côte 362, plus tard « Combres-Ouest ». Le quartier général de la 10. Division fut installé dans le village de Combres. Des éléments du Infanterie-Regiment 50 (50e régiment d’infanterie) occupèrent la crête du Montgirmont et le col de la Crête des Éparges, plus tard « Combres-Est ». Ils y établirent des positions sur son point culminant, le « Finger », qui sera plus tard l’objet de combats acharnés.
Le lendemain, 8 septembre 1914, l’IR 50, renforcé par d’autres éléments de la division, poursuivit sa progression en direction du Fort de Troyon. De l’artillerie lourde, dont deux mortiers Skoda de 30,5 cm de la 3e batterie du « demi-bataillon Krakau » k.u.k., avait déjà commencé à bombarder le fort pendant la nuit. L’assaut prévu dut cependant être annulé et reporté à plusieurs reprises en raison du mauvais temps et d’un effet destructeur insuffisant. Le fort de Génicourt au nord ainsi que la batterie de Lès Paroches située au sud restèrent intacts et perturbèrent par leur artillerie les opérations allemandes.
L’incertitude au sein de l’O.H.L., favorisée par le manque de reconnaissance à longue distance et une transmission d’informations insuffisante, ne cessa de croître. Des rapports d’agents indiquaient que, à l’ouest de St. Mihiel, des formations françaises préparaient une percée sur Metz. Contrairement à d’autres informations du commandement général du V. Armeekorps, il fut donc ordonné le 9 septembre 1914 de battre immédiatement en retraite vers la Woëvre-Ebene. Bien que cet ordre ait été révisé dès le lendemain, les pionniers et l’infanterie étaient déjà retournés dans leurs positions de départ et n’avaient laissé que de petits groupes près du Fort de Troyon. L’attaque avait échoué. Des éléments des IR 47 et IR 50 occupèrent à nouveau des positions sur la Crête des Éparges, le Montgirmont ainsi que sur la Côte des Hures, des attaques françaises étant également redoutées du nord et de l’ouest.
Par ordre de l’O.H.L., une nouvelle grande unité fut créée sous le commandement du général Hermann von Strantz afin de mettre de l’ordre dans les opérations. En raison de la retraite allemande de la bataille de la Marne, l’Armeegruppe v. Strantz nouvellement formée avait également été ramenée des Côtes de Lorraine sur environ 40 km en direction du nord-est derrière la petite rivière de l’Orne.
Comme, contrairement à toutes les craintes, il n’y eut pas d’attaques françaises notables, la prise des hauteurs de la Meuse et des forts qui s’y trouvaient fut à nouveau ordonnée dès le 16 septembre 1914. La tâche fut confiée à l’Armee-Abteilung Strantz ainsi rebaptisée. Celle-ci comprenait le Ve corps d’armée prussien repris par le général Adolf von Oven ainsi que le III. bayerische Armeekorps (IIIe corps d’armée bavarois), détaché de la 6e armée, du général Ludwig Freiherr von Gebsattel. Les Prussiens devaient attaquer au nord contre les Côtes de Lorraine et le Fort de Troyon, et les Bavarois s’emparer des forts de Camp-des-Romains, de Les Paroches et de la ville de Saint-Mihiel. La 33. Reserve-Division (33e division de réserve) avait pour mission d’isoler la place forte de Verdun par l’est et de couvrir le flanc nord.
L’attaque initialement prévue pour le 17 septembre 1914 fut retardée en raison de pluies persistantes, d’artillerie enlisée et de nouvelles craintes d’une attaque française imminente.
Le 19 septembre 1914, le moment était enfin venu. Les deux corps d’armée franchirent la route orientée nord-sud entre Fresnes-en-Woëvre et Thiaucourt (aujourd’hui D 904). À l’ouest de celle-ci, une position de protection d’artillerie fut occupée. Des reconnaissances furent menées dans la zone des hauteurs de la Meuse et des localités. Malgré la pluie persistante, la progression se déroula conformément aux plans. L’artillerie put prendre ses positions jusqu’au matin du 20 septembre 1914 et entamer le bombardement des hauteurs de la Meuse.
Au matin du 21 septembre 1918, l’infanterie poursuivit sa progression. Des éléments de la 9. Division (9e division d’infanterie) (IR 19 [19e régiment d’infanterie], IR 58 [58e régiment d’infanterie], GrenR 7 [7e régiment de grenadiers]) étaient engagés sur Hannonville, Herbeuville et Combres, et la 10. Division (10e division d’infanterie) (IR 46 [46e régiment d’infanterie], IR 47 [47e régiment d’infanterie], IR 50 [50e régiment d’infanterie], GrenR 6 [6e régiment de grenadiers]) sur Thillot, Saint-Maurice et Billy-sous-les-Côtes. Contrairement au début du mois, les troupes rencontrèrent une vive résistance dans les localités. L’artillerie française amenée en position cachée frappa durement les flancs par des tirs précis. Malgré des pertes notables, on réussit à prendre les localités d’assaut et à atteindre une ligne Dommartin – Dompierre-aux-Bois sur les hauteurs de la Meuse. Les Français, inférieurs en nombre, s’étaient retirés à l’ouest et au nord-ouest à l’abri des forêts locales.

Après la victorieuse bataille de la Marne, le commandement français était parti avec optimisme de l’idée qu’un repli général allemand allait se produire. On ne s’attendait pas à des attaques allemandes, pas même dans la région de la Woëvre-Ebene. Par l’enveloppement de l’aile d’armée allemande septentrionale (« course à la mer ») et une offensive entre Verdun et Reims, on voulait amener la décision finale de la guerre. À partir du 17 septembre 1914, les Allemands reformèrent toutefois partout un front et opposèrent une résistance énergique aux Français qui progressaient. D’importants contingents de troupes françaises furent retirés du front et transférés sur les deux fronts d’attaque. Dans la zone des hauteurs de la Meuse, cela concerna la 2e armée au complet. Au moment de l’offensive allemande, il ne s’y trouvait plus que de surcroît une division de réserve (75e D.R.) et une division de cavalerie (7e D.C.).
L’avancée de la 9e division progressait d’abord comme prévu dans la matinée du 21 septembre 1914. Au nord, le Infanterie-Regiment 58 devait s’emparer des localités d’Herbeuville et de Combres et progresser en direction de St-Rémy-la-Calonne. Au sud, le Infanterie-Regiment 19 devait progresser via Hannonville s.l. Côtes sur les hauteurs de la Meuse et plus loin en direction de Dommartin-la-Montagne. Il apparut que la pente orientale des hauteurs de la Meuse était occupée par l’ennemi. Depuis ses positions, l’infanterie française opposa une résistance acharnée. Le terrain posa des problèmes aux assaillants. Les pentes escarpées étaient envahies en maint endroit par un sous-bois dense et des vignes, dont les treillages et le palissage rendaient la progression difficile. L’artillerie française déployée sans entrave près de Fresnes-en-Woëvre, sur la Côte des Hures et à l’ouest des Éparges fit sentir ses effets de manière sensible. Jusqu’au soir, l’IR 58 avec des éléments du Grenadier-Regiment 7 (7e régiment de grenadiers) avait occupé la hauteur de Combres et la Côte 362 (plus tard Combres-Ouest). L’IR 19 se trouvait avec un bataillon pour assurer la sécurité de l’artillerie qui y était déployée à l’orée occidentale de la Côte 373, la future hauteur d’Herbeuville.
Progressivement, le chef de la 3e armée française, Genéral Maurice Sarrail, prit conscience de la gravité de la situation. Il était initialement prévu que la 1e armée française positionnée plus au sud sous les ordres du Genéral Augustin Dubail empêche les poussées allemandes dans la Woëvre-Ebene par une attaque propre. Cela s’avéra irréalisable compte tenu des gains de terrain allemands considérables.
Outre la 67. Reserve-Division (67e division de réserve) initialement prévue pour le renfort, Sarrail ordonna vers midi le 21 septembre 1914 le déplacement de l’ensemble du 6e corps d’armée français positionné à l’est de Verdun sur les hauteurs de la Meuse. Dès le matin du 22 septembre 1914, la 12e DI française se trouvait ainsi dans la zone de Mouilly – Vaux-les-Palameix, plus au sud la 67. DR devant Dompierre et la 40e DI de Seuzey en passant par Lamorville jusqu’en bas dans la Lücke von Spada. La 107e brigade française (RI 301, 302, 304) avança précipitamment à cheval, avec pour mission d’occuper le Montgirmont et, si possible, de reconquérir également le terrain en hauteur des Éparges et de Combres. Cette dernière tentative échoua face à la résistance de l’IR 58.
Les positions du IR 58 (58e régiment d’infanterie) se trouvaient sur les pentes nord et ouest des hauteurs. Cela permit de prendre efficacement sous le feu les unités de la 107e brigade française qui attaquaient à plusieurs reprises depuis la direction de Saint-Rémy et de Tresauvaux. En l’absence de tranchées et d’abris, les soldats étaient cependant livrés sans défense au feu de l’artillerie ennemie.
Les Français ne voulaient pas abandonner sans combattre le terrain perdu. Le matin du 22 septembre 1914, le commandant du 6e corps d’armée, le général Martial Justin Verraux, ordonna la reconquête des hauteurs de la Meuse entre Combres et Hattonchâtel. Ce qui suivit furent des attaques mal préparées qui ne devaient rapporter aux Français que de très faibles gains de terrain, mais leur coûter des centaines de morts et un multiple de blessés et de disparus.
L’un des morts était le jeune lieutenant Henri Alban Fournier, dit « Alain-Fournier ». En tant que membre du 288e RI français (67e DI), il avait participé aux combats sur les hauteurs de la Meuse. Avec d’autres soldats français, il fut capturé et abattu le 22 septembre 1914 à l’ouest de Dommartin-la-Montagne par des membres du Grenadier-Regiment 6 (6e régiment de grenadiers). Selon des rumeurs, des brancardiers et des blessés allemands auraient été tués de sang-froid sous son commandement. Fournier était considéré comme un talent littéraire prometteur. Après la fin de la guerre, il a été stylisé en symbole de la jeunesse intellectuelle de la France perdue dans la guerre.

Au cours des combats sur les hauteurs de la Meuse, qui durèrent jusqu’à la fin septembre 1914, les Allemands subirent également des pertes sensibles. À partir du 23 septembre 1914, la défense française s’était consolidée face aux unités avancées jusqu’à la zone de la Grande Tranchée de Calonne grâce à l’amenée de renforts et d’artillerie.
Les Français réussirent à engager les assaillants, qui progressaient de toute façon difficilement dans les bois denses, dans de sanglantes escarmouches grâce à des postes isolés et habilement placés, des mitrailleuses et des tireurs embusqués dans les arbres. Dans les broussailles impénétrables et face à un ennemi invisible, les unités allemandes ne cessaient de se mélanger, perdaient la direction et devaient être réorganisées sans cesse par leurs chefs sous le feu ennemi.
La perte d’officiers et de sous-officiers fut particulièrement importante ces jours-là. Comme ils marchaient en tête de leurs unités, comme jadis, et étaient facilement identifiables grâce à leurs uniformes, ils constituaient des cibles idéales pour les tireurs d’élite français. La plupart des tués retrouvés par la suite étaient morts de tirs ciblés dans la poitrine ou la tête. Le combat fut mené avec acharnement par les deux camps. Les blessés des deux camps ne purent être évacués, même en arborant des insignes de la Croix-Rouge confectionnés de bric et de broc à partir de maillots de corps blancs et de pantalons d’uniforme français rouges.
Comme il l’avait ordonné, le IR 154 et des éléments du Grenadier-Regiment 7 (7e régiment de grenadiers) avaient réussi, d’ici le soir du 24 septembre 1914, à atteindre par le sud une ligne située au-delà de la route entre les localités de Saint-Rémy et Vaux-les-Palameix, appelée plus tard « Vauxweg ». Il s’agissait ainsi de resserrer vers le nord la ceinture d’encerclement autour de la forteresse de Verdun. Des groupes isolés poussèrent plus avant jusqu’à la « Côte Senoux », une hauteur située au nord de la route menant de Saint-Rémy à Mouilly (actuelle D 113). Aucun raccordement avec des unités voisines n’ayant pu y être trouvé, on se replia sur la ligne ordonnée au nord du « Vauxweg ».

