Gottlieb Graf von Haeseler et le village de Cornay –
XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée) et les combats d’Argonne 1914 – 1918
Le petit village de Cornay est situé dans la vallée de la petite rivière Aire sur le contrefort nord de la crête principale de l’Argonne. Environ 13 kilomètres au sud se trouvaient les champs de bataille de la Première Guerre mondiale bien connus de la forêt d’Argonne, en particulier la Côte 285 (la Haute Chevauchée), la Fille Morte ou encore la colline de Vauquois (la Butte de Vauquois). L’histoire de Cornay remonte à l’Antiquité. Jusqu’au 11e siècle, on trouve des noms de lieux latins tels que Quarusium, Quaruaeum, Carnaium, Cornacum, et plus tard le nom en ancien français Quarnay. L’établissement du haut Moyen Âge est décrit dans des traités contemporains comme « castrum » ou « oppidum », ce qui signifie « château » ou « petite ville fortifiée ».




On trouve de nombreux restes d’une fortification du haut Moyen Âge dans les environs de la zone actuelle de Cornay, en particulier sur la hauteur située à l’ouest nommée « Champs Crochet » et dans la zone autour du point de vue actuel « Croix du Bayle ». Des sources des 18e et 19e siècles font état de quatre fortifications avancées creusées dans la roche, de murs, de couloirs souterrains ainsi que d’une forte enceinte fortifiée.
Le château proprement dit, le « Vielle Château », comme on appelait l’ancêtre antique du château, se trouvait dans la zone du cimetière actuel. Il aurait possédé quatre tours rondes imposantes et aurait été entouré de fossés profonds ainsi que de murs d’une longueur de 1/4 de lieue. Cela correspond, selon les mesures actuelles, à environ un kilomètre. Des restes d’établissement ont été trouvés jusqu’au secteur du terroir de l’Ermitage au nord-ouest de la localité. Dans le village même, des caves et des travaux de terre ont révélé à plusieurs reprises des cavernes souterraines et des accès à de plus grands réseaux de galeries, ainsi que près de l’église actuelle les restes d’un puits médiéval.
À partir du 12e siècle, Cornay était lié par un rapport de fief à la bailliété de Saint-Menehould et était ainsi soumis, comme presque tous les bailliages de la région de Champagne, au droit coutumier de la plus ancienne bailliété de Champagne, à savoir celle de Vitry-en-Perthois. En 1145, Cornay reçut un prieuré indépendant par une bulle correspondante du pape Eugène III. En 1508, le roi français Louis XII accorda à la commune le statut de baronnie et au sire Henry de Pouilly, ancêtre des habitants actuels du château, le titre de baron.
Le château actuel trouve ses origines dans une reconstruction datant du début du 17e siècle, qui ne servait plus à des fins militaires. Certains éléments de la construction précédente auraient été réutilisés, comme diverses têtes d’animaux et gargouilles que l’on trouve sur la façade. Aucune image de l’installation d’origine n’a été conservée. Au-dessus d’un linteau de porte se trouve une pierre représentant un bâtiment quadrangulaire, une porte cavalière avec herse ainsi que deux solides tours à bulbe. On peut supposer qu’il s’agit de l’installation d’origine conçue dans le style du baroque précoce, d’autant plus que la pierre porte l’année 1608.
Au 18e et au 19e siècle, des extensions fondamentales ont eu lieu. Il en est résulté un ensemble architectural marqué par le style Renaissance, dominé par un bâtiment principal à trois étages doté d’un toit en bâtière pointu recouvert d’ardoise, ainsi que de diverses annexes, bâtiments secondaires et tours. Le matériau de construction utilisé de manière prédominante était la roche sédimentaire formant le sous-sol de l’Argonne, provenant d’une carrière proche, la dite Gaize.
La Première Guerre mondiale atteignit Cornay au soir d’une journée riche en événements, à savoir le 02 septembre 1914. Les troupes de la 11e division d’infanterie prussienne occupèrent la localité sans combattre lors de la poursuite des unités françaises de la 3e armée du général Sarrail qui battaient en retraite en hâte. Dans une bande de seulement 15 kilomètres de large entre l’Argonne et la zone de la place forte de Verdun, la masse de la 5e armée prussienne dut marcher vers le sud. Cornay devint, tout comme les autres localités environnantes, une zone de l’arrière.
