Michelstellung 1916 – 1918

La Michelstellung (Michel-Stellung, Michel-Zone) était désignée comme un système défensif allemand d’environ 35 kilomètres de long et comprenant près de 1 000 ouvrages en béton sur la corde orientale du Saillant de Saint-Mihiel. La Michelstellung était la manifestation d’une réorientation militaro-stratégique à partir de l’année de guerre 1916. Cela comprenait la création de grands systèmes de positions arrière et des réductions de front. Plus connue que la Michelstellung devint la Siegfried-Stellung, amplement décrite, dans la zone nord du front occidental, où, dès mars 1917, les Britanniques et les Français combattirent la défense allemande. Toutes ces lignes de défense arrière furent désignées uniformément par les Britanniques et les Américains sous le nom de « Hindenburg Line ».
La Michelstellung fut planifiée sous sa forme concrète à partir de l’automne 1916. Comme d’autres secteurs du front reçurent la priorité à cette époque, elle ne fut érigée qu’avec hésitation et ne fut achevée que partiellement. Ce n’est qu’au cours de l’offensive franco-américaine de septembre 1918 qu’elle fut occupée par les troupes allemandes. Lors des attaques américaines, de lourds combats eurent lieu jusqu’au 11 novembre 1918, jour de l’armistice. La Michelstellung resta entièrement aux mains des Allemands jusqu’à la fin de la guerre.
Des aspects essentiels de la genèse et de la signification militaire de la Michelstellung n’ont guère été étudiés et documentés jusqu’à présent. Ils doivent être décrits plus en détail dans le contexte des développements militaires et politiques généraux à partir de l’année 1916, lorsque la Première Guerre mondiale entra dans sa seconde moitié décisive.
Année de guerre 1916 – décisions fondamentales
L’étude historico-militaire de l’année 1916 est dominée par deux opérations : d’une part, l’offensive allemande près de Verdun commencée en février 1916 et, d’autre part, la bataille de la Somme lancée par les Alliés au début de l’été 1916. En décembre 1916, les combats de Verdun se soldèrent par un désastre pour l’armée allemande, à savoir la perte de tout le terrain conquis au cours de dix mois de luttes coûteuses en vies humaines. Bien que les Allemands aient pu remporter des succès défensifs dans la bataille de la Somme, interrompue à peu près en même temps par les Alliés, des pertes si élevées s’étaient produites dans l’ensemble qu’il n’était plus question d’une conduite active de la guerre dans un avenir prévisible.
En raison de cette situation générale critique pour l’Allemagne et encourageante pour les Alliés, divers événements d’une importance fondamentale se produisirent au cours du second semestre de 1916. Des conférences eurent lieu tant du côté des Alliés que du côté allemand, dont les résolutions devaient influencer de manière décisive la suite des événements de la guerre. En France comme en Allemagne, un changement de commandement militaire eut lieu. En Angleterre, les conditions politiques changèrent, ce qui devait avoir des répercussions sur la stratégie future de l’Empire.
Conférence de Chantilly le 16 novembre 1916
Le 16 novembre 1916 se réunirent au château de Chantilly près de Paris, quartier général de l’armée française, les principaux décideurs militaires du côté allié. Les objectifs opérationnels pour l’année 1917 devaient être fixés. On considérait que l’Allemagne était aux limites de ses capacités et l’on était certain de pouvoir réaliser une percée au printemps suivant. Ces attentes eurent pour conséquence, le 12 décembre 1916, le remplacement du chef d’état-major général français Ferdinand Foch au poste de commandant en chef allié. Le commandement de l’armée française fut confié à Robert Nivelle. Il défendait une stratégie plus agressive que son prédécesseur. Par le biais de deux opérations, Nivelle voulait percer le front allemand. Outre une attaque près d’Arras, il devait y avoir à partir d’avril 1917 l’attaque principale décisive, à savoir la double bataille de l’Aisne et de la Champagne.