Des éléments du IR 154 (154e régiment d’infanterie) furent rappelés plus loin en direction de Dommartin-la-Montagne pour assurer la protection de l’artillerie mise en position dans la forêt du Chanot (en fr. le Chanot) et établir une liaison avec les éléments du IR 19 (19e régiment d’infanterie) se trouvant sur la hauteur d’Herbeuville. La ligne ainsi créée entre les localités de Vaux-les-Palameix et de Combres-sous-les-Côtes devait pour l’essentiel subsister jusqu’en avril 1915. De part et d’autre de la Grande Tranchée de Calonne, elle devint plus tard une position de recueil fortement aménagée et fut baptisée du nom de « Alte Winterstellung ».
Le 24 septembre 1914, la situation face au IIIe bataillon du IR 19 sur le rebord occidental de la Côte 373 (hauteur d’Herbeuville) s’était brièvement révélée critique. Vers 5 h 45 du matin, un bombardement d’artillerie massif commença. Sous le couvert d’un épais brouillard au sol, une attaque d’infanterie française fut lancée. Des éléments des assaillants pénétrèrent par un vallon au sud-est de St. Rémy dans le flanc des défenseurs. L’attaque ne put être stoppée qu’immédiatement devant les tranchées allemandes. Le brouillard au sol s’étant soudainement dissipé, les Français refluant à travers la vallée du Longeau-Bach subirent de lourdes pertes avec plus de 300 morts. Un grand nombre de blessés restés sur place ne purent être évacués en raison des bombardements continus. Ils moururent d’une mort atroce au cours de la nuit suivante. Les tués du IR 19, environ 35 hommes, furent inhumés dans une fosse creusée spécialement à cet effet dans une clairière derrière la position.
Hauteur de Combres : évolution ultérieure jusqu’en novembre 1914
Pour comprendre la suite des combats sur les hauteurs de Meuse et plus particulièrement sur la hauteur de Combres, il convient d’examiner de plus près la topographie des environs. L’historique régimentaire rédigé en 1924 du Reserve-Infanterie-Regiments 130 (130e régiment d’infanterie de réserve), qui fut engagé d’octobre 1914 à mai 1915 dans la zone de la hauteur de Combres et de la tranchée de Calonne, contient cette description édifiante :
(…) Pour une meilleure compréhension des combats du Reserve-Infanterie-Regiments 130, l’orientation suivante est encore ajoutée :
Du massif principal des hauteurs de Meuse, le ruisseau du Longeau, prenant sa source à la hauteur des villages d’Hannonville et Dommarlin, sépare la partie orientale par une vallée profondément encaissée de telle sorte que les hauteurs situées au nord de la route Combres – St. Remy – Mouilly, à savoir les monts de Combres hauts de 346 mètres, le Montgirmont et la cote des Hures (Côte 372) située encore plus au nord, constituent des cônes montagneux complètement isolés. À l’ouest de la vallée d’environ 500 mètres de large formée par le petit ruisseau du Longeau, notre position mène des hauteurs de Meuse à partir de la forêt de Loclont en passant par la tranchée de Calonne, la Côte 334 et la lisière du bois du Chanot pour descendre dans la vallée, où elle rejoint la grand-garde près du moulin Pelit et dans le village de St. Remy. Ensuite, la ligne des tranchées de tir s’avance par-delà la route St. Remy – Combres et atteint son terme dans la position sur les monts de Combres. Également à l’ouest du petit ruisseau, mais au-delà du village de St. Remy, c’est-à-dire à peu près sur le flanc des monts de Combres, se trouve la Côte 340, presque dénudée, puis suivent une multitude de hauteurs boisées dans lesquelles les nombreux petits ruisseaux se jetant dans le Longeau-Bach ont creusé de profonds ravins. Des éperons boisés mènent jusqu’au Longeau-Bach. Les plus proches sont les hauteurs 342 et 353, la première étant également appelée par nous « pince de homard » en raison de sa forme particulière.
Les hauteurs 340, 342, 353, le Montgirmont et la cote des Hures se trouvent aux mains des Français, qui y ont érigé des fortifications de campagne. (…)
De cette description, le lecteur verra que notre position sur les monts de Combres pouvait être prise sous le feu, non seulement de face depuis le nord, mais aussi sur le flanc depuis l’ouest, du moins en ce qui concerne l’artillerie.
Le plateau de Combres se compose de 2 parties, que sépare le chemin de terre menant du village de Combres, situé sur la bordure sud-est des hauteurs, vers l’ouest en passant par un léger col vers Les Eparges dans la vallée du ruisseau du Longeau. La partie sud a une forme presque entièrement circulaire, est recouverte sur ses côtés nord-ouest et ouest de petits bois de mélèzes, d’épicéas et de hêtres, s’incline doucement vers le nord-ouest et le nord en direction des Eparges et du chemin de terre, et ne présente, qu’en direction du sud-est — là où le chemin de St. Remy — Combres descend dans la plaine en lacets en franchissant le col d’Herbeuville — la forme d’un escarpement couvert de petites broussailles. Pour le reste, la hauteur, notamment le sommet, est entièrement dénudée. Du côté nord se trouve une carrière.
La hauteur située au nord du chemin de terre traversant le col présente en revanche une forme longitudinale orientée d’ouest en est, atteint son sommet le plus abrupt immédiatement au nord du point culminant du col, au point 346, et décline de là de tous côtés : vers l’ouest sous la forme d’une arête montagneuse entièrement dénudée, longue d’environ 300 mètres et large de seulement 40 à 60 mètres, dirigée vers Les Eparges ; vers le nord sous la forme d’une cuvette, en direction du chemin de terre situé au sud de Montgirmont ; vers l’est sous la forme d’une crête qui va en s’amincissant et qui, à la hauteur du village de Combres, descend ensuite brusquement dans la plaine. Ici, au sommet, la montagne descend très brusquement vers le nord et l’est dans la plaine.
Toute la pente et une bande de 20 à 30 mètres le long du bord sont couvertes d’épicéas, de mélèzes et de hêtres de taille moyenne, entre lesquels prolifèrent des broussailles. Le versant sud et sud-est de la montagne, riche en vignes, descend avec une pente d’abord escarpée, puis de plus en plus douce, jusqu’au village de Combres. (…)
(…) Sur la montagne sud (position D) se trouvait une série de trous de tir dans la petite forêt d’épicéas, faisant face à l’ouest. Une deuxième position avait déjà été creusée sous forme de tranchée sur la crête menant vers Les Eparges, une troisième en direction du chemin de terre. Quelques grands-gardes au col et sur la route de St. Rémy assuraient la sécurité des chemins. (…)
(…) La montagne nord (à l’ouest du point 346, appelée position C, et au nord et à l’est position B) ne disposait pas encore, dans sa partie avant, de tranchée continue. Une série de trous de tir offrait de la place pour une compagnie en C, et pour environ un bataillon en B. La ligne menait par le sommet le plus avancé en direction de Les Eparges, en traversant la cuvette vers la pente escarpée en B, où elle passait à quelques mètres au-dessus du bord jusqu’au sommet, pour redescendre ensuite sur la crête est vers la plaine.
Ici se trouvaient à l’ouest du chemin Combres – Tresauvaux deux grands-gardes, à l’est du chemin, quelques tranchées et abris offraient de la place pour environ deux compagnies. (…)
(…) Là où notre position sort du bois et mène par les hauteurs vers la carrière, règne une vie et une agitation tout à fait différentes. Ici, la tranchée est découverte à la vue de l’ennemi. L’artillerie française, très active, répond à tout mouvement un peu prononcé par des shrapnels et des obus. Les projectiles des canons-revolvers (batteries de mulets), en soi si mignons, très convoités par la troupe mais souvent extrêmement incommodes dans leurs effets, sifflent également fréquemment au-dessus des parapets et des épaulements. Des pertes dues à l’artillerie se produisent chaque jour, contre lesquelles on cherche à se protéger par un aménagement profond du fond de la tranchée, par de solides épaulements et par la construction d’abris, construction qui est toutefois rendue extrêmement difficile par le fait qu’aucun matériau de construction approprié n’est disponible à la ronde. La relève des compagnies ne peut bien sûr s’effectuer que de nuit et s’avère difficile même alors, car les voies d’accès traversant les couloirs forestiers et la pente dénudée sont fréquemment soumises à des tirs de surprise. Ici, les coups se succèdent sans interruption. L’artillerie française tire avec une précision remarquable.
La compagnie avancée de la position C est encore bien plus exposée. Dans des trous de tir isolés, la garnison est accroupie à faible distance de l’ennemi. Il n’existe pas encore de liaison vers l’arrière par le col menant à la réserve d’avant-poste au niveau du lacet. Ainsi, les hommes se trouvent sur la cime dénudée, entièrement livrés à eux-mêmes. L’ennemi cherche à perturber les travaux de retranchement intenses qui s’ensuivent par de fréquents tirs de surprise d’artillerie, ce qu’il ne parvient toutefois pas à faire, même si des pertes sensibles sont occasionnées par les bombardements quotidiens, souvent de plusieurs heures. L’ennemi n’est cependant pas mieux loti, car notre position domine la sienne au-dessus de Les Eparges et devant le chemin de terre menant de Les Eparges à la ferme de Monville.
La position de l’ennemi n’est plus favorable que dans la mesure où elle ne peut être prise par notre artillerie qu’avec difficulté et de front, tandis que nos lignes sur l’éperon sont exposées à la fois au feu de face de l’artillerie française du Montgirmont et des Côtes des Hures, à l’effet de flanc de ses pièces de campagne de la « Hummerschere » et de la Côte 353, ainsi qu’à celui de ses pièces de forteresse lourdes de la direction des forts d’arrêt de Troyon et de Génicourt. Cette circonstance était cependant inhérente à toute la position avancée sur les hauteurs des Combres et devait être acceptée.
À Combres « B », une vive activité d’infanterie se développe dès les premiers jours, en particulier sur l’aile droite, où l’ennemi se trouve dans le ravin au sud de la Monville-Ferme, couvert par le versant escarpé boisé, jusqu’à une distance de 20-50 mètres de nos positions. L’aménagement des tranchées y est également poursuivi avec le plus grand zèle.
Sur le versant oriental et dans la vallée A, l’activité de combat reste relativement faible au début. Le contact avec la 5. Landwehr-Division (5e division de Landwehr) rattachée à droite est déjà établi.
Les réserves de la position avancée sont encore logées à cette époque dans de petits trous de terre bas ou des abris sur la pente près de la serpentine et sur le versant sud de la position B. Un stationnement confortable en terrain découvert est impossible, car l’artillerie ennemie maintient sous le feu tous les points de terrain dégagés et le village de Combres. En revanche, elle ne parvient pas à atteindre les versants escarpés. C’est là que se développe dès lors une activité extrêmement intense. Des poutres et des arbres amenés de nuit par des véhicules sont portés avec la plus grande peine sur les pentes et intégrés. Ainsi naît peu à peu ici un camp de cavernes, d’abris et de blockhaus.
Près de la serpentine, dite « Kaiser-Wilhelm-Straße », s’installent l’état-major du régiment et un état-major de bataillon ; immédiatement à l’est, les compagnies de la réserve d’avant-poste se trouvent sur plusieurs niveaux. Une « Himmelsleiter » de plusieurs centaines de marches monte de la serpentine jusqu’au plateau, où une autre compagnie s’est retranchée dans des abris derrière un pli de terrain. De même s’installe la réserve d’avant-poste pour B, tout en haut sur le versant sud au nord du village de Combres. Dans un travail infiniment pénible, les hommes traînent le matériel, bois et pierres, paille et poêles depuis le village de Combres jusqu’en haut de la hauteur, souvent sous le feu ennemi.
L’eau potable n’est évidemment pas disponible là-haut, il faut la monter à travers la vallée parsemée d’obus. L’approvisionnement en vivres est également lié à de grandes difficultés. Les cuisines de campagne, qui se trouvent de jour à Herbeuville, empruntent de nuit le chemin dangereux en passant par le carrefour de Combres jusqu’au village et à la serpentine, d’où la nourriture doit être cherchée dans les gamelles. (…)
tiré de : Fritz Cordes, Kriegsgeschichte des Reserve-Infanterie-Regiments 130 (130e régiment d’infanterie de réserve) (Metz), Detmold 1924
Hauteur des Combres : crise des munitions – passage à la guerre de position
Cette description de la situation laisse deviner les difficultés auxquelles les unités allemandes ont été exposées à l’automne et à l’hiver 1914/15. Il n’existait aucune expérience de la guerre de position, en particulier en matière d’organisation du terrain et surtout en ce qui concerne la construction d’abris à l’épreuve des balles et d’autres protections contre le feu de l’artillerie ennemie. On manquait de toute connaissance et de tout matériel pour la construction de positions fortifiées.
Sur le plan économique, l’Empire allemand, comme toutes les nations participantes, n’était absolument pas préparé à une guerre prolongée. Certes, dès le 4 août 1914, avec la « Kriegs-Ermächtigungsgesetz », les conditions préalables à l’organisation d’une économie de guerre avaient été réglées. Le Bundesrat s’est vu accorder des interventions de portée considérable dans l’ensemble de la vie économique. La demande en munitions et autres biens d’approvisionnement augmenta cependant de manière inmesurable. Le blocus maritime britannique empêcha presque totalement l’importation de marchandises d’outre-mer. L’approvisionnement des producteurs d’engrais, de munitions et d’explosifs en salpêtre provenant principalement du Chili menaçait de s’effondrer.
Début novembre 1914, la « crise du salpêtre » a atteint son paroxysme, alors que les munitions d’artillerie ne semblaient plus être disponibles que pour six jours. Finalement, la confiscation de tous les stocks encore présents dans l’industrie et l’agriculture, y compris environ 750 000 tonnes de sels de nitrate, a permis de maintenir tant bien que mal l’approvisionnement en munitions de l’armée pour l’hiver 1914/1915.
En 1915, la situation s’est améliorée progressivement avec la production d’ammoniac par la « Badische Anilin und Soda Fabrik Actiengesellschaft » (BASF AG), soutenue massivement par l’industrie et l’État via la « promesse du salpêtre ». Les chimistes Fritz Haber et Carl Bosch en étaient essentiellement responsables. À Ludwigshafen-Oppau, il existait déjà depuis 1913 une première installation de recherche et de production fonctionnant sur la base du « procédé Haber-Bosch » patenté en 1910. En 1916, près de Halle a. d. Saale, s’est ajoutée la nouvelle usine d’ammoniac « Ammoniakwerk Merseburg », d’où sont issues plus tard les « Leuna-Werke ».
Outre le manque d’explosifs et de munitions, l’équipement de l’artillerie de l’armée allemande principalement en canons légers a présenté des désavantages. Certes, les Français avaient également, au début de la guerre, mis l’accent principal sur la mobilité. Cependant, grâce à leur artillerie lourde de forteresse dans les forts autour de Verdun, ils purent intervenir à longue portée et efficacement dans les combats qui s’enlisaient sur les hauteurs de la Meuse et dans la plaine de la Woëvre.
À partir du 29 septembre 1914, la 9. Infanterie-Division (9e division d’infanterie) fut relevée par la 33. Reserve-Division (33e division de réserve) (initialement réserve principale de la forteresse de Metz). Les éléments susmentionnés de la 9. Infanterie-Division (9e division d’infanterie) avancèrent plus à l’ouest pour relever la 10. Infanterie-Division (10e division d’infanterie), fortement décimée et ayant besoin de repos, dans ses positions entre Vaux-lès-Palameix et Seuzey. Le Königlich-Bayerisches Infanterie-Regiment Nr. 8 (8e régiment d’infanterie royal bavarois) prit en charge la hauteur de Combres (secteurs A à C) tenue auparavant par le IR 58, le Königlich-Bayerisches Infanterie-Regiment Nr. 4 (4e régiment d’infanterie royal bavarois) prit la hauteur d’Herbeuville occupée par le IR 19 (secteur D) ainsi que les parties de position se raccordant à l’ouest en direction de la Grande Tranchée de Calonne.
Les semaines suivantes furent consacrées à l’aménagement de positions et d’abris afin de se protéger au mieux du feu d’artillerie qui reprenait sans cesse. Les postes de commandement des unités participantes se trouvaient pour la plupart dans une grande carrière située au-dessus d’Herbeuville. Les troupes de réserve proches du front étaient logées dans le village même ainsi que dans les zones de campement situées sur la pente est escarpée des Côtes Lorraines et qui ne cessaient de s’agrandir.





