Route de Varennes –
Cimetière des pionniers et poste optique de Walhalla

d’actualité (décembre 2025) :

En raison d’une infestation de scolytes (bostryches) et de la sécheresse de ces dernières années, une grande partie de la forêt de conifères plantée à partir des années 1960 dans la partie sud du bois de la Gruerie est morte et a depuis été entièrement abattue. Un reboisement avec des essences d’arbres mieux adaptées aux conditions climatiques actuelles était prévu. Malheureusement, cela n’a pas eu lieu. Il en est résulté, dans l’ancienne zone de combat, une lande sauvage et impénétrable. Les photos contenues dans l’article montrent l’état encore intact de la forêt jusqu’en 2018. Elles sont conservées à des fins de documentation et seront complétées en temps opportun par des photos actualisées.

Généralités

La « route de Varennes » (D 67 ou D 38), avec l’actuelle D 4 entre Chatel-Chéhéry et Autry, était l’une des deux seules liaisons transversales est-ouest goudronnées traversant la crête principale de l’Argonne. Elle revêtait donc une haute importance stratégique militaire tant pour les Français que pour les Allemands.

Après que la 4e et la 5e armée allemande, à la suite de la bataille de la Marne, eurent entamé leur retraite jusque dans la partie nord de la forêt d’Argonne, la crête principale de l’Argonne resta d’abord inoccupée. Les deux liaisons transversales à travers la forêt d’Argonne, l’actuelle D 66 et la D 442 entre Apremont et Binarville ainsi que l’ancienne route de Varennes, l’actuelle D 38, n’étaient sécurisées que sous forme de points d’appui par des unités isolées du Landwehr-Infanterie-Regiment 26 (26e régiment d’infanterie de Landwehr). On ne s’attendait pas à ce que les Français pénètrent eux-mêmes dans la zone forestière impénétrable et l’utilisent pour des opérations militaires. Ils le firent néanmoins. En raison d’ordres équivoques, la route de Varennes fut perdue dès septembre 1914 et devint le théâtre de combats acharnés, notamment début octobre 1914 pour la position du « Barricade-Pavillon ».

Aujourd’hui, à première vue, plus grand-chose ne rappelle ces durs affrontements du début des combats dans la forêt d’Argonne. Mais si l’on regarde de plus près, on trouve déjà dans l’environnement immédiat de l’ancienne route de Varennes de nombreux vestiges tels que des tranchées de tir, des galeries et deux autres positions intéressantes qui sont décrites plus en détail ci-dessous. Il s’agit de l’ancien cimetière de la 1. Feld-Kompanie des 2. Lothringischen (Festungs-) Pionier-Bataillons 20 (1re compagnie de campagne du 2e bataillon de pionniers de forteresse lorrain 20), et d’autre part des restes du poste optique (« Blinkstand ») « Walhalla ».

Cimetière des pionniers

Immédiatement au nord de la route de Varennes se trouvent, à environ 600 mètres à l’ouest de l’embranchement vers la Haute Chevauchée et le tunnel impérial (« Kaisertunnel »), les restes du cimetière désaffecté de la 1e compagnie de campagne du 2. Lothringischen (Festungs-) Pionier-Regiments Nr. 20 (2e régiment de pionniers de forteresse lorrain no 20) de Metz. Peu de choses sont connues sur l’engagement de cette unité de pionniers dans l’Argonne, contrairement à d’autres formations. Quelques compagnies étaient subordonnées au corps d’armée d’Argonne du général von Mudra et engagées dans la guerre des mines à la Côte 285 ainsi qu’à la Fille Morte et en d’autres points chauds.

Membres du PiB 20
Membres du PiB 20

De nos jours, il ne reste du cimetière, outre des parties de l’enceinte ainsi que de quelques dalles funéraires, que les deux colonnes du portail d’entrée. Jusqu’à l’automne 2014, ces colonnes supportaient encore la double porte métallique d’origine. Tout comme beaucoup d’autres choses sur le front de l’Ouest au cours des dernières années, la porte a été dérobée par des voleurs de métaux. Lors de l’arrachage violent des battants, les deux colonnes ont été massivement endommagées. Sans restauration, elles ne resteront plus longtemps en place sous leur forme originelle.