Dès le début du mois de mai 1917, l’offensive, qui s’était déroulée de manière désastreuse pour les Alliés, dut être interrompue. En raison du nombre énorme de pertes, des unités de l’armée française se mutinèrent. Le général Nivelle fut destitué. Le commandement en chef fut repris par le « sauveur de Verdun », général Philippe Pétain. Par des visites sur le front, un assouplissement des règlements de service stricts ainsi qu’une amélioration de l’organisation du ravitaillement et de l’approvisionnement des troupes, il réussit à rétablir la discipline. Afin d’éviter des pertes élevées, Pétain se limita d’abord à une conduite de la guerre plus défensive.
Démission de Falkenhayn – réunion à Cambrai le 8 septembre 1916
Du côté allemand, l’entrée en guerre de la Roumanie avait rendu nécessaire de retirer d’importants contingents de troupes du front occidental pour les engager à l’est. Ainsi, la situation, déjà difficile face aux Français et aux Britanniques, se détériora considérablement.
Le manque de succès à l’ouest, diverses intrigues de hauts officiers et concrètement le reproche d’avoir été surpris par l’entrée en guerre de la Roumanie incitèrent le chef de l’état-major général, Erich von Falkenhayn, à présenter sa démission. Après des hésitations initiales, l’Empereur y accéda le 28 août 1916.
Le successeur dans l’Oberste Heeresleitung (OHL) fut le duo de commandants qui avait opéré avec succès sur le front de l’est, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff. Erich von Falkenhayn reçut le commandement de la 9e armée à l’est et put, conjointement avec les troupes autrichiennes, repousser de manière décisive les attaques des Roumains jusqu’en décembre 1916.
La nouvelle direction a pris ses fonctions lors de la crise la plus grave de la guerre jusqu’alors. Comme Ludendorff l’écrivit plus tard, ce n’étaient plus le Haut Commandement de l’Armée, mais les adversaires et la mauvaise situation du ravitaillement qui dictaient toutes les options d’action militaire. Une première évaluation de la situation générale montra que l’économie de guerre allemande ne pouvait plus faire face aux exigences accrues ni aux possibilités de l’adversaire. Le 31 août 1916, l’OHL présenta au gouvernement du Reich une liste exhaustive de revendications qui devait avoir pour conséquence essentielle une extension massive de la production de munitions et d’armes en concentrant l’ensemble du système social et économique sur les impératifs militaires. Ces plans, connus sous le nom de « programme Hindenburg », ne prirent guère effet, car ils n’étaient pas réalisables sous la forme radicale souhaitée, sur le plan intérieur et surtout social.
Outre les insuffisances matérielles, l’absence de remplacements suffisants en troupes faisait paraître douteuses les tâches à venir à l’Est ainsi qu’une conduite efficace de la guerre à l’Ouest. C’est pourquoi, le 2 septembre 1916, il fut ordonné au Heeresgruppe Deutscher Kronprinz (groupe d’armées du Kronprinz allemand) de cesser tous les efforts d’attaque devant Verdun. Lorsque, dès le lendemain, de nouvelles attaques des Alliés commencèrent sur la Somme et qu’il apparut clairement qu’aucun contingent de troupes suffisant ne pouvait être détaché du front de Verdun, on en vint à envisager pour la première fois de libérer des unités par des raccourcissements de front et un repli tactique.
Pour se faire une idée précise de la situation, Hindenburg et Ludendorff se rendirent à une rencontre avec les commandements d’armée qui se tenait le 8 septembre 1916 au quartier général du Heeresgruppe Kronprinz Rupprecht (groupe d’armées du Kronprinz Rupprecht) à Cambrai. Auparavant, des entretiens individuels eurent lieu, notamment à Stenay avec Kronprinz Wilhelm von Preußen, chef de la 5. Armee (5e armée) et commandant du Heeresgruppe Deutscher Kronprinz (groupe d’armées du Kronprinz allemand) nouvellement formé. Celui-ci avait déjà exigé avec véhémence dès le milieu de l’année 1916 la fin de l’offensive de Verdun, mais il n’avait pas pu s’imposer face à l’ancien chef d’état-major général von Falkenhayn ni face à son père.