Les localités situées dans la zone arrière de la Woëvre-Ebene accueillaient les réserves et les troupes au repos. De petits villages agricoles tels qu’Avillers-Ste-Croix, Jonville, Harville, Butgnéville, St. Hilaire, Moulotte, Labeuville ou Friauville devinrent des centres de cantonnement et d’approvisionnement fortement occupés. Ils servaient également à l’hébergement des états-majors, des unités logistiques et des hôpitaux militaires.
Le commandement de l’Armee-Abteilung Strantz s’installa dans le « Château des Harts » près de Chambley. Après sa destruction par un incendie le 4 juin 1915, il fut transféré au Château de Moncel près de Jarny. Les quartiers généraux de corps d’armée du III. Bayerischen Armeekorps (IIIe corps d’armée bavarois) et du V. Preußischen Armeekorps (Ve corps d’armée prussien) se trouvaient dans les châteaux de St-Benoît en Woëvre et de Xonville.





Vers la fin du mois de septembre 1914, les combats sur les hauteurs de la Meuse s’apaisèrent. Il fut ordonné de maintenir les positions atteintes. Une avance ultérieure dut être abandonnée en raison de la menace de flanc exercée par les forteresses de Verdun et de Toul, ainsi que par manque de progression des attaques également en panne sur la rive occidentale de la Meuse. Le centre de gravité des opérations se déplaça vers le nord de la France et la Flandre belge. Sur les Côtes de Lorraine, les tirs d’artillerie et de mitrailleuses des Français, continus et coûteux en pertes pour les Allemands, persistèrent.
En raison du manque de munitions et de pièces d’artillerie à longue portée, l’artillerie française ne pouvait être sérieusement combattue. En raison de la situation exposée sur les pentes avant des différentes hauteurs, les positions allemandes étaient en permanence et de plusieurs côtés exposées aux tirs ennemis. Ce n’est qu’après l’apport d’outils de tranchée et de matériaux de construction appropriés que la situation put être quelque peu améliorée.
À partir du début d’octobre 1914, le V. Armeekorps (Ve corps d’armée) devait continuer à occuper le secteur d’Étain à Lamorville. S’y raccordait le III. K.B. Armeekorps (IIIe corps d’armée royal bavarois). Dans le secteur de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve) (hauteur de Combres jusqu’à la lisière est du bois de Saint-Remy), la 8. K.B. Infanterie-Brigade (8e brigade d’infanterie royale bavaroise) (K.B. IR 4 & K.B. IR 8) et la 66. Reserve-Infanterie-Brigade (66e brigade d’infanterie de réserve) (RIR 67 et RIR 130) devaient se relayer dans les positions.
Le village de Saint-Remy-la-Calonne, situé dans le no man’s land, devint un point névralgique. Pendant les heures de la nuit, sa partie nord était occupée par des postes français, et la partie sud par des postes allemands. Des raids d’artillerie, des opérations de patrouille, des fusillades et des captures mutuelles de soldats et d’officiers se produisaient régulièrement.
Hauteur de Combres : Combats pour les flancs – Plaine de la Woëvre
Par l’ordre de l’Armee-Abteilung Strantz du 22 octobre 1914, une nouvelle division fut créée à partir des unités jusqu’alors hétéroclites dans la plaine de la Woëvre. Son noyau était formé par la 14. Landwehr-Infanterie-Brigade (14e brigade d’infanterie de Landwehr) (LIR 17, LIR 36, LIR 64) et la 30. Landwehr-Infanterie-Brigade (30e brigade d’infanterie de Landwehr) (LIR 25, LIR 65). Ces deux unités faisaient initialement partie de la garnison de la forteresse de Metz. Jusqu’à leur engagement entre la Meuse et la Moselle, elles n’avaient participé à aucun combat notable. D’abord appelée Landwehr-Division v. Waldow (division de Landwehr von Waldow), puis 5. Landwehr-Infanterie-Division (5e division de Landwehr), ce grand organisme fut engagé au nord à la suite de la 33. Reserve-Division et pour assurer la couverture contre la forteresse de Verdun. La 5. Landwehr-Infanterie-Division devint au fil de la guerre un pilier essentiel de la défense allemande dans la plaine de la Woëvre et le Saillant de Saint-Mihiel.
Les troupes allemandes n’étaient pas seulement exposées aux tirs d’artillerie de flanc venant de l’ouest. En raison du tracé défavorable du front, les Français étaient également en mesure, depuis le nord-est, de bombarder les positions de première ligne sur Combres, la zone arrière et les cantonnements de repos qui s’y trouvaient. Le front français suivait à cette époque approximativement une ligne Gussainville – Hennemont – Champlon. Des pertes survenaient quotidiennement. Les mouvements dans les localités, la construction des positions, le ravitaillement et la relève de la troupe combattante, tout cela n’était possible que de nuit. Pour remédier à cet état de fait, les Français devaient être contraints de replier leur artillerie de campagne largement avancée.
À cette fin, et aussi pour empêcher les Français de transférer des troupes de la région de Verdun et des Côtes lorraines vers les fronts d’attaque du nord de la France, plusieurs opérations ont été menées du côté allemand, qui n’ont toutefois pas connu de succès décisif.
Ainsi, dès la nuit du 28 septembre 1914, le LIR 36 (36e régiment d’infanterie de Landwehr) avait attaqué en vain la localité de Fresnes-en-Woëvre afin d’y détruire des positions d’artillerie françaises supposées. L’avancée fut clouée sur place par le feu défensif français avant même d’atteindre la périphérie du village.
Pour simuler une opération de plus grande envergure, des éléments du K.B. IR 8 (8e régiment d’infanterie bavarois), engagé plus tard sur la hauteur de Combres (secteurs A et B), avaient attaqué en parallèle en direction de Ville-en-Woëvre et de Château d’Aulnois. Au cours de cette action, le commandant du régiment du K.B. IR 8, l’Oberst Ferdinand Hannapel, fut blessé. Il décéda avant d’atteindre l’hôpital militaire lors de son transport vers Metz.
Partant de la Crête des Éparges (secteur B), une opération de groupe d’assaut du IR 58 (58e régiment d’infanterie) avait été engagée. Elle devait neutraliser l’artillerie française dans la vallée du Longeau-Bach-Tal au nord de Lès Eparges et dans les vallées secondaires. Certes, l’avancée réussit à dépasser Lès Eparges, mais aucune artillerie française ne fut trouvée jusqu’au point du jour.
Un sort semblable frappa le 7 octobre 1914 le K.B. IR 4 (4e régiment d’infanterie bavaroise) dont la relève, le RIR 67 (67e régiment d’infanterie de réserve), attendait sur les hauteurs de Herbeuville (secteur D). Les Français avaient occupé par surprise la veille les localités de Riaville et Pintheville, alors contrôlées uniquement par des avant-postes allemands. La tentative de reconquête immédiate échoua au prix de pertes sensibles. Grâce au contrôle de ces deux localités, les Français étaient en mesure de faire avancer leur artillerie encore plus loin vers l’est. De plus, la route menant à Metz via Mars-la-Tour et Gravelotte (l’actuelle D 903), importante pour le ravitaillement des troupes allemandes, se trouvait désormais dans le champ de tir direct de leurs canons.