Cimetières de pionniers, PiR 20, carte de position, septembre 1918
Cimetières de pionniers, PiR 20, carte de position, septembre 1918

Les soldats inhumés dans le cimetière ont été réinhumés après la guerre dans différents cimetières militaires, tout comme dans le cimetière militaire actuel de Servon-Melzicourt. Le monument se trouve également aujourd’hui sur le terrain du cimetière militaire. On y trouve en outre des parties d’un autre monument qui était dédié à la 2e compagnie de réserve du 2. Lothringischen (Festungs-) Pionier-Regiments Nr. 20 (2e régiment de pionniers de place forte lorrain). Celui-ci se trouvait sur un cimetière situé un peu plus à l’ouest sur la Varenner Straße, où étaient inhumés des membres des unités les plus diverses ainsi que des soldats français tombés au combat. Outre des membres du Pi.R. Nr. 20, il y a été attesté l’inhumation de membres du Pionier-Regiments 29 (29e régiment de pionniers), originaire de Posen, du Infanterie-Regiments Graf Werder (4. Rheinisches) Nr. 30 (30e régiment d’infanterie Graf Werder (4e rhénan)) ainsi que du 9. Lothringischen Infanterie-Regiments Nr. 173 (173e régiment d’infanterie lorrain), qui avaient péri pendant la guerre des mines à la Côte 285 et à la Fille Morte ainsi qu’en d’autres points de l’Argonnenfront.

Quelques cartes militaires contemporaines attestent l’emplacement correspondant du cimetière et du monument. Malheureusement, on ne trouve plus aujourd’hui de restes de ce deuxième cimetière sur le terrain.

Actualités (situation en mai 2021)

Actualités (situation en septembre 2021)

Centre de signalisation lumineuse Walhalla

Dans le cadre de l’abandon de la guerre des mines mis en œuvre au début de février 1918 ainsi que du recul et de la structuration en profondeur de la défense en plusieurs zones de positions arrière, le système de transmissions dans le secteur central de l’Argonne a également dû être entièrement réorganisé du côté allemand. Comme les transmissions radio mobiles en étaient encore à leurs débuts et ne pouvaient pas couvrir les besoins d’échange d’informations entre les différents postes de commandement et les unités, il a continué d’être fait recours aux moyens de transmission éprouvés, c’est-à-dire essentiellement aux liaisons télégraphiques et téléphoniques par câble. Comme celles-ci étaient très vulnérables aux dommages causés par les bombardements d’artillerie, elles durent être complétées dans les zones proches du front par d’autres techniques de transmission. Outre l’agent de liaison classique et le chien de liaison, ce fut principalement la télégraphie optique qui fut utilisée.

Selon les prescriptions du règlement en vigueur, outre d’autres techniques comme l’héliographie, on utilisa principalement trois lampes de signalisation développées par l’entreprise Carl Zeiss Jena, qui, alimentées à l’électricité ou au gaz, transmettaient des messages chiffrés sous forme de signaux Morse lumineux à des stations réceptrices. Il s’agissait des appareils G. Blink 16 (grand appareil de signalisation optique 16), M. Blink 16 (appareil de signalisation optique moyen 16) ainsi que K. Blink 16 (petit appareil de signalisation optique 16). Il existait par ailleurs des versions spéciales, par exemple pour la transmission de messages depuis et vers les ballons d’observation.

Au cours des deux dernières années de la guerre, durant lesquelles la construction d’ouvrages en béton armé de fer augmenta considérablement du côté allemand aussi et où l’on ne pouvait guère s’attendre à des changements de position notables, les stations d’émission et de réception correspondantes furent largement aménagées de manière à être à l’épreuve des balles. Un secteur du front fut doté d’un réseau de telles stations qui transmettaient des signaux à des stations réceptrices attitrées par le biais d’étroites embrasures de signalisation. Dans la région de l’Argonne, on trouve encore quelques-uns de ces ouvrages.

La station de signalisation optique la plus connue du secteur de l’Argonne est certainement la centrale de signalisation « Walhalla ». Elle se situe à environ 150 mètres au nord de la route de Varennes (actuelle D 38) et juste à l’est des restes du cimetière des pionniers jouxtant directement la route.

Poste de signalisation optique de Walhalla, carte de position au 25 septembre 1918
Poste de signalisation optique de Walhalla, carte de position au 25 septembre 1918

L’installation fut planifiée fin janvier 1918 par le commandement des pionniers de la 2. Württ. Landwehr-Division (2e division de Landwehr du Wurtemberg) comme l’un des postes de signalisation centraux pour le nouveau réseau de communications de l’Argonne, afin d’assurer la transmission des zones proches du front vers l’arrière, en particulier en direction du poste de commandement de la 54. Landwehr-Brigade (54e brigade de Landwehr) au camp de Borrieswalde près d’Apremont. La planification et la construction du poste de signalisation furent confiées au Pionier-Bataillon 402 (402e bataillon de pionniers), issu du 13. (Württ.) Pionier-Bataillon (13e bataillon de pionniers du Wurtemberg). La construction du poste de signalisation débuta au début du mois de février 1918 par la 5. Landwehr-Pionier-Kompanie (5e compagnie de pionniers de Landwehr), qui fut retirée du front de l’Argonne en mars 1918. Les travaux furent ensuite poursuivis par la 1. Landwehr-Pionier-Kompanie (1re compagnie de pionniers de Landwehr).