Les enseignements tirés des délibérations étaient préoccupants. Les pertes élevées subies lors des combats de la Somme ne pouvaient plus être compensées. Les plans de retrait évoqués furent néanmoins accueillis avec scepticisme par de nombreux officiers. L’effet de telles mesures défensives sur la troupe fut jugé trop négatif. Quoi qu’il en soit, il fallait d’abord attendre une évolution favorable face aux Russes et aux Roumains qui attaquaient à l’Est, afin de retrouver une marge de manœuvre à l’Ouest. De plus, il convenait de mener à bien la bataille de la Somme et d’attendre l’entrée en vigueur de la « loi sur le service auxiliaire » au début de décembre 1916, afin d’éviter toute impression de faiblesse. Ludendorff se ralia à cette argumentation pour le moment.
Hindenburg et Ludendorff rentrèrent après la fin des entretiens au Grand Quartier général, qui était alors établi dans la ville de Haute-Silésie de Pleß (en polon. : Pszczyna). Des décisions fondamentales devaient être prises. Le 15 septembre 1916, des instructions furent données au groupe d’armées Kronprinz Rupprecht pour planifier une position arrière sur la ligne Arras – Laon. De là naquit la soi-disant position Siegfried. D’autres systèmes de positions arrière furent également envisagés, tels que la position des Flandres dans le nord de la France et de la Belgique ainsi que la position Wotan, qui se raccordait au nord à la position Siegfried. Au sud de la position Siegfried fut planifiée la position Hunding, qui devait s’étendre à l’arrière du front de Champagne, du secteur de l’Argonne et du champ de bataille de Verdun (ici : position Kriemhild). Il fut ordonné au groupe d’armées Deutscher Kronprinz de préparer un retrait du Saillant de Saint-Mihiel sur une position de corde à construire entre Étain et Pont-à-Mousson. Ce fut l’heure de naissance de la « position Michel ».
Dans la région de la petite ville d’Étain, la position Kriemhild devait passer dans la position Michel. Des raccourcissements de front notables ne résultèrent de ces plans que dans le cas de la position Siegfried et de la position Michel. Tous les autres projets ne devaient servir qu’à une meilleure organisation en profondeur de la troupe et à l’option d’opérations tactiques ultérieures.




Stratégies alternatives
En effet, les durs combats sur la Somme durèrent encore jusqu’en novembre 1916. Toutes les divisions que l’on pouvait rendre disponibles d’une manière ou d’une autre durent être engagées en échange d’unités épuisées. Par la suite, dans toute l’armée allemande, il n’y eut guère de régiment qui n’eût pas été stationné au moins une fois sur le front de la Somme. Il fut ainsi possible en fin de compte de résister à toutes les tentatives de percée ennemie.
Même si le résultat des combats de la Somme, décevant pour les Alliés, fut propagé du côté allemand comme une victoire défensive, une analyse réaliste montrait que l’armée et l’économie de guerre ne supporteraient plus une autre bataille telle que la bataille de la Somme. Cela, ainsi que la perspective qu’il fallait s’attendre dès le printemps 1917 à de nouvelles grandes offensives alliées, et qu’en outre aucune ressource suffisante n’était prévisiblement disponible pour des efforts offensifs propres, rendit nécessaires des concepts alternatifs afin d’atteindre l’objectif d’une fin prochaine de la guerre.
Deux options retinrent l’attention : d’une part, la décision militaire par une augmentation maximale de l’ensemble des efforts économiques et militaires et, d’autre part, une solution pacifique par la voie diplomatique. On en arriva à une combinaison des deux.
Tentatives de paix, guerre sous-marine à outrance
Dès l’été 1916, face à la situation des approvisionnements qui se détériorait de façon dramatique en raison de mauvaises récoltes et du blocus maritime britannique, le gouvernement impérial allemand avait entrepris de timides tentatives pour inciter par la voie diplomatique les États-Unis, formellement neutres, ainsi que leur président Woodrow Wilson à une initiative de paix. Les Américains ne rejetèrent pas une telle initiative de manière générale, mais aucun effort de ce type n’eut lieu, ni avant ni immédiatement après la réélection de Wilson en novembre 1916.