Ce qui devait marquer le développement des combats dans la forêt d’Argonne jusqu’à la fin de l’année 1916 ainsi que les événements dans la localité de Cornay, c’est le XVIe corps d’armée, désigné sous le nom de « corps de l’Argonne ». Jusqu’en décembre 1916, ses divisions se trouvèrent de manière ininterrompue sur le front de l’Argonne. Le corps avait été mis sur pied en avril 1890 et avait son commandement général dans la zone de la place forte de Metz. Le premier général commandant fut un officier remarquable non seulement par son apparence extérieure, qui avait déjà servi lors des guerres des années 1864 (guerre dano-prussienne), 1866 (guerre austro-prussienne) et 1870/71 (guerre franco-allemande) à l’état-major du prince Frédéric-Charles Nicolas de Prusse et auprès du IIIe corps d’armée : Gottlieb Ferdinand Albert Alexis comte von Haeseler.





Von Haeseler est né le 19.01.1836 à Potsdam. Il entra en 1853 comme Sekondeleutnant (sous-lieutenant) dans le Zieten-Husaren-Regiment (régiment de hussards de Zieten) prussien et devint en 1860 l’adjudant du prince Friedrich Karl Nikolaus von Preußen. En 1868, il fut promu Major (chef de bataillon) et 1. Generalstabsoffizier dans le III. Preußischen Armeekorps (IIIe corps d’armée prussien). Dans cette fonction, von Haeseler prit part à la guerre franco-allemande et fut largement responsable de l’encerclement de la forteresse de Metz, alors encore française, au cours du second semestre de l’année 1870.
D’une haute stature physique, mais par ailleurs plutôt svelte, il possédait une ténacité inhabituelle et une endurance le plus souvent fatigante pour ses subordonnés. Von Haeseler rejettait tout formalisme militaire, en particulier l’exercice alors très prisé en grande formation. Il n’accordait aucune importance au port correct de l’uniforme ou à une coiffure digne d’un soldat. Il resta célibataire toute sa vie et évita les manifestations représentatives ou mondaines. Von Haeseler était convaincu qu’en temps de paix également, des exigences adaptées à la guerre devaient être posées aux officiers, aux hommes de troupe et à l’équipement. Il ne reculait pas devant les blessures graves ou les dommages matériels importants lors des manœuvres fréquentes ; avec cette attitude, il n’avait pas que des partisans au sein du corps des officiers prussiens. Il soutint la Deutschen Pfadfinderbund (Fédération allemande des scouts), fondée en 1911 et fortement empreinte de militarisme, estimant qu’il y avait trop de temps perdu pour la jeunesse masculine entre son entrée à l’école et son service militaire.
Contrairement aux exigences ascétiques qu’il imposait à sa troupe, von Haeseler avait une faiblesse humaine : une certaine vanité et, par conséquent, un amour pour la photographie alors naissante. Il aimait se faire photographier fréquemment et dans les poses et situations les plus diverses, de sorte qu’il existe aujourd’hui un grand nombre d’images de lui.
Après avoir pris le commandement du XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée), von Haeseler quitta son Gut in Harnekop et s’installa dans la petite localité de Plappeville (à l’époque Papolsheim) à l’ouest de Metz. Il y fit l’acquisition d’une villa urbaine sur l’actuelle rue du Général Charles de Gaulle. Comme il voulait voir la silhouette de la ville de Metz depuis sa maison, il fit sans plus attendre construire une tour sur laquelle il aimait s’asseoir le soir.
En 1903, von Haeseler quitta le service actif après avoir atteint la limite d’âge avec le grade de Generalleutnants (général de division). Il devint membre du Preußischen Herrenhauses, qui siégeait dans l’actuel Bundesratsgebäude sur la Leipziger Straße à Berlin. En 1905, von Haeseler fut promu Generalfeldmarschall (maréchal).