Tôt dans la matinée du 12 novembre 1914, les commandants du V. Armeekorps (Ve corps d’armée) ainsi que de la Landwehr-Division v. Waldow, les Generale Adolf von Oven et Adolf von Waldow, se réunirent dans le Bois de Harville pour un entretien tactique. Au vu des expériences faites jusqu’alors, on s’accordait à reconnaître que, face à la défense française qui ne cessait de se renforcer, seules des opérations plus importantes seraient prometteuses. Il fut convenu de reconquérir l’après-midi même, tout d’abord, les localités de Riaville et Pintheville grâce à l’engagement de la Landwehr et avec le soutien d’éléments de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve). Au moyen de nouvelles attaques, l’ensemble du front dans la Woëvre-Ebene devait ensuite être mis en mouvement et rapproché sensiblement de la place forte de Verdun.
Malgré l’engagement de deux régiments de Landwehr complets (LIR 17 (17e régiment d’infanterie de Landwehr) et LIR 36 (36e régiment d’infanterie de Landwehr)) ainsi que d’un bataillon de chacun des Reserve-Infanterie-Regimenter 130 (130e régiment d’infanterie de réserve) et 67 (67e régiment d’infanterie de réserve), le combat de Pintheville et Riaville, ainsi nommé plus tard, se solda par un désastre. Il est vrai que le LIR 36 réussit, après de durs combats, à occuper le village de Pintheville. Cependant, jusqu’au soir, ni le LIR 17 qui attaquait Riaville, ni le I./RIR 130 engagé pour couvrir le flanc nord n’avaient progressé de manière significative. Ainsi, le LIR 36, qui avait pénétré en coin dans la position française, se trouva exposé à des tirs massifs de tous côtés et au danger d’encerclement. Il ne restait plus qu’à se replier dans l’obscurité. Vers minuit, les propres positions avaient été atteintes. À lui seul, le LIR 36 eut à déplorer lors de cette attaque plus de 600 tués, blessés et disparus, dont 20 officiers tués. La plupart des soldats tombés reposent aujourd’hui dans le cimetière militaire allemand de Maizeray.




Crête des Éparges : engagement de la 66. Reserve-Infanterie-Brigade (66e brigade d’infanterie de réserve) dans la première bataille des Flandres
À cette époque échoua en Flandre belge, sur l’aile nord du front allemand, la dernière tentative en date de reprendre la guerre de mouvement. Le 9 octobre 1914, la place forte d’Anvers était tombée. L’O.H.L. prit la décision de lancer une offensive vers l’ouest entre Nieuport et Ypres avec les troupes libérées et quatre corps de réserve mis sur pied à la hâte. Le corps expéditionnaire britannique devait être coupé de ses ports de ravitaillement et l’ensemble du front ennemi devait être enveloppé vers le sud. Commencée à la mi-octobre 1914, la « première bataille des Flandres », également appelée « bataille de l’Yser » ou „première bataille d’Ypres“, resta infructueuse pour les Allemands. Aucun gain de terrain notable ne put être réalisé. Régiment après régiment fut envoyé au combat. En un peu plus de quatre semaines seulement, les deux camps enregistrèrent des pertes alors inconcevables de plus de 250 000 hommes.

Les régiments engagés au nord du village de Langemarck n’étaient plus en état de combattre. Pour une large part, ils avaient été composés de volontaires de guerre qui n’avaient rien à opposer aux soldats professionnels britanniques expérimentés. Pour pouvoir résister aux contre-attaques redoutées, on fit venir à la hâte des unités dotées d’une plus grande expérience du combat issues d’autres secteurs du front. C’est ainsi que le 13 novembre 1914, les Reserve-Infanterie-Regimenter 67 und 130 (67e et 130e régiments d’infanterie de réserve) (66. Reserve-Infanterie-Brigade) reçurent l’ordre d’être employés « ailleurs ». Le jour même, sans savoir où ils allaient, ils furent transportés de la grande gare de ravitaillement de Conflans vers la Flandre belge.
La brèche créée par le départ soudain de la 66. Reserve-Infanterie-Brigade dans les opérations sur les hauteurs de la Meuse dut être comblée. On engagea ainsi, avec la „Brigade Albrecht“, future 94. Reserve-Infanterie-Brigade (94e brigade d’infanterie de réserve) (comprenant entre autres les RIR 219 und 220), de nouveau une unité qui n’avait été mise sur pied qu’après le début de la guerre et ne disposait d’aucune expérience du combat, ni même de l’équipement complet d’infanterie. Un peu plus tôt, elle avait quitté le terrain d’exercice de Heuberg et avait été transférée dans la plaine de la Woëvre en tant que réserve de l’Armee-Abteilung Strantz afin d’y acquérir son aptitude au service en campagne. Qu’elle fût apte au service en campagne malgré sa courte période d’instruction, elle le prouva sur la Crête des Éparges.
Concernant cet engagement, on trouve aux Archives fédérales de Fribourg (Bundesarchiv, Abteilung Militärarchiv), des documents intéressants du RIR 219 (219e régiment d’infanterie de réserve), notamment des croquis de combat, un récit de type journalier du Vizefeldwebels (adjudant) de la 8e compagnie Carl Scheinemann (PH 10 II/226) et un essai rédigé à la fin des années 1920 sous le titre „Geschichte des Reserve-Infanterie-Regiments 219 von der Gründung bis zu seinem Ausrücken in Feindesland“ (PH 10 II/227). Même si l’engagement du RIR 219 n’a duré qu’un peu plus d’une semaine, il offre de rares impressions de première main sur les combats naissants sur la Crête des Éparges à l’automne 1914.



Sont décrits avant tout les circonstances défavorables auxquelles la troupe a dû faire face en raison du temps froid et humide, d’un équipement insuffisant, d’un manque d’expérience dans la guerre de position ainsi que de l’artillerie française nettement supérieure au début de la guerre. Lors du premier engagement important, une attaque d’infanterie française menée le 19 novembre 1914 contre le Ier bataillon déployé sur la Crête des Éparges (plus tard Combres-Ost), la position a pu être maintenue au cours de combats acharnés. Le 24 novembre 1914, la position fut rendue aux troupes de la 66. Reserve-Infanterie-Brigade (66e brigade d’infanterie de réserve) rentrant du nord de la France. Le RIR 219 eut à déplorer lors de son bref engagement sur les hauteurs de la Meuse des pertes de 18 morts et 52 blessés. Il fut relévé par le Königlich-Bayerisches 8. Infanterie-Regiment (8e régiment d’infanterie bavarois) et transporté vers le théâtre d’opérations oriental en tant que partie de la future 94. Reserve-Infanterie-Brigade (94e brigade d’infanterie de réserve).
Crête des Éparges – combats acharnés en hiver 1914/1915