Le temps pressait pour les Allemands et leurs alliés. Sur proposition autrichienne et avec l’accord du Commandement suprême de l’armée, le gouvernement du Reich formula par une note du chancelier allemand Theobald von Bethmann Hollweg du 12 décembre 1916 une offre de paix.
Des prises de position diplomatiques de divers hommes politiques alliés suivirent, dans lesquelles la proposition allemande fut rejetée de manière abrupte. Le président du Conseil français Aristide Briand reconnut le 13 décembre 1916 une manœuvre visant à semer la discorde parmi les Alliés. Peu après, le ministre russe des Affaires étrangères Nikolai Pokrowski déclara que l’offre de négociation avait pour seul objectif de tromper les adversaires. Le 19 décembre 1916, David Lloyd George, qui venait de devenir le nouveau Premier ministre britannique, exprima également un rejet catégorique dans un discours devant la Chambre des communes. Cela confirma les pronostics négatifs de nombreux hauts gradés militaires allemands qui doutaient qu’une solution de paix acceptable puisse être obtenue par la voie de négociations.
La raison de l’attitude hostile des Alliés résidait dans leurs attentes de victoire de plus en plus réalistes. Le soutien massif des États-Unis sous forme de livraisons de munitions et de biens de consommation leur donnait de l’assurance. Dès la fin de 1916, plus de 50 000 volontaires américains combattaient dans l’armée anglaise et environ 10 000 dans l’armée française. À la mi-décembre 1916, les Français remportèrent un succès complet. Lors d’une attaque de quatre divisions seulement, les troupes allemandes devant Verdun purent être rejetées sur leurs positions de départ au début de l’offensive en février 1916. Dans cette atmosphère euphorisante, des négociations de paix ne paraissaient aux Alliés ni opportunes sur le plan politique ni nécessaires sur le plan militaire.
C’est ainsi que l’offre de paix allemande fut formellement rejetée par une note alliée officielle du 30 décembre 1916. La réponse était formulée sciemment sur un ton très brusque. À un appel de paix de Wilson, publié tout de même le 21 décembre 1916, dans lequel il n’abordait même pas la proposition allemande précédente, succéda le 11 janvier 1917 une réponse à nouveau sèchement négative. Ainsi, il était définitivement acquis pour la partie allemande qu’il était impossible de mettre fin à la guerre par des négociations à des conditions acceptables.
Les conséquences fatidiques de ce scénario étaient évidentes. L’Allemagne était exposée. Elle rassemblerait toutes ses forces économiques et militaires pour rechercher une issue militaire. Elle en reviendrait également à la guerre sous-marine à outrance exigée depuis longtemps par les milieux militaires, afin de couper l’Angleterre et la France de leurs approvisionnements. Les États-Unis trouveraient, par la menace pesant sur le commerce maritime, la possibilité d’inciter leur population jusqu’alors réticente à la guerre, puis de trouver également un motif pour intervenir avec leurs propres troupes dans le conflit. Cela était réclamé par les cercles républicains depuis 1915 déjà, après qu’un sous-marin allemand eut coulé le paquebot de luxe anglais Lusitania le 7 mai 1915. Le rôle hésitant des Américains constitua une cause essentielle de l’échec des efforts de paix ainsi que de la poursuite de la guerre.
Année de guerre 1917 – Construction de positions et réorientation stratégique
Le fait que les Allemands aient pu se défendre avec succès contre les offensives alliées du printemps 1917 découlait pour l’essentiel de la création, décrite ci-dessus, de rectifications de front et de positions d’arrêt sur la base de la réunion de Cambrai du 8 septembre 1916. Cela nécessitait l’abandon de vastes étendues de terrain qui avaient été conquises auparavant au prix de longs efforts et de lourdes pertes. Cela suscita de vives critiques de la part de nombreux chefs de corps. General (général) Ludendorff n’en maintenait pas moins fermement les décisions prises dès l’automne 1916.