Le XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée) devint sous Gottlieb Graf von Haeseler une troupe modèle. Les Français l’appelaient avec admiration « le diable de Metz », le diable de Metz. Néanmoins, l’unité ainsi que son commandant sortaient à bien des égards du cadre strict des règlements militaires prussiens du tournant du siècle. Le XVI. Armeekorps ne comptait aucun régiment « huppé », selon l’expression de l’époque. Il regorgeait d’officiers d’origine bourgeoise et souvent mutés par mesure disciplinaire, que von Haeseler choisissait en partie de manière ciblée. Les unités se firent un nom davantage en raison de leurs performances jugées impossibles au service du feu ainsi que de leurs uniformes souvent élimés que par des marches de parade parfaites. Von Haeseler ne tolérait aucune animosité politique ou raciste. Les ressentiments existant à l’époque dans la société et l’armée à l’égard des juifs et de la social-démocratie ne jouaient aucun rôle dans le choix de ses officiers et de ses hommes de troupe. Von Haeseler appartenait encore à ce type d’officiers prussiens pour qui la cause était tout et les apparences rien.
Lorsque la mobilisation générale allemande fut ordonnée le 1er août 1914, Gottlieb Graf von Haeseler avait 78 ans. Bien qu’il jouît d’une bonne santé physique et mentale, il ne devait plus recevoir aucun commandement dans l’armée allemande. N’acceptant pas cette décision, il s’adressa personnellement à l’empereur Guillaume II pour demander à être employé. Sa requête fut rejetée sans l’audience personnelle qu’il avait demandée, sans doute aussi parce que les relations entre von Haeseler et l’empereur n’avaient jamais été bonnes en raison de divergences d’opinion fondamentales et de longue date. Lorsque le général commandant du XVI. Armeekorps d’alors, Bruno von Mudra, eut connaissance du souhait de son prédécesseur et de sa non-sélection, il lui proposa de suivre en tant qu’hôte les opérations de son ancien corps d’armée sur le front. Von Haeseler accepta cette proposition.



Le 19 août 1914, peu avant le début de la bataille de Longwy-Longuyon et la conquête des passages de la Meuse à Liny-devant-Dun par le XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée), le Generalfeldmarschall comte von Haeseler se présenta au quartier général du corps d’armée, qui se trouvait alors dans la ville de Florange, située au nord-ouest de Metz. À partir de ce moment, il accompagna le corps d’armée dans sa progression ultérieure. La présence du Generalfeldmarschall eut un effet motivant sur la troupe. Les soldats appelaient affectueusement leur vieil officier bourru leur « vieil Gottlieb ».
Dans le cadre des combats de poursuite de la première moitié du mois de septembre 1914, qui se terminèrent par la bataille de la Marne, le quartier général du corps d’armée fut avancé jusqu’à la localité de Varennes-en-Argonne. Von Haeseler chevauchait souvent seul ou accompagné de ses aides de camp jusqu’au front et inspectait la troupe. Même après la retraite allemande consécutive à la bataille de la Marne, il continua ainsi. Il avait pris l’habitude de monter à cheval, et ainsi d’être bien visible pour ses amis comme pour ses ennemis, jusqu’aux positions les plus avancées. Cela entraînait régulièrement de violents tirs d’infanterie et d’artillerie dès que les Français avaient aperçu « le diable de Metz ». Il ne fallut pas longtemps pour que du mécontentement naisse au sein de la troupe du front. Le General von Mudra dut intervenir et interdit d’autres chevauchées tout à fait en avant. Vexé, von Haeseler se retira pendant quelque temps dans la zone du corps d’armée voisin, jusqu’à ce que les officiers de front de cet endroit se plaignent également de cette mise en danger inutile.
Après la retraite et la consolidation des nouvelles positions dans la zone nord de l’Argonne, le XVI. Armeekorps replia son quartier général vers la fin du mois de septembre 1914 dans le village d’Apremont, situé plus au nord. Le Generalfeldmarschall Gottlieb Graf von Haeseler emménagea dans une petite maison de la rue principale, qui n’existe plus aujourd’hui.
Comme Apremont entrait dans la zone d’action de l’artillerie française qui ne cessait de se renforcer et subissait des tirs accrus, le quartier général fut à nouveau déplacé dès le début d’octobre 1914, cette fois nettement plus au nord, dans le château de la famille de Pouilly à Cornay. Là aussi, von Haeseler fut logé convenablement et occupa, juste en dessous du château, l’« Ancien Presbytère », comme les habitants appellent encore aujourd’hui l’ancien presbytère de la Rue du Prieuré.
