Forêt de Spada – Trouée de Spada –
la brèche de Spada et les combats sur les hauteurs de la Meuse 1914-1918

Au nord de la ville de St. Mihiel se trouve, sur une ligne entre les localités de Rouvrois-sur-Meuse à l’ouest et Vigneulles-lès-Hattonchâtel à l’est, un secteur de front peu connu mais néanmoins intéressant : la brèche de Spada. En raison de l’importance militaro-géographique de cette région, de violents combats s’y sont déroulés en 1914 lors de l’avancée des troupes allemandes. Au cours des années suivantes de guerre de position, la zone a été fortifiée par les deux camps. De nombreuses traces des positions allemandes, dont le tracé a guère varié pendant toute la durée de la guerre, subsistent encore.

Généralités – Avant-guerre

Attaque du 15.-25.09.1914, tiré de : Reichsarchiv Band 6, Berlin 1926
Attaque du 15.-25.09.1914, tiré de : Reichsarchiv Band 6, Berlin 1926

Chacun connaît cette impression lorsqu’on visite les anciens champs de bataille de la Première Guerre mondiale dans l’est de la France par l’itinéraire classique. En venant des environs de la ville de Metz en direction de Verdun, on atteint la plaine de la Woëvre en sortant de la vallée de la Moselle. Ce vaste paysage s’étend apparemment sans fin avec des champs, des forêts et des villages isolés. Vers l’ouest, on aperçoit à l’horizon une élévation marquante qui devient de plus en plus impressionnante à mesure qu’on s’approche. Il s’agit des hauteurs de la Meuse, en français Les Côtes de Lorraine ou Les Hauts de Meuse. Cette chaîne de collines, qui s’étend le long de la rive est de la Meuse depuis les environs de la ville de Dun-sur-Meuse au nord jusqu’à Toul sur la Moselle sur une longueur d’environ 100 kilomètres, était déjà entrée dans le champ de l’attention militaire avant la Première Guerre mondiale.

Après la fin de la guerre franco-allemande de 1870-1871, qui entraîna pour les Français la perte des territoires frontaliers en Alsace et en Lorraine, y compris les fortifications frontalières, un nouveau concept de défense face à l’Empire allemand devint nécessaire. On s’écarta de la tactique d’une défense rigide et proche de la frontière. Sur la base de critères militaro-géographiques, on choisit des positions de terrain appropriées. Celles-ci se situaient jusqu’à 50 kilomètres en retrait des nouvelles frontières politiques. Les planifications prévoyaient consciemment, en cas d’attaque allemande, l’abandon de régions proches de la frontière, de même que le bassin ferrifère de Briey, important pour l’approvisionnement en matières premières. Lors de la mise en œuvre du nouveau concept de défense, les hauteurs de la Meuse acquirent une importance décisive.

carte française de la région entre la Meuse et la Moselle
carte française de la zone entre Meuse et Moselle

Dès le milieu des années 1870, les Français entreprirent de construire la chaîne de forts d’arrêt prévue comme élément central du nouveau système de fortifications entre Verdun et Toul. Sa concentration la plus forte fut atteinte dans la zone de la ville de Verdun jusqu’au sud de St. Mihiel. Les hauteurs situées à l’est de la Meuse, qui atteignaient ici une largeur maximale de 15 kilomètres et une altitude de 400 mètres par endroits, y furent particulièrement intégrées. Un autre facteur fut décisif. Sur près de 60 kilomètres, du nord jusqu’à Hattonchâtel au sud, il n’existe aucun affleurement géologique des hauteurs dans la direction est-ouest. Les Côtes de Lorraine constituaient ainsi un verrou défensif naturel continu offrant les meilleures possibilités d’observation et d’organisation du terrain. Outre les forts autour de Verdun, d’autres installations furent érigées vers le sud, telles que les forts de Génicourt, de Troyon, des Paroches, le Fort du Camp des Romains près de St. Mihiel et, plus au sud, le fort de Liouville. Entre ceux-ci furent créés des ouvrages en terre et des fortifications de campagne capables de se flanquer mutuellement. Les hauteurs de la Meuse devinrent un pilier central de la défense française contre l’Empire allemand.

Au sud de Vigneulles-lès-Hattonchâtel se trouvait toutefois un point vulnérable sensible. Dans la chaîne de collines des Côtes de Lorraine, il s’y forme une brèche continue qui s’élargit vers la Meuse sur environ neuf kilomètres. Chez les Français, cette zone s’appelle depuis toujours La Trouée de Spada, les Allemands l’appelaient la brèche de Spada. Il y existait pour plusieurs axes est-ouest une liaison directe menant dans la vallée de la Meuse, comme pour les routes départementales alors stratégiquement importantes entre St. Mihiel et les villes mosellanes de Pont-à-Mousson et Gorze. Du côté français, on avait reconnu qu’à cet endroit de graves dangers menaçaient, en particulier pour la liaison ferroviaire longeant la vallée de la Meuse entre les villes fortifiées de Verdun et de Toul, mais aussi sous la forme d’une percée allemande potentielle en direction de l’ouest.