L’« Unternehmen Alberich » a acquis une notoriété douteuse, lorsque, fin mars 1917, la Siegfried-Stellung, érigée en quelques mois seulement avec le concours de dizaines d’entreprises de construction allemandes et à des coûts immenses, a été occupée. La retraite a été précédée par la dévastation de vastes parties de la zone à évacuer. Tous les éléments essentiels de l’infrastructure civile et militaire ont été démontés ou détruits. La population apte au travail et au service militaire a été expulsée vers l’arrière du pays. Les personnes âgées, les femmes et les enfants ont été rassemblés en des lieux déterminés et abandonnés à l’ennemi qui avançait. Au total, lors de l’« Unternehmen Alberich », plus de 200 localités françaises ont été rasées. Les troupes alliées durent mener leurs attaques au printemps 1917, détachées de leur propre système de ravitaillement, à partir d’une bande de « terre brûlée » profonde de plusieurs dizaines de kilomètres, tandis que la défense allemande se trouvait dans des positions fortifiées solides et conformes à toutes les exigences modernes.




Jusqu’en mars 1917, dans le cas de la Siegfried-Stellung, environ 500 000 tonnes de gravier et de concassé, 100 000 tonnes de ciment et 35 000 tonnes d’acier avaient permis de créer un ouvrage défensif d’environ 150 kilomètres de long. S’y ajoutaient des obstacles composés d’environ 5 millions de pieux en fer et en bois, de 13 000 tonnes de fil de fer barbelé et d’innombrables chevaux de frise. Il s’agissait du plus grand projet de construction unifié de toute la guerre. Aucune des positions érigées auparavant ou par la suite n’atteignait ne serait-ce qu’un tant soit peu la valeur défensive de la Siegfried-Stellung.
La création de la Siegfried-Stellung fut détectée tôt par les Français et les Britanniques. Elle fut considérée non pas comme une menace, mais comme une faiblesse et un encouragement pour les efforts offensifs planifiés au printemps 1917. On ne s’attendait pas au repli complet de l’armée allemande des positions de front précédentes, ni aux difficultés qui naîtraient de la destruction de l’infrastructure civile et militaire dans les zones évacuées. À la lumière des pertes massives des Alliés et de gains de terrain seulement marginaux, le Haut Commandement de l’Armée allemande reconnut l’utilité d’une défense moderne et profondément articulée.

Dès l’été 1916, le chef d’état-major de l’époque, Erich von Falkenhayn, avait reconnu, à partir des expériences des combats de Verdun et de la Somme, la nécessité d’unifier la conduite du combat et l’organisation du terrain. Jusque-là, de telles réglementations faisaient défaut. Chaque armée, jusqu’au niveau divisionnaire, avait, par l’intermédiaire des troupes de pionniers correspondantes, ses propres directives tactiques et surtout techniques de construction, en particulier pour l’établissement de systèmes de positions, d’ouvrages de cantonnement et de béton, ainsi que pour leur aménagement et leur utilisation. Ces prescriptions étaient souvent incompatibles avec celles d’autres unités. Des problèmes survenaient ainsi lors des relèves fréquentes, car des conceptions de construction, des systèmes d’armes et des variantes d’utilisation différents se croisaient.
Le point de départ d’une unification fut un recueil de prescriptions qui traitait d’abord de manière générale, puis de plus en plus détaillée, de certains aspects de la guerre de position et qui fixait progressivement des directives pour tous les domaines de la conduite du combat et de la conception des constructions militaires. Celles-ci allaient par exemple de la fabrication de charges explosives, de pylônes électriques, d’installations de puits, de baraquements de cantonnement, en passant par l’agencement de systèmes de positions entiers et de réseaux de communication complexes, jusqu’à l’indication précise des quantités et des dimensions lors de la construction de bâtiments et de blockhaus. Son nom était « Sammelheft der Vorschriften für den Stellungskrieg für alle Waffen. »
Malgré l’importance considérable de ces règlements pour la conduite de la guerre profondément modifiée du côté allemand à partir de l’automne 1916, ils ne trouvent guère d’écho dans les travaux d’histoire militaire. Sur la base de ce recueil de prescriptions, des directives de construction spéciales continuèrent certes d’être élaborées en fonction d’exigences stratégiques ou géologiques individuelles. On réussit toutefois à unifier largement la guerre de position, qui se concentrait prioritairement sur la défense à partir de 1917, et à la rendre ainsi plus efficace et plus économe en ressources.