En raison du repli allemand inattendu de la bataille de la Marne, le commandement de l’armée française s’est senti encouragé à passer lui-même à l’offensive. Dès octobre 1914, des attaques furent planifiées des Vosges jusqu’à Arras, notamment à l’est de Verdun et dans la zone du Saillant de Saint-Mihiel. On a ainsi surestimé ses propres possibilités. Face aux offensives allemandes reprises mi-novembre 1914 dans le nord de la France et à la nécessité de détacher des contingents de troupes importants le long du front pour la défense et la constitution de réserves, il fallut finalement se limiter à des opérations individuelles localement restreintes. Le mauvais temps persistant a également eu un effet entravant sur les opérations prévues.
Des entreprises offensives furent lancées à partir de la mi-décembre 1914 sur différents fronts. Dans le Champagne-Abschnitt, entre les localités de Souain et de Massiges, les Français lancèrent face à la 3e armée allemande la soi-disant „Winterschlacht in der Champagne“. L’Oberste Heeresleitung avait ordonné le déplacement du point de gravité opérationnel vers le front oriental afin de vaincre les Russes et de mettre ainsi fin à la guerre sur deux fronts. Le haut commandement français y vit, ainsi que dans le transfert identifié de plus grandes unités de troupes, l’occasion de réaliser une percée décisive au moyen d’une attaque frontale entre Reims et les Argonnen. Malgré une forte supériorité française, seuls des gains de terrain insignifiants purent être réalisés bien avant le printemps 1915.
Dans le Saillant de Saint-Mihiel, des combats se déroulèrent sur son flanc sud, dans le Bois le Prètre, le Bois d’Ailly, Bois Brûlé et autour de la tête de pont allemande sur la rive ouest de la Meuse près de Chauvoncourt. Ici, ce furent les troupes du III. Bayerisches Armee-Korps (IIIe corps d’armée bavarois) qui purent non seulement tenir leurs positions, mais aussi gagner du terrain par endroits. Dans la zone des hauteurs de la Meuse, juste au nord de la route de Saint-Rémy à Vaux-lès-Palameix, des éléments de la 12e division d’infanterie française attaquèrent le 26 décembre 1914 le Infanterie-Regiment 154 (154e régiment d’infanterie) qui y était déployé. L’attaque échoua avec de lourdes pertes. Le IR 154 tint sa position, qui subsista jusqu’aux batailles du printemps de l’année 1915 et devint ensuite, sous le nom de « Alte-Winter-Stellung », une importante position de repli.
Jusqu’en février 1915, aucun combat notable n’eut lieu sur la Crête des Éparges. Il restait les tirs d’artillerie continus qui entraînaient constamment des pertes des deux côtés. On se consacra à l’organisation du terrain. Du côté allemand, une tranchée de front continue fut aménagée en incluant l’élévation désignée sous le nom de « Finger » au centre de la double hauteur (secteur C). De même, une deuxième ligne de défense fut établie, s’étendant sur toute la crête (secteur B) et la pente est (secteur A) pour descendre dans la plaine de la Woëvre. Elle devait servir de protection contre les tentatives de percée ennemie.
C’est particulièrement du côté français que l’on accéléra le creusement de sapes en direction des positions ennemies. En janvier 1915, il y eut dans le secteur B (position de crête) les premières explosions de mines réciproques. À partir de certaines sapes, de courtes galeries munies de chambres de mine furent creusées dans la montagne. De l’explosif y fut introduit et le secteur de tranchée ennemi situé au-dessus, ainsi que sa garnison, furent sautés en l’air.
Dans cette phase initiale de la guerre des mines, on utilisa de petites charges d’au maximum 100 kilogrammes de poudre noire, d’acide picrique, de dynamite ou d’autres explosifs du commerce. Ceux-ci présentaient constamment le risque d’une combustion spontanée ou d’une détonation causée par les tirs d’artillerie. Ce n’est que plus tard que l’on passa à l’utilisation d’explosifs de sécurité connus dans l’industrie minière, par exemple l’ammonal, le donarit ou les westphalites. Le réseau de galeries et plus tard de tunnels sur les Combres fut constamment étendu. Avec le temps, des charges explosives de plusieurs tonnes furent mises en œuvre. Les détails concernant la guerre des mines sur la Crête des Éparges se trouvent dans l’article spécialisé y afférent.
Début février 1915, le feu d’artillerie français augmenta sensiblement sur l’ensemble du front du V. Armeekorps (Ve corps d’armée). Il se concentra avec le temps sur la partie nord du Saillant de Saint-Mihiel, sur les routes d’accès, les lignes de chemin de fer, les positions d’artillerie, les zones de cantonnement et les localités, puis plus tard explicitement sur les positions de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve) dans la zone de la Crête des Éparges.
En coordination avec le grand quartier général des forces armées françaises sous les ordres du maréchal Joseph (Jacques Césaire) Joffre, le commandant de la 1re armée française, le général Pierre Auguste Roques, avait ordonné à la mi-janvier 1915 une attaque sur la Crête des Éparges. Devaient être engagées, en tant que partie de la 12. Infanterie-Division la 24e brigade d’infanterie, composée des régiments d’infanterie 106 et 132. Des pionniers du 6e régiment du génie français étaient affectés aux troupes d’assaut pour faire des brèches dans leurs propres réseaux de barbelés et dans ceux des Allemands et mener des attaques par mines.
Il était prévu de détruire par surprise la défense allemande au moyen de plusieurs explosions de mines et d’un violent tir d’artillerie. L’attaque devait ensuite commencer sur la hauteur nord-ouest, appelée « Crète des Éparges » du côté français. Les Français nommaient cette position stratégiquement importante « Point A ». Côté allemand, elle était appelée « Finger » en raison de la forme du réseau de tranchées.
Parallèlement, d’autres attaques étaient prévues sur l’ensemble du front, notamment sur le flanc sud du Saillant de Saint-Mihiel entre le Bois de la Sonnard et le Bois le Prêtre. L’objectif était d’empêcher l’ennemi de procéder à des mouvements de troupes et, par la suite, d’étrangler l’ensemble du saillant du front entre Verdun et Pont-à-Mousson par des attaques concentriques venant du nord et du sud.
Le matin du 17 février 1915, un mercredi des Cendres, régnait sur la hauteur de Combres et dans les secteurs adjacents un calme trompeur. Les tranchées n’étaient que faiblement occupées. Dans la Finger-Stellung se trouvait une section de la 6e compagnie du 8. Königlich-Bayerisches Infanterie-Regiment (8e régiment d’infanterie bavarois). Les autres sections se tenaient en réserve près du col entre les secteurs B (Combres-Est) et C (Combres-Ouest). Les soldats attendaient avec impatience la relève prévue pour le soir par le Infanterie-Regiment 130 (130e régiment d’infanterie). Ils ne se doutaient de rien de ce que les heures et les jours à venir allaient apporter.
À 15 h 00 heure allemande, quatre mines souterraines détonèrent soudainement à la pointe du « Finger ». Celles-ci avaient été placées, à l’insu des Allemands, par des pionniers français depuis des sapes dans des galeries proches de la position allemande. La violence des explosions entraîna la destruction des parties touchées de la position et l’ensevelissement des soldats qui s’y trouvaient.
Aux explosions de mines succéda immédiatement un tir d’artillerie concentré d’une intensité jusqu’alors inconnue. Celui-ci dura environ une heure. La plupart des soldats de la position Finger, qui n’avaient pas déjà péri lors des explosions de mines précédentes, y trouvèrent la mort.
À 16 h 00 commença l’attaque d’infanterie française. Des éléments du 106e régiment d’infanterie prirent d’assaut la montagne à travers les sapes 4 à 7, occupèrent les entonnoirs de mine créés et ensuite la plus grande partie de la position Finger. Du côté allemand, plus aucune résistance ne se manifestait. Environ 20 soldats bavarois survivants, pour la plupart blessés et apathiques, furent faits prisonniers. Plus à l’est, dans le secteur B, le 132e régiment d’infanterie français avait pris d’assaut les positions situées à l’orée du Bois des Éparges en direction des tranchées allemandes sur la crête de la hauteur de Combres. L’attaque échoua lourdement en pertes, principalement en raison d’une mauvaise préparation d’artillerie. Les éléments du K.B. IR 8 engagés sur place parvinrent à maintenir la position.

Les deux camps soumirent alors la montagne et le terrain environnant à un violent tir d’artillerie. Les réserves allemandes furent alertées dans leurs cantonnements et immédiatement mises en marche. La hauteur de Combres était entièrement enveloppée de fumées et de poussière. Pour les soldats s’avançant depuis la plaine de la Woëvre, elle n’était plus reconnaissable que de manière vague. L’environnement était empli d’un grondement sourd. Le sol vibrait. Dans le ciel, on pouvait deviner les trajectoires des projectiles allemands de gros calibre. Les explosions d’obus individuelles ne pouvaient plus être distinguées en raison de la haute fréquence des tirs.




Jusqu’au soir du 17 février 1915, le régiment cantonnée à Friauville, Labeuville, Dompierre et dans les localités voisines, à savoir le Reserve-Infanterie-Regiment 130 (130e régiment d’infanterie de réserve), atteignit la localité de Hannonville-s.l.-Côtes située au pied des hauteurs de la Meuse. Le régiment fut placé immédiatement sous commandement bavarois. La situation se révéla confuse. D’autres attaques françaises étaient à redouter pour la nuit. Deux bataillons prirent des cantonnements d’alerte dans le village, les deux autres furent poussés vers Herbeuville et Combres-sous-les-Côtes, trois compagnies immédiatement sur les pentes de la « Kaiser-Wilhelm-Straße » (actuelle D 113) comme réserve pour le II./K.B. IR 8 (IIe bataillon du 8e régiment d’infanterie bavarois) rudement mis à mal dans le secteur C.
Pendant la nuit, le feu d’artillerie diminua. Les troupes étaient en mesure d’organiser la défense dans la Finger-Stellung. Au matin du 18 février 1915, les bombardements d’artillerie reprirent et atteignirent vers midi l’intensité de la veille. Les deux camps subirent de lourdes pertes. Pour soutenir les Bavarois, des éléments du RIR 130 s’avancèrent dans la position de combat du secteur C. Le soir eut lieu la première tentative sérieuse pour reconquérir la Finger-Stellung perdue. Sous le violent feu de défense des Français, on réussit seulement à réoccuper un court tronçon de chacune des deux tranchées principales courant vers l’ouest et à s’y barricader. Les jours suivants, toutes les autres tentatives échouèrent.
Lors d’une attaque par surprise française le 20 février 1915, toute la Kamm-Stellung, y compris le futur « Point X », avait été perdue dans le secteur B. Les assaillants, parmi lesquels des éléments des 67e et 267e régiments d’infanterie français amenés sans être repérés, avaient submergé les éléments du 1er bataillon du RIR 130 engagés là et nettement inférieurs en nombre, et se trouvaient sans être inquiétés, à leur propre surprise, sur les pentes sud de la hauteur de Combres avec vue sur la plaine. Ils ne purent cependant pas exploiter davantage ce succès inespéré. Grâce à l’engagement de toutes les forces jusque-là retenues et de parties de régiments voisins, la majeure partie de la position allemande fut reconquise et défendue contre de nouvelles attaques françaises.
Dans l’après-midi du 20 février 1915, les combats s’apaisèrent. Le terrain avancé allemand dans les secteurs B et C était entièrement couvert de blessés graves et de morts des deux camps. Les quelques tentatives de sauvetage échouèrent. Elles furent empêchées par un feu d’artillerie et de mitrailleuses françaises qui reprit immédiatement.
La plupart des blessés parvinrent à atteindre les quelques abris restés intacts sur le versant sud de la hauteur de Combres. D’autres avaient réussi à gagner les caves surpeuplées du village de Combres-sous-les-Côtes désormais complètement détruit. Là, des Stabsärzte (médecins-majors de 2e classe) et des infirmiers accomplissaient leur œuvre auprès des amis comme des ennemis.
Vers 22 h heure allemande, la relève du Reserve-Infanterie-Regiment 130 fut effectuée par le K.B. Infanterie-Regiment Nr. 4 (4e régiment d’infanterie bavarois) dans les positions sur la hauteur de Combres. Outre les Bavarois, des compagnies isolées du Infanterie-Regiment 154 (154e régiment d’infanterie) y étaient déjà engagées, ayant été appelées en réserve pendant les combats. Les restes encore opérationnels du RIR 130 prirent leurs cantonnements dans le village de Hannonville-sous-les-Côtes.
Le régiment avait perdu au total 866 hommes au cours de la phase de combat d’un peu plus de deux jours, perdant ainsi environ un quart de ses effectifs initiaux. Douze officiers figuraient parmi les morts. La consommation de munitions pendant ce court laps de temps s’éleva à elle seule à plus de 236 000 cartouches pour le RIR 130 (130e régiment d’infanterie de réserve).
La relève s’avéra difficile en raison de l’obscurité et des éléments de position en grande partie aplanis. Ce n’est qu’au lever du jour que les unités purent s’orienter tant bien que mal. C’était une vision macabre. L’ensemble du champ de bataille, les entonnoirs d’obus et les rares portions de tranchée encore existantes étaient entièrement remplis de cadavres et de restes humains des deux camps.