La Trouée de Spada, la brèche de Spada
La Trouée de Spada, la brèche de Spada

C’est pourquoi la zone a été massivement fortifiée. Sur la pente est de l’entaille de la vallée, des positions de campagne ont été creusées, notamment autour du promontoire d’Hattonchâtel ainsi que des localités de Vigneulles et d’Heudicourt. De même, dans les zones boisées de la plaine de la Woëvre situées plus à l’est, les Français ont aménagé de vastes systèmes de tranchées qui, en cas d’attaque, s’étendaient jusqu’à hauteur de la localité de Saint-Benoît dans la zone des avant-postes attendue. À l’ouest, la sortie vers la vallée de la Meuse était couverte par les deux forts de Troyon et du Paroches, ce dernier ayant pour mission de servir de fort d’arrêt pour la brèche. L’artillerie des deux forts devait soumettre un éventuel assaillant à un feu croisé destructeur dès qu’il aurait pénétré suffisamment loin dans la brèche. Le fort du Camp des Romains, situé au sud de St. Mihiel, devait soutenir les efforts de défense en cas de besoin.

septembre 1914 – avance allemande

Le 2 août 1914, la machine de guerre allemande s’ébranla vers la France. Pour pouvoir situer les événements suivants dans le secteur des Côtes de Lorraine et de la Trouée de Spada, un bref examen des stratégies de guerre fondamentales des deux belligérants est utile.

L’Empire allemand a suivi le plan Schlieffen développé à la fin du 19e siècle. Celui-ci prévoyait que l’armée de campagne pénètre avec une forte aile droite dans le nord de la France, effectue une conversion vers Paris et anéantisse les troupes françaises en direction du sud contre l’Alsace et la région alpine. On redoutait une attaque directe contre la ligne Verdun-Toul, car on en avait reconnu la force.

Selon le plan XVII français, malgré l’infériorité numérique des forces propres, une démarche offensive avec deux directions d’attaque principales était également prévue. Un groupe nord devait progresser de la région située entre Verdun et Maubeuge en incluant le territoire belge contre l’Empire allemand, et un groupe sud devait marcher de la région d’Épinal-Belfort-Nancy de manière frontale sur l’Alsace-Lorraine et la Sarre. Pour sécuriser l’espace intermédiaire, c’est-à-dire la ligne centrale entre Verdun et Toul, les Français n’avaient prévu qu’une seule armée dotée d’un équipement réduit, à savoir la 3e armée placée sous le commandement du général Pierre Ruffey.

d'après : Moser, Die Württemberger im Weltkrieg, Stuttgart 1927
d’après : Moser, Die Württemberger im Weltkrieg, Stuttgart 1927

Cette constellation fondamentale eut pour conséquence que la zone située entre les fleuves Meuse et Moselle ainsi que les Maas-Höhen entre Verdun et Saint-Mihiel restèrent pour ainsi dire intouchées par les événements de guerre jusqu’au mois de septembre 1914. Pas même les fortifications de campagne construites en temps de paix dans les forêts ne furent occupées par les Français. Les unités prévues pour la défense contre une attaque allemande furent engagées, après l’échec des efforts offensifs français, pour la défense contre la 5. Armee (5e armée) du prince héritier allemand Wilhelm, qui progressait vers le sud à l’ouest de Verdun. On ne s’attendait pas à une avance allemande dans la région de la plaine de la Woëvre ou des Maas-Höhen.

Jäger-Regiment Nr. 1
Jäger-Regiment Nr. 1 (1er régiment de chasseurs)

Cette mise à nu inattendue de la chaîne de collines n’avait pas échappé au commandement suprême de l’armée allemande. Le 6 septembre 1914, des éléments du Ve corps d’armée prussien commencèrent une première attaque contre les Côtes de Lorraine. L’objectif ambitieux était la prise des forts de la Meuse situés au sud de Verdun, de Troyon, des Paroches et du Camp des Romains. Cela devait soutenir par un mouvement de flanc l’attaque de la 5. Armee (5e armée), menée entre-temps sur la rive occidentale de la Meuse. Les troupes allemandes, en particulier des unités de la 10. Preußische Infanterie-Division (10e division d’infanterie prussienne) sous les ordres du General (général) Robert Kosch, traversèrent la plaine de la Woëvre sans résistance notable et gravirent les hauteurs de la Meuse en partant de la vallée du Longeau et de la basse vallée du ruisseau de Creuë.

Des éléments du Posensches Regiment Königsjäger zu Pferde Nr. 1 (1er régiment de chasseurs à cheval de Posen) avaient réussi à avancer par Chaillon et Lamorville dans la brèche de Spada et à atteindre même le canal de la Meuse à Lacroix-sur-Meuse. Des détachements du 56. Feldartillerie-Regiment (56e régiment d’artillerie de campagne) avaient suivi et s’étaient déployés dans la zone de la brèche pour bombarder le Fort de Troyon. Ils subirent de lourdes pertes en raison d’un intense feu de défense français, en particulier de la part des batteries des forts des Paroches et de Génicourt. Cela mit en évidence l’importance stratégique de la brèche de Spada ainsi que des forts qui la protégeaient.