Zone Michel – Système défensif à l’arrière du Saillant de Saint-Mihiel
Le Saillant de Saint-Mihiel occupa un rôle exceptionnel et unique sur le front occidental dans les planifications stratégiques. Le 25 septembre 1914, le IIIe corps d’armée royal bavarois avait réussi à prendre la petite ville de la Meuse, Saint-Mihiel, et un jour plus tard, le fort du Camp des Romains, situé plus au sud. Les forts de Paroches et de Troyon, de même que de vastes secteurs des Côtes lorraines, restèrent aux mains des Français et l’encerclement prévu de la place forte de Verdun échoua.
Le Saillant de Saint-Mihiel, comme les Français appelaient la zone, atteignait entre Meuse et Moselle une profondeur maximale d’environ 35 kilomètres. Même en période calme, 7 à 10 divisions se tenaient en première ligne, du côté allemand comme du côté français.
Sur le plan militaire, ce saillant du front constituait une protection importante pour les villes de Metz et de Thionville, situées sur la Moselle et essentielles au ravitaillement des troupes combattantes. Il couvrait en outre les secteurs de position du front de Verdun situés plus au nord. Pendant toute la durée de la guerre, il entrava toutes les actions françaises dans le secteur central du front occidental. Il bloquait en outre les lignes de chemin de fer, essentielles au ravitaillement français, venant du sud et de l’ouest en direction de Verdun et des secteurs du front situés plus au sud.
Dès la fin de l’automne 1914, les Français tentèrent de reconquérir le territoire perdu. Les attaques s’intensifièrent jusqu’à la soi-disant « bataille de printemps entre Meuse et Moselle » en avril 1915, au cours de laquelle le saillant du front devait être coupé par des assauts concentriques par la Crête des Éparges et au sud entre Flirey et Pont-à-Mousson. Les Français échouèrent en subissant de lourdes pertes.
Il résulta de ces combats pour le commandement de l’armée allemande la prise de conscience qu’il fallait prévenir de futures attaques prévisibles par un aménagement intensif des positions. Le terrain du flanc sud du saillant se caractérisait notamment par une nappe phréatique très haute. Cela rendit l’organisation du terrain difficile et invita pour ainsi dire l’ennemi à des opérations offensives. Sans une sécurisation en arrière des positions de front, il fallait craindre, outre les considérations militaires mentionnées, de sérieux risques pour le bassin minier de Longwy et de Briey, important dans le cadre de l’extraction des matières premières et en particulier de la production de fer et d’acier.
Le bassin minier de Longwy et de Briey recélait alors de vastes gisements de minerai de fer. Il s’étendait à l’ouest de la Moselle sur le plateau lorrain et atteignait le sud de la Belgique et du Luxembourg. Sur la totalité d’environ 45 000 hectares de zone d’extraction, près de 20 % se trouvaient déjà sous l’influence de l’industrie lourde allemande avant la Première Guerre mondiale. Les Allemands détenaient en partie des participations dans le capital d’entreprises françaises, en partie, comme la société August Thyssen, ils avaient obtenu de l’État français des concessions exclusives pour l’extraction de minerai. Outre Thyssen, d’autres entreprises minières et sidérurgiques encore connues aujourd’hui ont joué un rôle, en particulier les groupes Dillinger, Röchling et Krupp.




L’approvisionnement en minerai lorrain était, du point de vue de l’industrie sidérurgique et d’armement allemande, d’une nécessité urgente. Avant la Première Guerre mondiale, l’Empire allemand, en tant que deuxième producteur mondial de fer et d’acier, importait avec environ 14 millions de tonnes près de 50 pour cent du minerai nécessaire. Les prévisions établies avant le début de la guerre indiquaient que les gisements propres seraient épuisés au plus tard en 1973 en cas d’utilisation purement civile. Les gisements de minerai lorrains, dont la teneur en fer était nettement plus élevée, couvriraient les besoins jusqu’en 2023. On en déduisit qu’on ne pouvait renoncer au minerai lorrain ni en temps de paix et encore moins dans une économie de guerre prévisible.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, des simulations de futures annexions de territoires français, belges et luxembourgeois prévoyaient comme objectif de guerre essentiel l’accaparement du bassin ferrifère de Longwy et de Briey. Des représentants de l’industrie lourde, des scientifiques et des politiciens essayèrent, à partir du début de la Première Guerre mondiale, de convaincre la direction du Reich et le grand capital de l’importance de la région d’extraction de minerai lorraine pour l’économie allemande ainsi que pour de futurs conflits armés au moyen d’une multitude de mémoires et de mémorandums.