Am frühen Morgen des 21 février 1915 de nouvelles attaques françaises eurent lieu dans le secteur B, principalement contre les tranchées 2, 5 et 6a (voir le croquis ci-contre). L’objectif était de s’emparer de toute la crête et en particulier de la pointe de la Crête des Éparges désignée plus tard sous le nom de « Point X » et de la maintenir. Les attaques échouèrent. En raison de la reprise immédiate du tir d’artillerie français, les Bavarois subirent des pertes considérables faute d’abri.
Dans les jours qui suivirent, les combats d’infanterie et les tirs d’artillerie réciproques s’apaisèrent. En renfort des régiments fortement décimés de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve), un régiment mixte fut constitué à partir du 23 février 1915 à partir d’éléments de la 10. Infanterie-Division (10e division d’infanterie) engagée dans le secteur de Lamorville.
Crête des Éparges – Bataille de printemps entre Meuse et Moselle
L’importance stratégique de la Crête des Éparges en tant que pilier d’angle nord-ouest du Saillant de Saint-Mihiel conduisit au printemps 1915 à une intensification massive des combats. Après que les offensives françaises de février 1915 n’eurent pas atteint la percée espérée, le commandement français planifia une opération de plus grande envergure pour le mois de mars 1915. Outre de nouvelles attaques sur la Crête des Éparges, les positions allemandes dans les secteurs adjacents à l’est de la plaine de la Woëvre devaient être percées, forçant ainsi l’abandon de la Crête des Éparges.
La défense allemande de la Crête des Éparges incombait à ce moment-là toujours à la 33. Reserve-Division (RIR 130, RIR 67 [67e régiment d’infanterie de réserve], KB IR 4 und 8 [4e et 8e régiments d’infanterie bavarois]). Le 18 mars 1915, l’attaque française commença. Un feu roulant de plusieurs heures s’abattit sur les positions allemandes, suivi d’attaques d’infanterie des régiments français 106 et 132 ainsi que d’unités du génie qui leur étaient rattachées. Bien que les troupes françaises aient pu pénétrer temporairement dans les tranchées allemandes de première ligne sur la crête de la hauteur (secteur B), elles furent repoussées par d’énergiques contre-attaques allemandes. Le Reserve-Infanterie-Regiment 130 enregistra à lui seul de lourdes pertes, avec plus de 80 morts, lors de ces attaques menées sur un espace restreint au cours des deux premiers jours de combat.
En parallèle, les Français commencèrent leurs attaques dans la plaine de la Woëvre. Juste au nord de Marchéville, dans la zone du « petit bois de pruniers » (Pflaumenwäldchen), les lignes adverses s’approchèrent alors à environ 50 mètres. Les défenseurs allemands n’avaient pas manqué de remarquer qu’un sol argileux bleuté se trouvait sur le parapet ennemi. Cette nature de sol ne se rencontrant qu’à plus grande profondeur, ils soupçonnèrent à juste titre le creusement de galeries de mine ennemies. En réaction à cette menace, des pionniers allemands aménagèrent immédiatement des galeries de contre-mine et mirent en place un service d’écoute des mines. Cependant, il ne fut pas possible de localiser les travaux ennemis à temps et de les empêcher par leurs propres explosions.
Le 18 mars 1915, à partir de 16 h 00, un tir d’artillerie français d’une violence soudaine s’abattit sur la ligne Maizeray – Marchéville. Peu après 18 h 00, deux gigantesques détonations souterraines firent trembler la terre : les Français avaient fait exploser deux mines pour faire sauter la tranchée de première ligne allemande au niveau du bois de pruniers avec sa garnison. Le plan échoua car les mineurs français s’étaient trompés dans la longueur des galeries. Les charges explosèrent dans le no-man’s-land, ensevelirent des parties du réseau de tranchées français et creusèrent deux entonnoirs d’une cinquantaine et d’une trentaine de mètres de diamètre pour une profondeur de 6 à 8 mètres. Les Français réussirent certes à s’emparer d’assaut d’une petite partie de la tranchée allemande de première ligne. Mais lors d’une contre-attaque immédiate du LIR 66 (66e régiment d’infanterie de Landwehr), ils en furent rejetés. Les entonnoirs furent occupés et intégrés dans la position allemande en tant que point d’appui défensif avancé. Lors des rudes combats d’avril suivants (en particulier lors de la grande attaque des fêtes de Pâques 1915), ces entonnoirs de mine et le bois de pruniers devaient à nouveau constituer l’un des principaux points des attaques d’infanterie françaises.
À la fin du mois de mars 1915, l’Oberste Heeresleitung ordonna la relève de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve) considérablement décimée par des éléments de la 10. Infanterie-Division (10e division d’infanterie). En outre, il fut décidé de constituer et d’affecter plusieurs nouvelles divisions d’infanterie aux secteurs menacés au sud de Verdun, parmi lesquelles les 111. und 113. Infanterie-Division (111e et 113e divisions d’infanterie). La Combres-Stellung resta tactiquement divisée en quatre sous-secteurs : Abschnitt A : la pente orientale de la hauteur et le début des positions dans la plaine de la Woëvre, Abschnitt B : la crête proprement dite au nord-ouest du village, Abschnitt C : les positions situées plus à l’ouest du village, y compris le « Doigt » âprement disputé, et Abschnitt D : la position dite de la carrière en face du village de Saint-Remy. Dès le 29 mars 1915, des unités de la 10. Infanterie-Division, à savoir le Grenadier-Regiment 6 (6e régiment de grenadiers) ainsi que les Infanterie-Regimenter 47 und 50 (47e et 50e régiments d’infanterie), affluèrent en hâte dans ces secteurs. Le commandement supérieur de la Combres-Stellung fut dès lors exercé tour à tour par différents commandants de régiment, parmi lesquels l’Oberstleutnant (lieutenant-colonel) Wallmüller (GrenR 6), l’Oberstleutnant von Fischer (IR 50) et plus tard également l’Oberstleutnant von Kaisenberg (GrenR 7).
Les combats d’une extrême violence sur la Crête des Éparges, entre le point X décisif sur le plan stratégique, le long de la position de crête dans le secteur B et le secteur C contigu, s’enflammèrent à nouveau dès le 5 avril 1915 ; il s’agissait du lundi de Pâques de l’année 1915. Cette phase des combats fut appelée plus tard « bataille de Pâques » ou « bataille de printemps entre Meuse et Moselle ». Après que le feu de l’artillerie ennemie eut déjà sensiblement gagné en intensité le dimanche de Pâques, un feu roulant français se déclencha le 5 avril 1915, rasant presque complètement les premières lignes allemandes dans les secteurs B et C en l’espace d’un court moment. À cette époque, la défense était assurée pour l’essentiel par l’Infanterie-Regiment 47 et par des éléments du Grenadier-Regiment 6. Les tranchées déchiquetées n’offraient plus aucun abri, et les soldats furent contraints de patienter jusqu’à la fin du bombardement dans des galeries étroites et inachevées ainsi que dans des entonnoirs d’obus. Lorsque le tir d’artillerie fut déplacé vers l’arrière dans l’après-midi, l’attaque d’infanterie française se déclencha. Dans le secteur B, sur la Crête des Éparges, des vagues denses prirent d’assaut les rares restes de l’IR 47, mais elles furent repoussées dans le sang au cours de combats rapprochés acharnés à coup de grenades à main, de baïonnettes et de pelles.
La situation devint critique dans la zone de la tranchée 9. La 10e et la 11e compagnie de l’IR 47 qui y étaient engagées avaient été décimées par le tir d’artillerie au point que les troupes d’assaut françaises réussirent à y faire une brèche. La situation devint menaçante car les Français parvinrent à s’établir avec une mitrailleuse derrière un aménagement de sacs de sable et à prendre à flanc les défenseurs voisins. Seule l’intervention de l’une des dernières sections de réserve de l’IR 47 permit de colmater la brèche et de reprendre finalement la position.
Le secteur C, contigu à l’ouest, fut également touché par l’attaque française. L’état-major du Ier bataillon de l’IR 47 avec la 2e compagnie s’y trouvaient en réserve, de même que la 1re et la 4e compagnie du Grenadier-Regiment 6 en première ligne. Les positions aménagées de toute façon de manière précaire dans la zone du « petit bois du Nord » (Nord-Wäldchen) avaient été totalement détruites par des heures de feu d’artillerie. En conséquence, les Français réussirent à prendre d’assaut la première tranchée allemande. Les contre-attaques immédiates allemandes, menées entre autres par la 2e compagnie de l’IR 47, dégénérèrent ici aussi, dans le terrain totalement bouleversé, en combats corps à corps brutaux. Elles furent toutefois couronnées de succès en fin de compte, et la ligne allemande put être maintenue lors de la contre-attaque immédiate.
À la jonction avec le secteur B, les Français réussirent, face à la 5e compagnie du GrenR 6 désespérément inférieure en nombre, à s’emparer des tranchées 15 et 18. Lors de la contre-attaque immédiate, seules des parties de la position purent être reconquises. Le chef de compagnie, le Hauptmann (capitaine) Firnhaber, et le Leutnant (sous-lieutenant) Frenzel, l’un des derniers chefs de section restants, furent blessés. Le Hauptmann Firnhaber fut ramené à l’arrière malgré le chaos régnant, tandis que le Leutnant Frenzel, plus grièvement blessé, dut être abandonné en un point du champ de bataille que l’on croyait sûr, avec la promesse de venir le chercher plus tard. Malgré des recherches intensives tout au long du jour suivant, il ne fut plus retrouvé. Il aura succombé à ses blessures dans les heures suivant l’attaque.
La perte d’une partie de la tranchée 15 fut fatale pour les défenseurs allemands, les Français pouvant de là observer l’ensemble de la pente sud de la Crête des Éparges ainsi que la zone arrière et ses localités. Ce ne fut que grâce à une attaque par surprise soigneusement planifiée à l’aube du 6 avril 1915 que la 3e compagnie de l’IR 47, sous les ordres du Hauptmann Titze, parvint à reprendre possession de l’ensemble de la position. La zone entourant la tranchée 15, qui surplombait les lignes allemandes, fut appelée à la suite de ces combats « Granathügel ».
Lorsqu’il devint prévisible que la prise de la Crête des Éparges échouerait à nouveau malgré de légers gains territoriaux, le commandement français déplaça le principal effort de ses attaques vers la plaine de la Woëvre, située plus bas. C’est là que, à partir des fêtes de Pâques 1915 (du 5 au 11 avril), de nouvelles attaques violentes furent lancées contre les localités de Marchéville et de Maizeray. Les régiments d’infanterie français nos 6, 8 et 132, principalement engagés, se heurtèrent dans ce paysage marécageux et entrecoupé de cours d’eau, de clôtures et de haies à la défense de la 5. Landwehr-Division (5e division de Landwehr), en particulier du Landwehr-Infanterie-Regiments 36. Les assaillants subirent des pertes désastreuses lors des attaques de vive force répétées, s’élevant parfois à plus de 100 hommes par compagnie. Des comptes rendus de combat allemands et français relatent que les tués s’entassaient à plusieurs les uns sur les autres devant les lignes allemandes.
À partir du 12 mai 1915, les combats s’apaisèrent sur la Crête des Éparges et dans la Woëvre-Ebene. Les Français avaient perdu lors de ces attaques infructueuses, outre les troupes de front engagées, une grande partie de leurs réserves tactiques pour ce secteur. La garnison de Combres ainsi que la 5. Landwehr-Division (5e division de Landwehr) avaient tenu leurs positions en dépit de pertes également sensibles.
Crête des Éparges : Combats au printemps 1915 sur la Grande Tranchée de Calonne
La période de combat précédente avait montré que l’artillerie française positionnée à l’ouest de la Grande Tranchée de Calonne et surtout près de Mouilly avait eu un effet sensible sur le flanc de la position des Combres. Pour éliminer cette menace, le commandement de l’Armee-Abteilung Strantz ordonna le 18 avril 1915 une offensive à grande échelle. L’objectif était de détruire les positions d’artillerie françaises et de repousser le plus loin possible vers le nord les lignes ennemies de part et d’autre du fossé de Calonne. Des éléments de la 9. Infanterie-Division (9e division d’infanterie) et de la 33. Reserve-Division (33e division de réserve), ainsi que des éléments des 111. et 113. Infanterie-Division (111e et 113e division d’infanterie) nouvellement formées, furent engagés. L’attaque fut finalement fixée au 24 avril 1915 à 12 h 20. Les préparatifs de l’attaque commencèrent immédiatement. Des tranchées d’abri et d’approche furent créées, des positions d’artillerie furent préparées, des installations sanitaires et des dépôts de munitions furent érigés. Des couloirs d’attaque furent tracés dans la zone forestière impénétrable située devant la position de départ d’assaut allemande.
L’ordre de bataille au jour de l’attaque était le suivant : Sur la Crête des Éparges se trouvait la 10. Infanterie-Division (10e division d’infanterie) (IR 47 [(47e régiment d’infanterie)], 50 [(50e régiment d’infanterie)], GR 6 [(6e régiment de grenadiers)]), avec pour mission de tenir absolument les positions. À l’est de la Tranchée de Calonne se trouvait le secteur de la 111. Infanterie-Division avec Füs.-Regt. 73 (73e régiment de fusiliers), IR 76 (76e régiment d’infanterie) et IR 164 (164e régiment d’infanterie), à l’ouest de la route celui de la 9. Infanterie-Division avec IR 19 (19e régiment d’infanterie), IR 154 (154e régiment d’infanterie) et Grenadier-Regt. 7 (7e régiment de grenadiers). Plus au sud, dans la forêt de Ranzières, se trouvait la 33. Reserve-Division avec le RIR 67 (67e régiment d’infanterie de réserve) ainsi que les KB IR 4 et 8 (4e et 8e régiments d’infanterie bavarois). Dans le secteur de Herbeuville à l’arrière se trouvaient les restes du RIR 130 (130e régiment d’infanterie de réserve). La 113. Infanterie-Division (RIR 32 [32e régiment d’infanterie de réserve], FüsR 36 [36e régiment de fusiliers], IR 48 [48e régiment d’infanterie]) constituait la réserve du corps d’armée.
Après un tir de harcèlement de 20 minutes, les colonnes d’assaut s’élancèrent et submergèrent la position principale ennemie dès la première tentative. Le IIe bataillon du IR 76 avança à l’est de la Grande Tranchée de Calonne jusqu’à la route de St-Rémy – Mouilly et captura plusieurs pièces d’artillerie françaises sur la Côte 381, près du carrefour de Mouilly. Le IR 164 se battit à travers la gorge de Schirmer et se trouva vers 13 h 15 sur la Côte Senoux. Ici aussi, plusieurs positions d’artillerie françaises furent neutralisées. Plus à l’ouest, les 9e et 10e compagnies du IR 19 prirent le point d’appui fortement aménagé « Schnecke » et gravirent la hauteur de Loclont. Le IIIe bataillon du IR 154 sous les ordres du Major (chef de bataillon) Schirmer pénétra également au-delà de la route St. Rémy – Mouilly sur la Côte de Senoux. Faute de liaison avec les unités voisines, il fallut cependant battre en retraite vers l’objectif d’attaque ordonné, à savoir le versant sud de la gorge de Loclont.