Des combats plus intenses s’engagèrent principalement autour du Fort de Troyon qui opposait une résistance acharnée. En l’espace de quelques jours, le fort fut pilonné par l’artillerie prussienne et plusieurs mortiers de 30,5 cm de l’armée autrichienne jusqu’à être rendu mûr pour l’assaut. Le commandant adjoint du fort, le Hauptmann (capitaine) François Xavier Heym, rejeta catégoriquement la capitulation le 9 septembre 1914 face à un parlementaire prussien, de sorte que le bombardement fut poursuivi et que l’assaut fut ordonné pour le 12 septembre 1914. Cela n’eut pas lieu, car dans le cadre de la bataille de la Marne interrompue, les troupes des Côtes de Lorraine, alors que le succès était à portée de main, durent battre en retraite.

Après l’échec du plan Schlieffen allemand suite à la retraite précipitée de la bataille de la Marne, un changement intervint le 14 septembre 1914 au sein de l’Oberste Heeresleitung. General (général) Erich von Falkenhayn reprit la direction opérationnelle des mains du malheureux General (général) Helmuth von Moltke. Il avait l’intention de reconquérir immédiatement l’initiative militaire. Il était prévu de mener à nouveau des actions dans le nord de la France avec des unités renforcées de la 2. Armee (2e armée) sous les ordres du General (général) Karl von Bülow. Afin d’obtenir une supériorité numérique pour le mouvement en tenaille envisagé, la 6. Armee (6e armée) du Bayerischer Kronprinz Rupprecht (Kronprinz Rupprecht de Bavière), stationnée entre Metz et Strasbourg, devait être transférée vers l’aile nord de l’armée.

Dès le début de septembre 1914, pendant la campagne de la Marne, il avait été décidé, pour la région de la plaine de la Woëvre, de créer une nouvelle Armee-Gruppe à partir d’éléments de la 6. bayerische Armee (6e armée bavaroise) et de la 5. Preußische Armee (5e armée). Le reste des deux armées devait constituer une réserve opérationnelle. Sous le commandement du général Hermann von Strantz, le V. Preußische Armeekorps (Ve corps d’armée prussien) et le III. Bayerische Armeekorps (IIIe corps d’armée bavarois) furent réunis à partir du 16 septembre 1914 pour former l’Armee-Abteilung Strantz (détachement d’armée Strantz). Depuis la région de Metz, l’Armee-Abteilung Strantz devait progresser à nouveau en direction de l’ouest et tenter de conquérir les Côtes de Lorraine, les trois forts de la Meuse Camp des Romains, des Paroches et de Troyon ainsi que la ville de Saint-Mihiel. Si possible, un franchissement de la Meuse devait être établi et, à partir de la zone ainsi gagnée, la progression devait se poursuivre vers l’ouest en direction de Bar-le-Duc. Ainsi, en collaboration avec les unités de la 5. Armee attaquant dans l’Argonne, la place forte de Verdun devait enfin être encerclée.

Les Français avaient tiré les conclusions des événements du début du mois de septembre 1914. Les positions de protection situées devant la brèche de Spada ainsi que la vallée du ruisseau de Longeau furent particulièrement occupées. De fortes réserves furent maintenues prêtes dans la vallée de la Meuse jusqu’à la brèche de Spada. Bien que tout ait été fait pour faire face à une nouvelle attaque allemande, le commandement français fut totalement surpris par l’avancée de l’Armee-Abteilung Strantz à partir du 19 septembre 1914. Les raisons en étaient multiples. Il avait plu abondamment pendant plusieurs jours, tous les chemins et routes étaient boueux. Du côté français, on avait acquis la conviction que la plaine de la Woëvre était impraticable pour un déploiement massif d’artillerie dans un avenir prévisible. C’est probablement en raison de cette erreur d’appréciation qu’une grande partie des troupes de position et des réserves de la 2e armée française furent retirées pour être engagées ailleurs. Le déroulement des événements du début du mois de septembre 1914 se répétait ainsi pour l’essentiel.

En effet, la nouvelle avance allemande commença le 19 septembre 1914. Sous une pluie battante, l’infanterie prit, sans rencontrer de résistance notable, les positions de protection d’artillerie ordonnées près des Côtes de Lorraine. Dès le matin du 20 septembre 1914, l’artillerie entra en action. Malgré des difficultés considérables, elle avait réussi à occuper les positions assignées. Jusqu’à midi, aucune résistance française notable ne se manifesta, et l’artillerie française resta également silencieuse. La surprise avait apparemment réussi une fois de plus.

Le feu de l’artillerie allemande fut interrompu vers 12 h 00 faute d’effet perceptible et l’infanterie attaqua sur l’ordre du commandant du IIIe corps d’armée bavarois, le général Ludwig von Gebsattel. Contre toute attente, une résistance massive se manifesta toutefois dans la zone des localités situées en avant des hauteurs de la Meuse. Les villages et les pentes situés à l’ouest de ceux-ci avaient été aménagés en forteresses. C’est principalement en raison de la défense acharnée des localités de Vigneulles, Heudicourt et Hattonville que l’avance allemande fut stoppée. De l’artillerie fut utilisée de manière ciblée contre les localités, entraînant des destructions massives.

v. Gebsattel au centre droite
v. Gebsattel au centre droit
Batailles de la Guerre mondiale, volume 6
Batailles de la Guerre mondiale, volume 6

Les combats se prolongèrent bien avant dans la nuit du 21 septembre 1914. La prise de Vigneulles s’avéra la plus difficile. De fortes forces françaises s’étaient retranchées dans les maisons et les caves. Des positions de campagne avaient été aménagées dans les environs du cimetière. Malgré leur supériorité numérique, les éléments attaquants du 6. Königl. Bayer. Infanterie-Regiments (6e régiment d’infanterie bavaroise) ne parvinrent d’abord pas à progresser par la route traversant le centre du village entre Hattonchâtel et Heudicourt (actuelle D 179). Les Bavarois furent repoussés à plusieurs reprises. Dans les rues, il y eut de violents combats corps à corps, des incendies criminels ainsi que des massacres de défenseurs.