Malgré l’importance du Saillant de Saint-Mihiel pour la sécurisation du bassin ferrifère de Longwy et de Briey contre les tentatives de réoccupation françaises, les planifications plus précises concernant les positions de l’arrière furent d’abord ajournées. L’attention militaro-stratégique se porta d’abord, à partir de l’année de guerre 1915, sur des secteurs du front occidental situés plus au nord. Dès le printemps 1915, les Allemands y étaient occupés à repousser les grandes offensives alliées et à reconquérir l’initiative militaire en mobilisant d’énormes contingents de troupes. Le Saillant de Saint-Mihiel devint à partir de la mi-1915, après la fin de la bataille de printemps entre Meuse et Moselle, un secteur d’ordre militaire subalterne et fut utilisé par les Français comme par les Allemands pour régénérer des unités épuisées. De mauvaises langues parlaient du « Sanatorium de l’Ouest ».

Une première tentative concrète pour la création d’une position de sécurité à l’arrière du Saillant de Saint-Mihiel fut un ordre classé „Strictement secret !“ de la Heeresgruppe Deutscher Kronprinz (groupe d’armées du Kronprinz allemand) du 23 septembre 1916 (Ia n° 114). Les destinataires étaient différents organes de commandement. Outre l’Armee-Abteilung Strantz (détachement d’armée Strantz), directement concernée sur le plan géographique, il s’agissait entre autres du commandement de la 5e armée (Armee-Oberkommando 5), des groupements d’armées Maas-West et Maas-Ost, du gouvernement de Metz en tant que siège de l’administration des étapes compétente et du General der Pioniere 5. Le document, qui mérite d’être lu, portait le titre „Ordre d’aménagement de la »Maas-Mosel-Stellung« “. Pour l’ensemble de l’entreprise, le nom de code « Michel » fut prescrit. De là découla le nom ultérieur de « Michelstellung ».

L’Armee-Abteilung Strantz, compétente dans le saillant de Saint-Mihiel, publia dès le 26 septembre 1916 (I.d. 1135 Geheim) ses propres directives, à savoir sous l’intitulé « Objet : position Meuse-Moselle » .
Pour l’établissement de la « position Meuse-Moselle », plusieurs secteurs et différents domaines de compétence avaient été prescrits par le groupe d’armées Deutscher Kronprinz. Au nord, en partant de la Meuse jusqu’à la lisière nord de la vaste zone boisée située entre le Bois de Fresnes et le Bois de Herméville, l’organisation du terrain de la « Maasgruppe Ost-Verdun » en tant que partie de la 5. Armee (5e armée) avait été confiée.

Le secteur principal, comprenant au nord la zone boisée susmentionnée, jusqu’à environ un kilomètre à l’ouest du village de Prény situé sur une colline, fut attribué à un détachement de pionniers nouvellement formé sous le commandement du chef d’alors du Pionier-Regiments 19 (19e régiment de pionniers), le colonel Müller. Cette unité avait son quartier général dans l’importante localité d’étape et d’hôpital militaire de Labry, proche de la petite ville de Jarny. C’est là que se trouvait, dans le Château de Moncel, le quartier général du détachement d’armée Strantz. L’autorité générale de commandement resta entre les mains du général des pionniers 5, résidant à cette époque à Montmédy, le général de brigade Heinrich Quentin.
