Serrouville – Moulin-au-Bois – hier et aujourd’hui –
Combats de l’Infanterie-Regiment 67 (67e régiment d’infanterie) pour Fillières le 22 août 1914
Dans la vallée du ruisseau de la Crusnes, entre les localités de Fillières et de Serrouville (actuelle D 16), se trouve un calvaire érigé en 1859. Cet édifice insignifiant peut raconter une histoire intéressante des premiers jours de la Première Guerre mondiale.
À partir du 18 août 1914 commença l’avancée allemande contre la France. Étant donné que les Français, avec leurPlan XVIItout comme les Allemands avec leSchlieffen-Planpoursuivaient une stratégie offensive malgré une nette infériorité militaire, il se produisit dans l’ancienne zone frontalière franco-allemande ainsi que sur le territoire belge de premiers combats, parfois violents. Ceux-ci entrèrent dans l’histoire sous le nom de soi-disantbatailles des Frontières. Elles firent des milliers de victimes. Il y eut des crimes de guerre allemands contre la population civile.
Le 21 août 1914, la5. Armee (5e armée) du kronprinz allemand Wilhelmappartenant auXVI. Armeekorps (XVIe corps d’armée)(33. und 34. Infanterie-Division (33e et 34e divisions d’infanterie)) sous le commandement duGeneral von Mudradans la région d’Aumetz, à env. 15 kilomètres à l’ouest de l’ancienne ville fortifiée allemande deDiedenhofen, d’aujourd’huiThionville. L’objectif était d’atteindre la Meuse par une action énergique et de surmonter pour cela d’abord la résistance française présumée dans la zone de la localité de Mercy-le-Bas.
La33. Infanterie-Divisiondevait progresser à gauche par Joppécourt directement contre Mercy-le-Bas. La34. Infanterie-Divisionreçut l’ordre de prendre d’abord la localité de Fillières, située sur un plateau, en passant par Errouville et Serrouville. Après que les localités d’Errouville et de Serrouville furent tombées sans combat, des patrouilles en avancement signalèrent que la localité de Fillières était occupée par des troupes françaises. Les Français avaient occupé de fortes positions avancées à l’est de Fillières et à l’orée du village. Un poste de mitrailleuses avait été aménagé sur le clocher de l’église.
Le matin du 22 août 1914, l’attaque devait commencer. La prise de la localité fut confiée auInfanterie-Regiment 67 de Magdebourg. Les compagnies, en partant de Serrouville, marchèrent à travers la vallée du ruisseau de la Crusnes et gravirent les hauteurs à l’est de Fillières.
Lorsqu’ils sortirent de la forêt à environ 400 mètres à l’est de la lisière du village, ils furent immédiatement submergés par un feu de masse de l’infanterie française et des mitrailleuses. La localité était défendue par le 154e régiment d’infanterie amené par des marches forcées. Ce n’est qu’après un long combat de feu que la position française put être prise d’assaut et que les troupes allemandes pénétrèrent dans le village. De intenses combats rapprochés y eurent lieu. Après quelque temps, les Français évacuèrent leurs positions et se replièrent sur leur position principale à l’ouest de Fillières. Les Allemands dans le village firent alors l’objet des tirs des pièces d’artillerie françaises en position abritée. Il y eut de nouvelles pertes, car il fallut environ une heure pour neutraliser les positions d’artillerie françaises.
Ce n’est qu’vers 20 h 00, le soir, qu’avec l’aide de réserves, la position principale française put être prise et Fillières ainsi définitivement conquis. Le village et ses environs offraient un spectacle d’épouvante. Partout dans les ruines en partie incendiées gisaient des soldats tombés et blessés des deux camps ainsi que des civils. Les habitants survivants, terrifiés, accroupis dans les caves, couraient de tous côtés ou s’agenouillaient en priant dans les rues. Ici aussi, des pillages et des exécutions d’habitants par des soldats allemands eurent lieu. Le succès militaire de la journée fut le rejet de la défense française le long et au-delà de la rivière Chiers dans la région de la ville de Longuyon.
Dans le moulin de Serrouville, jadis situé près de l’oratoire et que les Français appelaient Moulin-au-Bois, les Allemands avaient aménagé un poste de secours. D’après les récits de combattants des deux camps, environ 1 000 blessés, Allemands et Français, y furent soignés avec l’aide active des meuniers. Il ne subsiste aujourd’hui du moulin que des amas de gravats.


Après la fin des combats, plusieurs officiers et hommes de troupe des deux camps furent inhumés provisoirement par des soldats allemands dans les environs de l’oratoire. Du Infanterie-Regiment 67 (67e régiment d’infanterie), c’étaient, entre autres, l’Oberleutnant (lieutenant) Weber, chef de la 10e compagnie, ainsi que le chef du 2e bataillon, le Major (chef de bataillon) Fritz von Schlieben. Les circonstances de leur mort sont brièvement traitées dans l’historique régimentaire. L’Olt. Weber (cf. page 14) aurait été mortellement frappé par une balle de shrapnel à l’ouest de Fillières lors de la progression sur la localité. Le Major von Schlieben (cf. page 13) serait tombé comme l’un des premiers soldats lorsqu’il fut mortellement atteint au front par un projectile d’infanterie français, à la lisière de la forêt à l’est de Fillières, alors qu’il allumait une cigarette pendant la distribution des ordres.
Sur l’une des cartes postales du bas, on peut en outre reconnaître la tombe d’un officier français. Il s’agissait du lieutenant Rollet, chef de la 12e compagnie du 154e régiment d’infanterie français. Il ressort du dossier de troupe (cf. page 7 s.) qu’il tomba aux mains des Allemands avec d’autres officiers et que son sort, qu’il fût tombé ou blessé, resta d’abord incertain. Il mourut de ses blessures dans les environs du moulin de Serrouville et fut inhumé le 24 août 1914 près de l’oratoire avec un autre soldat français.


Le sort de l’Oberleutnant Weber ainsi que du lieutenant français Rollet n’a pu être élucidé jusqu’à présent. Il est rapporté que l’épouse de l’Oberleutnant Weber a inspecté la tombe après les combats et qu’elle a été ravie de sa conception soignée. Pour le Major Fritz von Schlieben, une croix plus somptueuse a été érigée le jour de son anniversaire, le 19 septembre 1914, par son épouse, portant l’inscription : „Dem fürs Vaterland gefallenen treuen Gatten und Vater Major v. Schlieben. An seinem Geburtstage, 19. 9. 14“. Von Schlieben repose aujourd’hui au cimetière militaire allemand de Berlin-Zehlendorf I, tombe 56.


Après l’avancée du front vers l’ouest, Serrouville, comme presque toutes les autres localités de l’est de la France, est devenu une partie de la zone des étapes allemande. D’autres photographies d’époque de la localité existent, qui montrent la vie des soldats allemands.






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