La conquête du village ne réussit que bien après minuit à l’aide d’une pièce d’artillerie de la 1re batterie du Kgl. Bayer. 3. Feldartillerie-Regiments (3e régiment d’artillerie de campagne bavarois) sous le commandement de son chef, le sous-lieutenant Quesner. Elle s’était mise en position à la lisière du village et avait ensuite été poussée à l’intérieur du village par les serviteurs de l’artillerie et l’infanterie. Par des tirs directs, des maisons isolées d’où partait une résistance furent détruites à bout portant. Après la prise du village de Hattonville, situé au nord, et la menace d’encerclement qui pesait sur les Français, les défenseurs restants s’enfuirent de Vigneulles. La localité brûlait encore des jours plus tard. Partout gisaient des cadavres, des carcasses d’animaux et des équipements. La partie est du village jusqu’à l’actuelle D 179 fut complètement détruite par les combats.

Afin d’empêcher les Français de réorganiser leurs troupes restantes et d’amener des réserves, la poursuite de l’attaque allemande avait déjà été ordonnée pour le matin du 21 septembre 1914. Le V. Preußisches Armeekorps (Ve corps d’armée prussien) et le III. Bayerisches Armeekorps (IIIe corps d’armée bavarois) devaient s’emparer des Côtes de Lorraine et progresser suffisamment vers l’ouest pour que, la nuit suivante, l’artillerie lourde puisse se mettre en position contre les fortifications de la Meuse de Troyon, du Camp des Romains et des Paroches. Pour les Prussiens, il s’agissait de gravir les hauteurs de la Meuse entre Herbeuville et Saint-Maurice avec la 9e et la 10e division.

L’artillerie devant être engagée auprès du III. Bayerisches Armeekorps contre les forts du Camp des Romains, des Paroches et de Liouville devait monter pour l’essentiel le long des routes de Chaillon à Heudicourt (actuelle D 133) et de Varvinay à Savonnières (actuelle D 162). Les positions de protection prévues se trouvaient au sud-ouest, à l’intérieur de la grande zone boisée, approximativement sur une ligne allant de la localité de Woinville en passant par l’ancienne abbaye St-Christophe, les forêts de Wawroils, de Verzel, par la Côte Ste. Marie, puis le long de la lisière nord des forêts de Narmont, de Chanot et de Gilaumont. Là, et donc dans le secteur de la brèche de Spada, se trouvait la limite entre les secteurs de combat du V. Preußisches Armeekorps et du III. Bayerisches Armeekorps.

Contrairement aux Prussiens, qui progressaient à peine parce qu’ils devaient lutter contre un feu de flanc de l’artillerie provenant de la zone de la hauteur de Combres et qu’ils se laissaient engager dans des escarmouches coûteuses en vies humaines dans les denses forêts des Côtes de Lorraine, l’avancée des unités bavaroises fut plus favorable. À la pointe du jour, le 10. Königl. Bayer. Infanterie-Regiment (10e régiment d’infanterie bavaroise) et le 13. Königl. Bayer. Infanterie-Regiment (13e régiment d’infanterie bavaroise) pénétrèrent dans les forêts situées au-dessus d’Hattonchâtel. Les troupes ne rencontrèrent qu’une résistance isolée. Plus au sud, l’aile droite de la 5. Bayer. Infanterie-Division (5e division d’infanterie bavaroise), avec le 11. Königl. Bayer. Infanterie-Regiment (11e régiment d’infanterie bavaroise), progressa, occupa l’élévation marquante et centrale située à la sortie est de la brèche de Spada (aujourd’hui : Haut Plain) et prit sans résistance les localités de Varvinay et Savonnières. Les éléments de la 5. Bayer. Division situés plus à l’est avancèrent également et prirent les positions de protection d’artillerie prévues dans la zone des hauteurs de le Mont et de Butte de Montsec.

Le soir du 21 septembre 1914, le 13. Königl. Bayer. Infanterie-Regiment avait atteint la zone de l’ancienne Prämonstratenser-Abtei l’Etanche près de Deuxnouds-aux-Bois ainsi que la ferme adjacente. Des escarmouches y eurent lieu avec des unités françaises retranchées. Aucune liaison n’avait encore été établie avec les troupes prussiennes combattant au nord, de sorte qu’une avancée ultérieure dut être provisoirement ajournée. De plus grands rassemblements de troupes françaises furent observés alors qu’ils se retiraient vers l’ouest.