Il n’avait été attribué au détachement d’armée Strantz qu’un secteur de construction relativement restreint, aux côtés du général des pionniers 13, résidant au Château de Tichémont, le général de division Johannes Schroeter. La portion située à la limite orientale de la position de corde devait être aménagée, d’environ Prény jusqu’à la Moselle. Diverses tâches spéciales devaient être accomplies, telles que la reconnaissance de caves et de bâtiments aménageables à l’épreuve des tirs dans les localités de l’arrière et l’établissement de points d’appui isolés sur des hauteurs marquantes en arrière de la première ligne. En outre, il fallait soutenir les formations de travail actives dans l’ensemble du saillant pour toutes les questions de logement et de ravitaillement.
Pourquoi la responsabilité de la construction de la Michelstellung, malgré sa longueur limitée à environ 35 kilomètres, a été répartie entre un si grand nombre d’acteurs et de niveaux de commandement ne peut être résolu de manière définitive faute de documents exploitables. À l’automne 1916, il n’était de toute façon pas possible de s’appuyer sur l’expérience de grands projets comparables de construction de positions. On peut supposer que l’on craignait d’établir un règlement spécifique au-dessus des structures de commandement militaire existantes. De plus, il n’était pas clair de savoir quand il fallait s’attendre à la mise en œuvre de l’ordre d’aménagement de la « Maas-Mosel-Stellung ». Au nord et au sud de la Somme, sur le Chemin des Dames et en Champagne, on s’attendait à de nouvelles attaques alliées pour le printemps 1917. À la mi-septembre 1916, les reconnaissances de terrain pour la Siegfried-Stellung avaient commencé. Tous les projets dans les secteurs de front moins menacés devaient se subordonner à la construction de la Siegfried-Stellung et aux travaux derrière le front de Champagne.
Dès le début, le projet Michel a manqué de tout le nécessaire, principalement d’un nombre suffisant de main-d’œuvre, mais aussi de ravitaillement et d’équipement technique. Les demandes formulées à ce sujet auprès du Haut Commandement de l’Armée ont systématiquement reçu une fin de non-recevoir. Il fallait dans un premier temps se contenter des forces disponibles. Jusqu’au printemps 1917, la construction de la Siegfried-Stellung a englouti la majeure partie des ressources disponibles sur le front occidental.
À partir de novembre 1916, l’O.H.L. avait affecté aux armées concernées, entre autres, 15 Landsturm-Pionier-Bataillone (bataillons de pionniers du Landsturm), 35 Armierungs-Kompanien (compagnies d’armement), 15 Kriegsgefangenen-Bataillone (KAB) (bataillons de prisonniers de guerre) et 4 Zivilarbeiter-Bataillone (ZAB) (bataillons de travailleurs civils). S’y ajoutaient plusieurs entreprises civiles travaillant sur la base de contrats d’entreprise, employant environ 10 000 ouvriers allemands et étrangers recrutés. Outre les unités de l’armée régulière, les formations de construction et d’étape, environ 65 000 hommes supplémentaires furent ainsi directement impliqués dans la construction de la Siegfried-Stellung.


Il n’est donc pas surprenant que la Siegfried-Stellung, longue d’environ 150 km, ait été achevée dans sa structure essentielle dès le mois de mars 1917, soit après seulement cinq mois de travaux. En revanche, la construction de la Michelstellung n’avait même pas dépassé la phase de planification et de reconnaissance. Seuls quelques ouvrages individuels et de courts tronçons de réseaux de barbelés avaient été entamés. Au cours de cette même année 1917, les travaux n’avancèrent également que lentement. Outre le manque de ressources, cela tenait également à des raisons logistiques et stratégiques.
Dans le cas de la Siegfried-Stellung, le concept de base était clair dès le départ et fut, comme on peut le voir dans un mémorandum digne d’intérêt d’avril 1917, mis en œuvre de manière globalement rigoureuse. Face aux offensives prévisibles pour le printemps 1917, il s’agissait de créer la possibilité de se replier d’un seul trait des positions de première ligne entre Arras et le Chemin des Dames sur une forte ligne arrière et de faire échouer l’attaque ennemie dans le vide. Cela réussit. Cependant, la situation dans le saillant de Saint-Mihiel était totalement différente.





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