De l’autre côté de la bande d’attaque, sur son flanc est, le IIIe bataillon du RIR 130 reçut vers 16 h 00 l’ordre, partant de la position de Herbeuville, de conquérir des ouvrages en terre français situés au-dessus de St. Rémy. La 11e compagnie prit d’assaut vers 16 h 40, après une courte préparation d’artillerie à travers le Ravin des Feuilles, le futur « vallon du Kaiserberg », la Côte de Sât, le futur « Granatrücken », et y prit, comme ordonné, plusieurs points d’appui français.
Jusqu’au soir du 24 avril 1915, l’attaque avait atteint d’est en ouest la ligne de la crête de la Côte de Sât au nord-ouest de St. Rémy – carrefour de Mouilly – Côte 381 – versant sud de la gorge de Loclont. 20 officiers et environ 1 600 hommes prisonniers, au total 17 pièces d’artillerie et plusieurs mitrailleuses constituaient le butin. Le lendemain, 25 avril 1915, l’attaque fut poursuivie à l’est de la Tranchée de Calonne. Un bataillon du FüsR 73 mena l’effort principal sur le « Rote Wäldchen » et la Côte 340, le IIIe bataillon du RIR 130 avec les 9e et 10e compagnies appuya de front depuis la cuvette de la route St. Rémy – Mouilly. La Côte 340 fut prise vers 16 h 00. Les deux chefs de compagnie, les Oberleutnants d.R. (lieutenant) Raestrup et Corbach, décidèrent de poursuivre immédiatement l’offensive à travers la vallée du ruisseau de Genousevaux, le futur « vallon des grenades », vers la südliche Hummerschere. Jusqu’au soir, des éléments des troupes d’assaut avaient même atteint la nördliche Hummerschere. Jusqu’au 25 avril 1915, 2 200 prisonniers supplémentaires furent faits et 5 canons de plus ainsi qu’un grand nombre de mitrailleuses furent ramenés.
L’avancée des 24 et 25 avril 1915 avait porté les troupes allemandes profondément dans le système de positions ennemi. À la tombée de la nuit se révéla le revers de cette progression rapide. Ni ravitaillement ni provisions n’atteignirent les troupes. Dans le terrain forestier confus et inconnu des assaillants, les combats se transformèrent en une lutte chaotique d’homme à homme. Les unités étaient fortement mélangées. Aucun commandement opérationnel ni aucune action coordonnée n’étaient possibles. Des détachements isolés, le plus souvent composés de quelques soldats seulement, durent se défendre de leur propre chef dans les tranchées ennemies conquises et les entonnoirs d’obus sous un feu constant d’artillerie et de mitrailleuses ennemies.
Une tentative de reprise de l’offensive eut lieu le matin du 26 avril 1915. Le IIe bataillon du IR 36 devait, soutenu par des éléments du RIR 130, prendre d’assaut la pointe de la nördliche Hummerschere. L’attaque échoua dans le sang sous le feu concentré de l’artillerie ennemie et des mitrailleuses. Le 27 avril 1915, l’attaque fut interrompue en raison de lourdes pertes et l’ordre fut donné de tenir les positions atteintes. Le 28 avril 1915, après la fin de la phase d’attaque, les unités engagées furent retirées de la première ligne et réorganisées. Les positions avancées furent reprises par les régiments bavarois 4 et 8 (33. Reserve-Division) ainsi que par des éléments de la 113. Infanterie-Division (FüsR 36, IR 48).
Le commandement allemand ne pouvait se résoudre à accepter la ligne de front floue qui entraînait des pertes constantes. Comme un recul tactique était exclu, une nouvelle attaque fut ordonnée. Les 4 et 5 mai 1915, les troupes de front s’élancèrent pour un nouvel assaut sans préparation d’artillerie. L’objectif était la conquête surprise et complète de la nördliche Hummerschere ainsi que l’avancée de leurs propres positions au moins jusqu’à la Côte 353 à l’ouest du village des Éparges. L’avancée se transforma en désastre. Partant de l’hypothèse erronée, en raison de fausses informations correspondantes, que la Côte de Senoux était fermement aux mains des Allemands à l’ouest, les compagnies du I.R. 48 foncèrent sur des obstacles en fil de fer barbelé totalement intacts. De flanc, les troupes d’assaut essuyèrent un feu nourri et destructeur d’infanterie et de mitrailleuses. Un changement soudain de temps vint compliquer la situation. Vers l’après-midi, un violent orage accompagné de grêlons exceptionnellement gros éclata au-dessus du champ de bataille. Le sol forestier argileux se ramollit en quelques minutes, les trous d’abri et les tranchées creusés à la hâte se remplirent immédiatement d’eau. Chaque mouvement devint un calvaire pour les soldats complètement trempés. L’attaque s’ensabla, les unités d’assaut subirent de lourdes pertes et durent se replier le soir dans leurs positions de départ.
Pour la 9. Infanterie-Division positionnée plus à l’ouest également, l’attaque resta infructueuse. En raison d’un temps de préparation trop court et d’un effet d’artillerie insuffisant, le seul IR 154 perdit 21 officiers et 867 hommes lors de son attaque frontale depuis la position de Loclont sur la Côte de Senoux, qui s’avéra inopinément fortement défendue (7 officiers et 138 hommes morts, 1 officier et 147 hommes portés disparus).
Une dernière tentative de conquérir la nördliche Hummerschere fut entreprise le 8 mai 1915 par la 33. Reserve-Division avec les régiments KB IR 4 et KB IR 8 ainsi que les restes du RIR 130 en réserve. Malgré cinq heures de tir de préparation d’artillerie, l’assaut s’arrêta vers 11 h 00 du matin devant des tranchées françaises combles et en grande partie intactes et des nids de mitrailleuses. Même l’amenée du RIR 130 en renfort ne permit plus de relancer l’attaque.
Mi-mai 1915, le General der Infanterie (général de corps d’armée) Otto von Below prit le commandement du Ve corps d’armée ; la 9. Infanterie-Division passa au Generalleutnant (général de division) Nöldecken. Les 111. et 113. Infanterie-Division furent retirées des hauteurs de la Meuse, la 33. Reserve-Division prit en charge le secteur allant de la Tranchée des Hautes Ornières jusqu’à Spada avec la forêt de Ritter (Chevaliers), la position de Seuzey et de campagne ainsi que la position de Lamorville ; le RIR 130 se trouvait sur l’aile droite de la 66e brigade de réserve. Dans le secteur de la 9. Infanterie-Division, l’adversaire passa à la contre-attaque le 20 juin 1915. Sa pression principale s’exerçait sur le Grenadier-Regiment 7 et le IR 19 attenant à gauche ; sur le front de la 3e compagnie du GR 7, distant de seulement 30 mètres, il fit irruption dans la première et la deuxième tranchée. Les Unteroffiziere (sergent) Maiwald et Stellmacher (2./GR 7) enrayèrent l’attaque de flanquement au niveau de la tranchée des latrines. Dans la nuit du 21 juin, les IIe et bataillon de fusiliers du GR 7 rejetèrent les intrus ; au matin du 22 juin, une attaque de détachement d’assaut conquit toute la position de réserve à 3 h 00. Jusqu’au 26 juin, les fusiliers luttèrent avec le soutien de lance-flammes pour les derniers 250 mètres ; seuls 40 mètres purent être reconquis. Les pertes du GR 7 du 20 au 26 juin s’élevèrent à 29 officiers et plus de 1 000 Unteroffiziere (sergent) et hommes de troupe. Le 17 juillet, le IR 154 — après la relève du GR 7 — entreprit une avancée pour conquérir le reste de la Hummerschere, qui resta infructueuse.
Avec la seconde moitié de l’année, le front se figea. Dans la forêt de Ritter (Chevaliers), où, après la retraite de la Marne en 1914, les lignes allemandes et françaises s’étaient rencontrées à des distances de 30 à 100 mètres, se développa le long de la Tranchée de Calonne et de la Tranchée des Hautes Ornières — les deux routes de communication vers le plateau de Dommartin la Montagne — le combat rapproché typique de la guerre de position autour de la « Kaiser-Wilhelms-Ecke », de la « Larisch-Ecke » et du passage de la route d’Ornière, avec des combats de sapes, des barricades de sacs de sable à 30 mètres de distance, des galeries de mine et l’utilisation de Minenwerfer. Au sein du RIR 130 se distinguèrent les chefs de patrouille Unteroffizier Jochum (10. Kp.), Serafin (4. Kp., plus tard Croix de fer de 1re classe), Gefreiter (caporal) Lübeck (10. Kp.) et Musketier Kujanek (13. Kp.). Les troupes allemandes poussèrent l’aménagement des galeries à cinq ou sept, puis six à huit mètres de profondeur ; dès l’été 1915, il fut construit à Seuzey un souterrain de galeries d’environ 600 mètres de long avec des puits de lumière et des ventilateurs — l’une des premières installations de ce type sur le front de l’ouest. Au sein du IR 19, on commença après les combats de juin à construire le « Schneidergraben » comme seconde ligne, le GR 7 aménageant systématiquement la position de Loclont en profondeur. En septembre 1915, le feu d’artillerie ennemi s’éleva par moments à 1 000 coups par jour dans le secteur du régiment 19 — une mesure d’intoxication pour la bataille d’automne allemande en Champagne. Du 6 octobre au 10 novembre, le GR 7 fut temporairement transféré en Champagne ; le IR 19 prit en charge deux compagnies du secteur de Bouchot. Jusqu’à la fin de l’année 1915, le front entre la Tranchée de Calonne, Loclont, Hummerschere et la forêt de Chevaliers s’était consolidé pour former une position étagée sur plusieurs kilomètres de profondeur, dotée de tranchées maçonnées, de réseaux de galeries interconnectés et de plusieurs lignes de barbelés — le cadre dans lequel la guerre de position devait être menée jusqu’à l’attaque américaine de septembre 1918.
Lorsque les attaques en tenaille et les contre-offensives finirent par s’enliser sur tous les flancs à la fin du printemps, les combats en surface cédèrent la place pendant les mois d’été à une guerre de mines cruelle. L’ensemble de la crête, de la cote X à la cote C, fut entièrement transformé en un paysage de cratères par des destructions systématiques et des bombardements d’artillerie continus. Les pionniers des deux camps creusèrent des galeries sous les lignes ennemies et firent exploder de puissantes charges explosives de dynamite ou de westphalit atteignant 300 quintaux, creusant dans le calcaire des entonnoirs de plus de 20 mètres de diamètre.
Dans les bois ravagés tels que le Ritterwald (Bois des Chevaliers) et sur la Hummerschere, cette guerre d’usure fut en outre menée avec un arsenal sans cesse perfectionné de moyens de combat rapproché. À des distances de 30 à 100 mètres, les troupes se bombardaient de grenades à main sphériques, en forme de disque, à œuf et à manche d’un type nouveau. De lourds Minenwerfer (lance-mines) projetaient des obus de 210 livres dans les tranchées ennemies. Combien la guerre de position resta implacable dans ce terrain ravagé apparut une fois de plus du 16 au 20 juillet sur la Hummerschere septentrionale. Ici, l’Infanterie-Regiment 47 (47e régiment d’infanterie) et le IIe bataillon du Reserve-Infanterie-Regiment 130 (130e régiment d’infanterie de réserve) s’affrontèrent dans un combat rapproché acharné de sape en sape contre les régiments français 87e RI, 118e RI et 220e RI. Bien que les troupes allemandes aient pu faire 300 prisonniers, aucun gain de terrain notable ne fut enregistré. Les combats dans ce secteur de combat limité firent 437 pertes supplémentaires au RIR 130. Jusqu’au début de l’automne 1915, une guerre de position enlisée s’établit sur la hauteur de Combres et dans ses secteurs voisins.
Le 2 novembre 1916, le hanovrien Reserve-Infanterie-Regiment 73 (73e régiment d’infanterie de réserve) de la 39. Reserve-Infanterie-Brigade (39e brigade d’infanterie de réserve) (19. Reserve-Division (19e division de réserve), Armee-Abteilung Strantz) releva le bayerische Infanterie-Regiment 25 (25e régiment d’infanterie bavarois) dans le secteur régimentaire de droite. Le voisin de droite fut le IR 48 (48e régiment d’infanterie) de la même division. La tenue de la position bouleversée par la guerre de mines était assurée par un tunnel long de près de deux kilomètres, creusé de vingt à vingt-cinq mètres sous la crête et doté de sa propre centrale électrique. L’état-major du régiment et la réserve de bataillon se trouvaient à St. Maurice-sous-les-Côtes, le poste de commandement du commandant Oberst von Graevenitz sur la pente près d’Herbeuville.
Au début de janvier 1917, les pionniers signalèrent qu’une galerie de mine française avait été poussée sous le Granathügel et chargée de 350 quintaux d’explosif. Des Vizefeldwebel allemands rentrés de captivité française annoncèrent en outre une grande attaque dans le secteur de corps d’armée pour le 5 janvier. La contre-galerie de ce côté fut préparée pour la mise à feu défensive ; après l’absence de l’attaque attendue, le projet se transforma en une entreprise autonome. La préparation d’artillerie fut abandonnée au profit de l’effet de surprise. Des volontaires des Ier et IIe bataillons sous les Leutnants Jaster (2e compagnie) et Gabler (8e compagnie) furent engagés comme Stosstrupps (groupes d’assaut), ainsi que vingt pionniers de réserve ; une compagnie du IIIe bataillon se tenait prête en soutien. Près de St. Maurice, la zone de pénétration fut reproduite à l’échelle dans un ouvrage d’exercice.
Le 16 janvier 1917 à 17 h 40 eut lieu la mise à feu. Les Stosstrupps (groupes d’assaut) pénétrèrent dans la tranchée ennemie, maîtrisèrent les postes et les équipages d’abris et rentrèrent dans la position allemande avec douze prisonniers, une mitrailleuse et un fusil mitrailleur ; les pertes propres s’élevèrent à cinq blessés légers. Le cratère ainsi formé – désormais « entonnoir Graevenitz » – se trouvait au-delà de la tranchée ennemie et offrait à l’ennemi, depuis son bord élevé, une meilleure vue sur l’arrière-pays allemand qu’auparavant ; une occupation durable n’eut pas lieu. Le communiqué de l’armée du 16 janvier mentionna l’entreprise sous la rubrique « Groupe d’armées Kronprinz ».
Dans les semaines qui suivirent, les combats autour du bord du cratère ne connurent pas de répit. Des patrouilles sous l’Unteroffizier Brzezinski et le soldat Ulrich (24 janvier), le Gefreiter Kogge et Block (26 janvier) ainsi que l’adjudant faisant fonction d’officier Perlick (1er février) ramenèrent d’autres prisonniers et du butin ; le communiqué de l’armée du 27 janvier nomma explicitement le régiment. Le 19 janvier, l’Oberst von Graevenitz fut subitement victime d’une attaque cérébrale. Le Major Hahn prit le commandement du régiment quelques jours plus tard. Le 17 février 1917, le Grenadier-Regiment 7 (7e régiment de grenadiers) de la 9. Infanterie-Division (9e division d’infanterie) releva le RIR 73 dans la position de Combres.
Hauteur de Combres – Les Éparges – Aujourd’hui
















