Combats près de Lamorville et de Spada du 22 au 24 septembre 1914

Le 22 septembre 1914, les positions de protection d’artillerie prévues devaient être atteintes. Le 10. Königl. Bayer. Infanterie-Regiment (10e régiment d’infanterie bavarois) avait pour mission de prendre les localités de Lavignéville et de Lamorville, de percer la vaste zone boisée (Gilaumont, le Chanot, Narmont) en direction de la Meuse et d’occuper les lisières nord des bois. Dans le dense brouillard matinal, la prise de Lavignéville réussit presque sans résistance. Lors de la progression vers Lamorville, le brouillard se dissipa soudainement. Une ligne de tirailleurs français et des colonnes successives d’une force de plus de 2 régiments furent aperçues alors qu’elles marchaient sur les Bavarois à une distance de tout juste 1,5 kilomètre. Le feu fut immédiatement ouvert. Des combats intenses en terrain découvert s’ensuivirent. Les Français, supérieurs en nombre, réussirent à pénétrer au nord dans le bois de Lamorville et à menacer le flanc des Bavarois. Des troupes prussiennes, on ne voyait toujours rien. Vers midi, l’artillerie de campagne amenée sur place put apporter un certain soulagement. Ce n’est que dans l’après-midi que le preußische 47. Infanterie-Regiment (47e régiment d’infanterie) atteignit le théâtre des opérations. Progressivement, l’attaque française s’affaiblit. Enfin, vers 15 h 00, les Français se replièrent en direction du nord et de l’ouest.

Également dans la matinée du 22 septembre 1914, d’autres éléments du 10. Königl. Bayer. Infanterie-Regiments (10e régiment d’infanterie royal bavarois) avaient pénétré dans le bois de Gilaumont. Une forte résistance se fit immédiatement sentir. Jusqu’au soir, on réussit seulement à avancer vers l’ouest jusqu’à l’orée du bois de Chanot, à peu près à la hauteur de la localité de Spada. Le déploiement de l’artillerie avait alors été achevé comme ordonné. Les pièces étaient en position, prêtes à faire feu. Dans la matinée du 23 septembre 1914, on commença méthodiquement le bombardement des forts du Camp des Romains, des Paroches et de Liouville. Comme on craignait, en raison de la situation confuse dans le bois de Chanot, une mise en danger des positions d’artillerie par un encerclement, toute la zone forestière devait être conquise. En outre, il s’agissait ainsi de devancer une attaque française redoutée depuis le triangle Lacroix-Maizey-Lamorville et d’occuper la crête non boisée autour de la Côte 294, à l’est du village de Rouvrois-sur-Meuse, qui entravait la vue vers le nord. De là se développa, le 24 septembre 1914, le combat de Spada.

Encore le 23 septembre 1914, l’attaque se poursuivit dans le Chanot-Wald. Partout, des groupes français reculèrent en combattant. De féroces fusillades eurent lieu dans ce terrain forestier difficile d’accès. Vers l’après-midi, la lisière de la forêt fut atteinte, lorsqu’une forte ligne de tirailleurs français fut aperçue à seulement quelques centaines de mètres de distance et immédiatement prise sous le feu. Les Français reculèrent.

Vers 17 h 00, l’ordre divisionnaire attendu concernant l’attaque de la crête située à l’est de Rouvrois-sur-Meuse arriva. Des éléments des régiments 10 et 13 passèrent à l’attaque vers 20 h 00 avec le soutien d’autres unités. Le temps pressant, une reconnaissance préalable du terrain d’attaque fut omise. Dans le fond de la vallée entre les villages en flammes de Spada et de Lamorville, on constata avec surprise qu’il était impossible de traverser le ruisseau de la Creuë en raison des pluies. Des solutions furent recherchées. Près du moulin de Relincourt, on trouva deux passerelles en bois que les régiments empruntèrent péniblement pour traverser. Beaucoup de temps fut perdu.

À minuit, les troupes s’enterrèrent en champ ouvert en contrebas de la crête. Au petit matin du 24 septembre 1914, les Bavarois étaient alors parvenus sur la crête de la Côte 294. De forts détachements français sur la route de Lamorville à Lacroix (l’actuelle D 162) devinrent visibles. Après l’ouverture du feu, les Bavarois subirent de massifs tirs d’artillerie française provenant de la direction du fort des Paroches ainsi que du Selousewald.

K.B. Infanterie-Regiment Nr. 10
K.B. Infatnerie-Regiment Nr. 10 (10e régiment d’infanterie bavarois)
Ernst Röhm comme Hauptmann, 1918
Ernst Röhm comme Hauptmann, 1918

Au nord-est, la preuß. 10. Division (10e division d’infanterie), qui devait soutenir l’attaque, n’avait pas progressé en raison d’un malentendu. La situation des Bavarois devint menaçante. Les Français renforçaient continuellement leurs forces. L’artillerie française causa des pertes massives. Ce ne fut qu’avec peine qu’une attaque de flanc venant du Selousewald put être repoussée. Vers l’après-midi, une attaque de dégagement du 47. preuß. Infanterie-Regiments (47e régiment d’infanterie prussien) sur le Selousewald s’effondra sous le feu de l’artillerie ennemie. Des éléments du 6. Königl. Bayer. Infanterie-Regiments (6e régiment d’infanterie royal bavarois), qui se trouvaient au centre en première ligne, furent retirés malgré la situation dangereuse pour participer à l’attaque contre le Fort du Camp des Romains. À la tombée de la nuit, les maigres restes des troupes bavaroises se replièrent sur les lisières forestières nord du Gilaumont et de le Chanot. L’attaque avait échoué.