Divers mythes entourent l’installation, probablement en raison de son nom héroïque ainsi que de l’aspect inhabituel des vestiges encore visibles. La rumeur la plus persistante veut que le poste de signalisation de Walhalla ait bien vu ses travaux débuter, mais qu’il n’ait jamais été achevé. Cette supposition répandue repose, outre la reprise acritique d’informations d’autrui, sur le fait que l’armature métallique dépasse des vestiges aériens de l’installation. On en conclut que d’autres éléments de construction, en particulier les zones des embrasures et du plafond du blockhaus, devaient encore être coulés en béton.

Postes de signalisation optique, d'après : Seeßelberg, *Der Stellungskrieg 1914 - 1918*
Postes de signalisation optique, d’après : Seeßelberg, *Der Stellungskrieg 1914 – 1918*

Il ressort des archives de troupes du Pionier-Bataillon 402 (402e bataillon de pionniers) (HSAS M220/Bü 63a) que l’ouvrage avait déjà été occupé en mars 1918 et qu’à la mi-avril 1918, il avait entamé le trafic de signaux lumineux d’essai avec le « Blinkstand Brunhild » érigé au même moment sur le Bouzon-Berg à l’ouest de Montblainville (secteur de l’Argonnen-Riegel). En outre, il est noté dans les dossiers que les travaux de finition consistant à recouvrir l’installation d’une couche de terre et de gazon étaient achevés le 23 avril 1918. Il est par conséquent certain qu’à partir d’avril 1918, l’ouvrage était pleinement opérationnel, ainsi que le montre également la photo d’époque ci-dessous.

Poste de signalisation optique Walhalla, avril 1918, d'après : Dörr, *Die Württembergischen Nachrichtentruppen im Weltkriege 1914-1918*, Stuttgart 1926
Poste de signalisation optique Walhalla, avril 1918, d’après : Dörr, *Die Württembergischen Nachrichtentruppen im Weltkriege 1914-1918*, Stuttgart 1926

Il n’est pas possible de dire avec certitude, à partir des sources disponibles jusqu’à présent, si les parties aériennes de l’installation ont été entièrement achevées en béton conformément à la planification esquissée. Bien que la photo ci-dessus laisse supposer cela, les restes encore visibles aujourd’hui sur place le rendent pour le moins incertain. De même, on ne trouve pas dans l’environnement immédiat de gros blocs de béton qui permettraient de conclure à une explosion ou à une autre destruction massive.

Actualité (situation en septembre 2021)

La liaison optique partant de Walhalla était assurée à l’aide d’au moins un grand appareil de signalisation optique – G. Blink 16 vers le nord en direction du camp de Borrieswalde via le « poste optique de Brunhild » en tant que station optique intermédiaire, qui transmettait les messages au « poste optique de Mudra » sur la hauteur de Mudra du même nom (en français : la Chêne Tondu) près d’Apremont. À l’ouest, la station optique de Walhalla était reliée aux abris optiques « Akamo » (commandant de l’artillerie de la vallée de la Mortier) et « Akawer » (commandant de l’artillerie de la vallée de la Werder), qui avaient d’une part des contacts avec des groupes de Minenwerfer (lance-mines), mais offraient d’autre part une connexion au réseau téléphonique filaire vers l’arrière. Vers l’avant, Walhalla disposait d’une liaison optique directe avec le « poste optique Jägerstern » sur la clairière Jäger au sud de la vallée des Philosophes, le « poste optique Römerstern » au sud de la hauteur de Schimpff, dans la zone de laquelle passait la ligne principale de résistance de février à septembre 1918, ainsi que le « poste optique Saturn » dans la partie ouest de la vallée de Meurisson, afin d’assurer la couverture des transmissions du secteur de front de Bolante.

d'après : Vorschriften Stellungskrieg, Teil 9
d’après : Vorschriften Stellungskrieg, Teil 9

Aux environs de l’abri optique de Walhalla se trouve, avec la tranchée Römer, une partie de la IIe ligne d’Argonne, qu’il est encore possible de suivre sur de longs parcours tant vers l’est que vers l’ouest.