Encadré : Fähnrich (aspirant) Walter Roy, 3./IR 76 – « Soyez fiers : je porte le drapeau ! »

« Perdu dans ses pensées, von Langenau écrit une lettre. Lentement, il peint avec de grandes lettres sérieuses et droites :
« Ma bonne mère,
soyez fière : je porte le drapeau,
soyez sans souci : je porte le drapeau,
aimez-moi : je porte le drapeau. »
Puis il enfouit la lettre dans son pourpoint, à l’endroit le plus secret, à côté du pétale de rose. Et il pense. Elle en sera bientôt parfumée. Et il pense : peut-être un jour quelqu’un la trouvera-t-elle… Et il pense – …, car l’ennemi est proche. »
« Perdu dans ses pensées, von Langenau écrit une lettre. Lentement, il peint avec de grandes lettres sérieuses et droites :
« Ma bonne mère,
soyez fière : je porte le drapeau,
soyez sans souci : je porte le drapeau,
aimez-moi : je porte le drapeau. »
Puis il enfouit la lettre dans son pourpoint, à l’endroit le plus secret, à côté du pétale de rose. Et il pense. Elle en sera bientôt parfumée. Et il pense : peut-être un jour quelqu’un la trouvera-t-elle… Et il pense – …, car l’ennemi est proche. »
tiré de : Rainer Maria Rilke (1875-1926), « La Chanson d’Amour et de Mort du Cornette Christoph Rilke », 1899
de : Rainer Maria Rilke (1875-1926), « La Chanson d’Amour et de Mort du Cornette Christoph Rilke », 1899
Avant l’attaque du 24 avril 1915.
Vous, mes chers !
J’espère qu’aucun camarade fidèle n’aura besoin de vous envoyer cette lettre, car c’est une lettre d’adieu.
Si vous la tenez entre vos mains, vous saurez que je suis mort : je suis tombé pour mon empereur, pour ma patrie et pour vous tous.
Il y a maintenant un combat difficile à mener, et c’est un printemps lumineux et attirant.
Par ailleurs, je n’ai rien d’autre à vous dire, car je n’ai pas eu de secrets.
Comme je vous remercie pour le bien que vous m’avez fait tous les trois dans la vie, comme je vous remercie tous, vous savez, pour le soleil et le bonheur dans lequel
Alors, je mourrai joyeux, reconnaissant et heureux, s’il le faut ! Mais que ceci soit encore un salut du plus saint amour pour vous tous et pour tous ceux qui m’ont aimé. Ainsi, je porterai ce dernier salut sur moi jusqu’au dernier moment.
Par conséquent, qu’il vous soit envoyé par de fidèles compagnons et mon esprit sera avec vous.
Que le grand Dieu de miséricorde vous garde et vous bénisse, vous et ma patrie allemande !
Avec tout mon amour, votre fidèle Walter.
Avant l’attaque du 24 avril 1915.
Vous, mes chers !
J’espère qu’aucun camarade fidèle n’aura besoin de vous envoyer cette lettre, car c’est une lettre d’adieu.
Si vous la tenez entre vos mains, vous saurez que je suis mort : je suis tombé pour mon empereur, pour ma patrie et pour vous tous.
Il y a maintenant un combat difficile à mener, et c’est un printemps lumineux et attirant.
Par ailleurs, je n’ai rien d’autre à vous dire, car je n’ai pas eu de secrets.
Comme je vous remercie pour le bien que vous m’avez fait tous les trois dans la vie, comme je vous remercie tous, vous savez, pour le soleil et le bonheur dans lequel
j’ai vécu.
Alors, je mourrai joyeux, reconnaissant et heureux, s’il le faut ! Mais que ceci soit encore un salut du plus saint amour pour vous tous et pour tous ceux qui m’ont aimé. Ainsi, je porterai ce dernier salut sur moi jusqu’au dernier moment.
Par conséquent, qu’il vous soit envoyé par de fidèles compagnons et mon esprit sera avec vous.
Que le grand Dieu de miséricorde vous garde et vous bénisse, vous et ma patrie allemande !
Avec tout mon amour, votre fidèle Walter.
Lettre d’adieu du Fähnrich Walter Roy, 3./IR 76 (3e régiment d’infanterie), né le 1er juin 1894 à Hambourg, tué le 24 avril 1915 près de Les Éparges, France
Lettre d’adieu du Fähnrich Walter Roy, 3./IR 76 (3e régiment d’infanterie), né le 1er juin 1894 à Hambourg, tué le 24 avril 1915 près de Les Éparges, France
































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