Les pertes de la troupe furent immenses pour l’année 1914. Le 10. Regiment avait perdu 12 officiers et plus de 700 Unteroffiziere (sergent) et hommes de troupe, le 13. Regiment 13 officiers et plus de 360 hommes. Les bataillons ayant pris part à l’attaque étaient réduits à l’effectif d’une compagnie. Les régiments n’avaient pas eu à subir de pertes plus élevées, même lors des engagements devant Verdun et dans d’autres batailles de la Guerre mondiale. Lors de l’attaque du 24 septembre 1914, un jeune officier fut grièvement blessé au visage alors qu’il était adjudant du I. Bataillons du 10. Königl. Bayer. Infanterie-Regiments (10e régiment d’infanterie royal bavarois), officier qui devait acquérir une notoriété douteuse pendant la période du national-socialisme : l’Oberleutnant (lieutenant) d’alors et futur chef de la SA Ernst Röhm.

Avec l’échec de l’attaque sur la Côte 294, les principaux efforts offensifs dans la région de la trouée de Spada prirent fin. Même si la prise des hauteurs situées à l’est de Rouvrois-sur-Meuse avait échoué, la fixation d’unités françaises permit néanmoins le déploiement d’artillerie sans entrave, condition essentielle pour la prise de la ville de Saint-Mihiel, réussie le 24 septembre 1914, et la prise d’assaut du fort du Camp des Romains, qui réussit de manière sensationnelle un jour plus tard. Par là, les Français perdirent un pilier essentiel de leur défense orientale entre Verdun et Toul. La possession du fort du Camp des Romains garantit aux troupes allemandes la suprématie logistique et d’artillerie dans la région pour les quatre années suivantes.

quatre ans de guerre de position

Néanmoins, le succès n’était pas sans ombre. La rive occidentale de la Meuse, y compris les localités de Rouvrois-sur-Meuse et de Maizey, resta aux mains des Français, à l’exception d’une petite tête de pont près de la localité de Chauvoncourt. On n’avait pas réussi à prendre les forts de Paroches et de Troyon. À partir de fin septembre 1914, les Français prirent position sur les hauteurs de Rouvrois-sur-Meuse. Les troupes bavaroises établirent des positions à l’orée des bois de Gilaumont, de Chanot et de Narmont ainsi que sur les côtes 322 et 331 surplombant la vallée de la Meuse. Des grand-gardes allemandes furent établies dans le village détruit de Spada et près du moulin de Relincourt (anciennement moulin de Relaincourt). Après la prise de Lamorville, de fortes positions défensives furent créées à l’ouest et au nord du village. La ligne dut y être infléchie vers le nord, car les Prussiens n’avaient pas progressé sur les Côtes de Lorraine. Le front s’étirait sur les hauteurs de la Meuse le long du bois de Lamorville, puis à l’est des localités de Seuzey et de Vaux-lès-Palameix en direction de la Crête des Éparges. Dans la zone du bois de Spada, les lignes ennemies devaient pour l’essentiel subsister jusqu’à l’offensive franco-américaine de septembre 1918 et devenir par la suite l’un des secteurs de position les plus fortement fortifiés de tout le front occidental.

Trouée de Spada, Lücke von Spada, tracés des positions dans le secteur central de Spada, carte allemande de décembre 1916 sur fond de carte OSM
Trouée de Spada, Lücke von Spada, tracés des positions dans le secteur central de Spada, carte allemande de décembre 1916 sur fond de carte OSM

Après l’accalmie des combats, les deux camps ont tenté d’influencer positivement le tracé de leur propre position en exploitant habilement les possibilités offertes par le terrain. En l’occurrence, le camp allemand était de toute façon avantagé dans la partie centrale du secteur de Spada en raison des hauteurs et des forêts denses. Les Français occupèrent la crête autour de la Côte de Rouvrois, de sorte qu’un no-man’s-land d’environ un kilomètre de large se forma. Près de Maizey, les lignes de front se rapprochèrent, car les Français devaient sécuriser la route longeant la vallée de la Meuse en direction de Verdun, l’actuelle D 964. Plus à l’est, près des localités de Lavignéville et de Lamorville, la position passait par un terrain découvert. Aux deux extrémités de la position de Spada proprement dite, il y eut à plusieurs reprises des combats plus intenses au cours des mois suivants, tandis que les combats dans le centre s’apaisèrent progressivement.

Jusqu’au milieu de l’année 1916, le secteur de Spada devait devenir la zone d’opération de la 11. Königlich-Bayerischen Infanterie-Brigade (11e brigade d’infanterie royale bavaroise) avec les régiments 10 et 13. Le Kgl. Bayer. 10. Infanterie-Regiment König (10e régiment d’infanterie bavarois du Roi) devait occuper la partie orientale de la zone boisée depuis le village de Lavignéville jusqu’aux environs du milieu du bois de Narmont. Au Kgl. Bayer. 13. Infanterie-Regiment Franz Josef I., Kaiser von Österreich und Apostolischer König von Ungarn (13e régiment d’infanterie bavarois François-Joseph Ier, empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie) était attribuée la partie adjacente à l’ouest de la chaîne de collines, y compris les Côtes 322 et 331 situées le long de la vallée de la Meuse, dites Côte Ste-Marie.