L’arrivée précoce de l’hiver et la période de mauvais temps qui l’accompagna, avec des routes boueuses, mirent fin aux excursions du Generalfeldmarschall sur le front. Il se concentra désormais sur les visites des cimetières militaires environnants et des blessés dans le Feld-Lazarett Nr. I établi par le XVI. Armeekorps dans la localité de Marcq, située au nord de Cornay.
Von Haeseler passa la période de Noël ainsi que le passage à la nouvelle année 1914/1915 le plus souvent seul dans sa maison. L’hiver froid et humide affecta sa santé. Pour son 79e anniversaire le 19 janvier 1915, ses camarades officiers le surprirent en organisant une fête en son honneur. Son presbytère fut somptueusement décoré de verdure de sapin. Un grand « 79 » trônait au-dessus de la porte pour le jubilant.
De nombreux officiers connus ont pris part à la célébration, comme le montre une photo prise dans la cour du château : à gauche de von Haeseler se tient, avec un col de fourrure, Generalleutnant (général de division) Robert Loeb, commandant de la 13e brigade de Landwehr, à droite derrière lui Generalleutnant Walter von Heinemann, commandant de la 34. Division (34e division d’infanterie), au centre se tient le général Bruno von Mudra, en diagonale à droite derrière ce dernier Oberst (colonel) Rudolf von Borries, à cette époque chef de l’état-major du XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée).
Au cours de l’année 1915, von Haeseler suivit la poursuite des événements de guerre dans la forêt d’Argonne, avant tout les intenses combats à partir de juin 1915, au cours desquels les troupes allemandes purent s’emparer des secteurs stratégiquement importants de « la Côte 285 » et de « la Fille Morte ».




Régulièrement, le prince héritier allemand Wilhelm se rendait de son quartier général de Stenay à Cornay pour une visite aux troupes. Il existe diverses photographies représentant aussi bien le prince héritier que von Haeseler avec des prisonniers français ou d’autre manière dans la localité.
Début 1916, peu avant son 80e anniversaire, von Haeseler fut victime de problèmes cardiovasculaires. Après une chute, il se rendit dans son domaine de Harnekop pour se rétablir. Quelques semaines plus tard, il retourna certes une nouvelle fois à Cornay, mais fit une nouvelle chute au début de l’été 1916 et se brisa les deux poignets. Le temps de l’âgé officier en tant qu’observateur de front était ainsi révolu. Il survécut à la fin de la guerre dans son domaine de Harnekop et y mourut le 25 octobre 1919.
La guerre dans la forêt d’Argonne se poursuivit. Le XVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée) devait supporter la majeure partie de ces combats en tant que « corps d’Argonne » jusqu’en décembre 1916. Il fut ensuite retiré de l’Argonne et jeté dans la bataille de Verdun, où il subit de très lourdes pertes. Entre-temps, il avait dû transférer son quartier général, en raison de la menace croissante de l’artillerie française, dans le château de la famille Chanzy situé près du village de Buzancy. Alfred Chanzy (*18 mars 1823, +5 janvier 1883) était un général français. Avec le XVIe corps d’armée français, il combattit pendant la guerre franco-allemande de 1871, entre autres, contre les troupes du prince Frédéric-Charles de Prusse, dans l’état-major duquel von Haeseler servait alors comme officier.
Bien que le XVI. Armeekorps prussien soit retourné dans la région de l’Argonne en février 1917, il y fut employé avec une composition différente et sous un nouveau commandement. Avec l’ensemble du « Gruppe Argonnen », il ne dépendait plus de la 5. Armee (5e armée), commandée entre-temps par le général Max von Gallwitz, mais de la 3. Armee (3e armée) sous les ordres du général Karl von Einem. Dans le cadre d’une restructuration fondamentale du front de l’Ouest, les deux armées avaient été subordonnées au Heeresgruppe Deutscher Kronprinz nouvellement formé, dont le commandant était le kronprinz Wilhelm de Prusse. L’Argonne se trouvait désormais dans la zone de commandement de la 3. Armee. Son quartier général était situé dans le magnifique château « Maison Rouge » près du village de les Alleux dans les Ardennes.