Immédiatement après la création de la ligne de front, les Bavarois entreprirent d’aménager les positions. Progressivement, la tranchée de combat avant fut entièrement maçonnée, taillée dans le roc ou bétonnée.

d'après : Moritz Mark, Das K.B. 13. IR, Munich 1922
d’après : Moritz Mark, Das K.B. 13. IR, Munich 1922

À intervalles réguliers s’ajoutaient des blockhaus d’infanterie, des observatoires ainsi que des emplacements de mitrailleuses et de Minenwerfer (lance-mines). Par endroits, ces installations, qui sont pour la plupart encore bien conservées aujourd’hui, n’étaient espacées que de moins de 50 mètres. Certaines portions de position et tranchées reçurent les noms d’officiers des unités qui y étaient engagées. On trouvait par exemple, au centre du bois de Chanot, la « position Staubwasser », nommée d’après Oskar Staubwasser, capitaine et commandant du 2e bataillon du K.B. IR 10 (10e régiment d’infanterie bavarois), au nord de celle-ci la « position Körnlein », nommée d’après le lieutenant de réserve Körnlein, chef de la 12e compagnie du K.B. IR 10, et plus au nord encore la « position Sonntag », nommée d’après le capitaine Sonntag, d’abord chef de compagnie, puis commandant du 3e bataillon du K.B. IR 10. Bien qu’à partir de 1916 des unités d’autres régions allemandes aient également occupé les positions, les désignations remontant aux troupes bavaroises furent pour la plupart maintenues jusqu’à la fin de la guerre.

Plan de la localité de Spada, 1915
Plan de la localité de Spada, 1915

Puisque, pour un système de positions fonctionnel, il fallait non seulement des tranchées de combat, mais aussi des installations d’approvisionnement et de ravitaillement ainsi que des possibilités de logement pour les troupes de remplacement et de réserve, les localités situées à l’arrière du front furent aménagées. Situé au milieu du no man’s land, le village de Spada fut fortement fortifié en tant que point d’appui et totalement détruit au cours des années de guerre suivantes. Des zones de campement furent créées dans les forêts et les vallées à l’arrière des positions. Parmi les camps importants du secteur de Spada figuraient le « camp de rassemblement Königsmulde », situé au centre de la forêt de Chanot, le « camp de rassemblement Kaiserschlag », situé sur la « route de Saint-Mihiel » (actuelle D 901), ainsi que le « camp de rassemblement Neu-Rothenburg », situé sur l’actuelle D 162 entre Lamorville et Varvinay. Des deux premiers, il reste des vestiges bien conservés, comme pour le « camp de rassemblement Königsmulde » avec les vestiges du cimetière militaire correspondant du Königl. Bayer. Infanterie-Regiment 10 (10e régiment d’infanterie bavarois). S’y ajoutaient des camps plus proches du front, comme surtout le « camp de rassemblement Pionier-Hügel » situé immédiatement derrière les lignes de première ligne centrales.

Dès le début de l’année 1915, il n’y eut plus d’activités de combat majeures. Le secteur de Spada était devenu une zone de combat de dernier ordre. Les travaux de construction furent intensifiés. Outre un réseau dense de chemins de fer de campagne (voie de 60) et de chemins aménagés, des lignes électriques furent posées dès la fin de 1914 jusque dans les camps de rassemblement. Par endroits, les lignes furent tirées jusqu’aux premières lignes afin d’alimenter du matériel de mineur tel que des forets et des burins, ainsi que des réseaux de barbelés électrifiés ou des champs de mines.

À partir de la localité de Varvinay, un réseau de conduites d’eau motorisé fut créé dès le second semestre 1915 pour desservir les camps et les positions avancées. Après des difficultés initiales dues à des ruptures de canalisations et à des pannes de pompes, l’alimentation en eau fonctionna sans heurts à partir du printemps 1916 au plus tard. Dans les localités situées à l’arrière du front, de vastes installations logistiques furent érigées pour la troupe. Ainsi, en ce qui concerne la localité de Varvinay, il est fait mention d’une fabrique d’eau minérale, d’une piscine et d’un établissement de bains chauds mis en service dès novembre 1915 dans le lavoir municipal. À partir de janvier 1916, des prisonniers de guerre russes furent employés à la construction de routes et de chemins. Ceux-ci étaient logés dans une zone de campement surveillée située sur la route de Saint-Mihiel (actuelle D 901).