Le front de l’Argonne était devenu un front calme et servait aux Français comme aux Allemands à la reconstitution d’unités épuisées par les grandes batailles en Champagne, au Chemin des Dames et ailleurs. Les formations les plus diverses ont défendu l’Argonne après le XVI. Armeekorps, telles que la 9. Landwehr-Division (9e division de Landwehr), la 50. Infanterie-Division (50e division d’infanterie), la 2. Garde-Division (2e division de la Garde) et la 2. Königlich-Bayerische Infanterie-Division (2e division d’infanterie bavaroise). Toutes ces unités entretenaient leurs quartiers généraux et d’état-major, ainsi que leurs cantonnements d’officiers et de troupes à l’arrière, régulièrement aussi à Cornay et dans son château. Dans la plupart des localités situées à l’arrière du front, des installations logistiques furent créées pour ravitailler les troupes engagées dans la guerre de position. À Cornay et dans ses environs, il s’agissait avant tout d’usines de fabrication de laine de bois (Ho.W.), de glace et d’eau de Seltz (E.u.S.), ainsi que d’ateliers de réparation d’armes et d’équipements (R.). Il y avait également à Cornay une centrale électrique ainsi qu’un établissement de désinfection et de bains très fréquenté (symboles jaunes).
Le 3 septembre 1917, la responsabilité du secteur central de l’Argonne fut attribuée à une nouvelle unité, qu’elle ne devait plus quitter jusqu’à la fin des combats qui s’y déroulaient. Il s’agissait de la 2. (württ.) Landwehr-Division (2e division de Landwehr). Sous le commandement de son chef, le général d’artillerie prussien Adolf Franke (général de corps d’armée), les Wurtembergeois reprirent l’organisation du terrain jusqu’alors négligée et adaptèrent le système de positions aux normes modernes. Jusqu’au début de 1918, outre des actions isolées, la guerre de mines fut de nouveau intensifiée, puis complètement arrêtée à partir de février 1918. Par l’aménagement de positions de l’arrière, la création d’une zone des avant-postes faiblement occupée et d’une forte ligne principale de résistance à environ trois kilomètres en arrière des tranchées de première ligne, la défense devint plus élastique et mieux échelonnée en profondeur.
Cornay devint le cantonnement du 122. Landwehr-Infanterie-Regiments (122e régiment d’infanterie de Landwehr). Sur les quelque 300 habitants au début de la guerre, une grande partie avait quitté la localité. Les hommes de la Landwehr s’installèrent dans les maisons pour la plupart encore intactes. Avec les rares habitants restés sur place, les relations étaient bonnes. Les jeunes filles et les femmes lavaient le linge des soldats contre rémunération et aidaient également pour d’autres tâches domestiques. Fin janvier 1918, le bombardement d’artillerie français s’intensifia toutefois nettement. Dans l’attente de combats plus intenses, tous les habitants encore restés sur place furent évacués vers des localités de l’arrière.
La période d’engagement de la 2. (württ.) Landwehr-Division (2e division de Landwehr wurtembergeoise) à Cornay devait se faire sentir moins en raison de sa fonction de lieu d’étape que, de manière tragique, par de rudes combats pendant la offensive américaine de Meuse-Argonne au cours de la dernière phase de la Première Guerre mondiale. Auparavant, Cornay avait été largement épargné par les effets de la guerre. Au début d’octobre 1918, le village et ses environs devinrent toutefois le dernier point d’appui âprement disputé de la défense allemande en Argonne contre des troupes américaines largement supérieures en hommes et en matériel. Lors de ces combats, qui font l’objet d’un article séparé, Cornay a été presque entièrement détruit.




Cornay est aujourd’hui une petite commune soignée comptant environ 65 habitants. À plusieurs endroits, des monuments ainsi que des panneaux d’information rappellent les événements de la Première Guerre mondiale. C’est également le cas sur la colline de la Croix du Bayle, d’où l’on peut jouir d’une belle vue sur la zone du village ainsi que sur la vallée de l’Aire avec ses points marquants tels que les collines du Montrebau et du Montrefagne. De lourds combats s’y sont déroulés à l’automne 1918 pendant la offensive américaine de Meuse-Argonne. Dans le village même, des panneaux comportant des photos du village de l’époque de la Première Guerre mondiale et de l’occupation allemande ont été apposés à différents endroits, permettant à chaque fois un examen intéressant « avant/après ». Quiconque souhaite explorer la région de l’Argonne septentrionale et en particulier les champs de bataille de 1918 qui s’y trouvent devrait inclure Cornay dans ses projets.








































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