Lion de Valbois, érigé dans le cimetière de la route de Saint-Mihiel
Lion de Valbois, érigé dans le cimetière de la route de Saint-Mihiel

Avec la bataille de Verdun, la période de présence continue des troupes prit fin dans le secteur de Spada. Les deux belligérants utilisèrent les zones de front correspondantes, plus calmes, pour le renforcement et le repos des unités épuisées. À la mi-juin 1916, alors que la bataille de Verdun approchait de son point culminant et que, de surcroît, les Britanniques et les Français déclenchaient la bataille de la Somme, la période de position pour les régiments bavarois 10 et 13 était terminée. Ils avaient marqué le secteur de Spada pendant deux ans. Les troupes du IIIe corps d’armée bavarois furent retirées du front et jetées dans l’enfer de Verdun. Le secteur de Spada fut repris, avec des rotations durant parfois seulement quelques mois, par des unités qui avaient auparavant été engagées sur tous les points chauds du front occidental. Cela comprenait également des troupes bavaroises, par exemple à partir de novembre 1916 des régiments de la 2. Bayerische Infanterie-Division (2e division d’infanterie bavaroise) qui avaient combattu à Verdun et sur la Somme, puis également des éléments de la 5. Bayerische Reserve-Division (5e division de réserve bavaroise), qui avaient été engagés tant sur la Somme que dans la bataille de l’Aisne (offensive Nivelle). Au cours de l’année 1917, des unités vinrent s’y ajouter qui avaient combattu dans les intenses batailles de la Flandre belge, telles que des éléments de la 208. Infanterie-Division (208e division d’infanterie), qui avait été presque entièrement anéantie en août 1917 pendant la troisième bataille de Flandre.

En 1918 également, l’attention se porta d’abord sur d’autres secteurs du front occidental, notamment dans le contexte des grandes offensives allemandes désignées sous le nom de Grande Bataille en France, qui se soldèrent toutes par des échecs. En réaction aux défaites allemandes, les Alliés décidèrent, sous commandement américain, de liquider le Saillant de Saint-Mihiel. Dès 1915, les Allemands avaient commencé la construction d’une position de corde qu’ils prévoyaient d’occuper à partir du 10 septembre 1918 en prévision de l’attaque. Plus tôt que prévu, l’attaque franco-américaine fut lancée le 12 septembre 1918 ; elle devait se développer sous la forme d’un mouvement en pince à deux pointes d’attaque, au sud-est contre la zone située entre le village de Flirey et le Priesterwald (Bois-le-Prètre) ainsi qu’au nord-ouest en direction de la Crête des Éparges et vers l’est en passant par le village de Hattonville. L’objectif était d’encercler et d’anéantir les troupes allemandes dans le saillant.

de : W. Volkhard, St. Mihiel 1918, ASMZ, vol. 121, cahier 9, 1955
de : W. Volkhard, St. Mihiel 1918, ASMZ, vol. 121, cahier 9, 1955
Le maréchal Foch et le général Pershing
Le maréchal Foch et le général Pershing

Dans le secteur de Spada se trouvait à ce moment-là la 192. Königlich-Sächsische Infanterie-Division (192e division d’infanterie royale saxonne) et, immédiatement à l’est, la 5. Landwehr-Division (5e division de Landwehr). Les unités françaises face à elles n’attaquèrent qu’avec plusieurs heures de retard. Les Allemands n’échappèrent à l’encerclement que parce que, dans l’après-midi du 12 septembre, la retraite hors de la pointe du saillant fut entreprise à la dernière minute. De plus, les formations autrichiennes de la 35. k.u.k. Division (35e division k.u.k.) stationnées sur les hauteurs de la Meuse ainsi que la 13. Landwehr-Division (13e division de Landwehr) qui défendait le Combres-Abschnitt au nord de celles-ci avaient pu empêcher une progression de la pointe d’attaque nord des Américains jusqu’au 13 septembre 1918. Cependant, en seulement trois jours, le Saillant de Saint-Mihiel, tenu et fortement aménagé par les Allemands pendant quatre années de guerre, fut perdu.

Situation actuelle et possibilités d’exploration

Il existe peu de secteurs de position qui, dans la zone des champs de bataille de Verdun, de l’Argonne ainsi que du Saillant de Saint-Mihiel offrent des vestiges plus impressionnants du système de positions allemand pour une exploration historique militaire. Sur de vastes portions, les tranchées allemandes, qui constituaient à elles seules environ 13 kilomètres rien qu’en première ligne, sont encore remarquablement bien conservées. Au vu de l’état généralement excellent des installations bétonnées, on peut difficilement deviner que ces vestiges d’affrontements armés ont désormais plus de 100 ans.

Une exploration du secteur de Spada prend un certain temps et exige une bonne condition physique en raison de la topographie du terrain. Rien que pour le côté allemand des anciennes positions, il convient de prévoir trois excursions indépendantes.

On peut commencer les explorations dans la zone de la forêt centrale de Spada à partir d’un emplacement de stationnement situé à environ 250 mètres à l’intérieur de la forêt. Pour y parvenir, on prend, à partir du monument aux morts français dans le village de Spada, le chemin qui bifurque vers le sud en direction de la forêt, qui est libre et praticable. À l’intérieur du village, le chemin s’appelle « Rue Dite sur les Traveaux ». Depuis l’emplacement de stationnement, le système de positions allemand avant peut être parcouru aussi bien vers l’est que vers l’ouest.

Le secteur de positions sur les Côtes 322 et 331 s’explore au mieux en partant de plusieurs emplacements de stationnement situés au centre de la Côte Ste-Marie. Un chemin également libre et bien praticable, partant de la D 964 un peu au sud-est du village de Maizey, y mène. Sur la carte IGN TOP 25, la bifurcation s’appelle « Croix Marchal ».

Chapelle Ste-Marie, 1917
Chapelle Ste-Marie, 1917