Vouziers – ville d’étape au centre du département des Ardennes 1914-1918



Vouziers est une ville française située dans le département des Ardennes et dans la région Grand Est. La localité, mentionnée pour la première fois au 12e siècle, se trouvait déjà au Moyen Âge au carrefour d’importantes routes commerciales. Vouziers devint rapidement un centre régional et, à partir du milieu du 16e siècle, un marché important pour les produits liés à l’agriculture, en particulier pour le commerce des grains et la vannerie.




Vouziers fut traversée sans combat dans les premiers jours de septembre 1914 lors de la poursuite des troupes françaises en recul par des éléments des VIII. Armee- und VIII. Reserve-Korps (VIIIe corps d’armée et VIIIe corps de réserve), qui appartenaient à la 4. (württ.) Armee (4e armée). Jusqu’à la mi-octobre 1914, l’Armee-Oberkommando 4 était établi à Vouziers. Après son transfert sur le front des Flandres, les unités des deux corps passèrent sous le commandement de l’Armee-Oberkommandos 3 saxon alors compétent dans ce secteur. D’octobre 1915 à janvier 1917, l’AOK 3 maintint son quartier général, auparavant établi à Bétheniville, dans le bâtiment de la sous-préfecture actuelle de Vouziers. Jusqu’à l’offensive alliée de « offensive de Meuse-Argonne » à l’automne 1918, il se trouvait ensuite au « Château-Maison-Rouge » près de Les Alleux.
Par ailleurs, Vouziers abrita au cours de la guerre des installations d’étape changeantes, des unités de commandement de divers corps, de divisions isolées et d’éléments de troupes subordonnés.
Des régiments et des bataillons isolés furent également cantonnés par intermittence dans la ville. Notamment dans les grands bâtiments de l’ancienne caserne de cuirassiers française et dans la fabrique de paniers située en ville et utilisée comme cantonnement de troupes dans la rue Gambetta, alors « Kaiser-Wilhelm-Straße ». Sur le site se trouvent aujourd’hui le Cinéma Les Tourelles et la Bibliothèque Ludothèque Marcel Ortega. Du bâtiment jadis imposant, seul le portail richement orné a été conservé.
Pendant les offensives allemandes du printemps 1918 et jusqu’au repli au cours de l’offensive alliée « Meuse-Argonne », le commandement général du groupe Perthes sous les ordres du General Adolf Wild von Hohenborn se trouvait dans la ville.

Dès le 8 septembre 1914, avant même le point culminant de la bataille de la Marne, des éléments du bataillon d’infanterie de Landsturm saxon n° 1 « Leipzig » (47e brigade de Landsturm, XIXe corps d’armée, 3e armée), avec les 1re et 3e compagnies, atteignirent la ville de Vouziers. Les deux autres compagnies suivirent quelques jours plus tard.
Le Landsturm saxon était initialement prévu pour le service d’étape derrière la zone d’opérations de la 4e armée (wurtembergeoise). À Vouziers fut créé à cet effet le « commandement d’étape mobile n° 9 ». Le premier commandant était le Rittmeister (capitaine de cavalerie) Dinglinger, K.S. LstInfB. Nr. 1 « Leipzig ». À partir d’octobre 1914, après la réorganisation des troupes sur le front occidental, l’inspection d’étape 3, sise au chef-lieu d’étape de Rethel, fut compétente en tant qu’autorité supérieure. Le commandement y était exercé par l’inspecteur d’étape de la 3e armée (saxonne), GenLt. (général de division) Adolf Graf von Westarp.
On appelait « étape » la section située derrière la « zone d’opérations » de la troupe combattante, qui ne pouvait être atteinte par l’artillerie ennemie, ou ne l’était qu’avec difficulté. Au fil du temps, il en résulta une structure organisationnelle et de commandement très complexe, s’étendant du quartier-maître général auprès de l’Oberste Heeresleitung (OHL) en passant par les inspecteurs d’étape respectifs des différentes armées, les commandements d’étape, jusqu’aux commandements locaux individuels.
Des milliers de fonctionnaires civils et de soldats, pour la plupart membres d’unités de Landwehr et de Landsturm, des classes d’âge plus anciennes et souvent des hommes « non instruits militairement », étaient intégrés dans le système des étapes. Le Landsturm se recrutait dans toutes les couches de la société. Avocats, juges, médecins, scientifiques accomplissaient leur service en fonction de leur grade, sans considération de personne, aux côtés d’ouvriers, d’agriculteurs et d’artisans.
Discrédités avec mépris, en particulier au cours des dernières années de la guerre, sous le nom de « Etappenhengste », les soldats du Landsturm durent organiser l’ensemble des communications logistiques avec la troupe combattante et son ravitaillement en tout le nécessaire. Était également subordonné à l’administration de la zone des étapes (Etappenverwaltung) le service des chemins de fer et des chemins de fer de campagne (voie de 60) dans la région concernée, de même que le pouvoir de police et la juridiction tant pour les personnes civiles que militaires, ainsi que le service du ravitaillement et de santé. Des habitants locaux furent recrutés ou réquisitionnés en grand nombre. En outre, des prisonniers de guerre furent employés. Ces auxiliaires furent affectés en particulier dans le secteur de la construction et dans l’agriculture.
La tâche initiale du Landsturm devait être la sécurisation des localités traversées lors de l’avance ainsi que des liaisons routières et ferroviaires. Le ravitaillement de la troupe combattante et des blessés s’y ajouta rapidement. Il est attesté pour le K.S. LstInfB. „Leipzig“ qu’après la prise en charge du service des étapes à Vouziers, du seul 9 au 30 septembre 1914, un total de 47 794 repas furent distribués aux soldats montant vers le front et aux blessés revenant du front. En outre, au cours de cette période, 2 457 blessés reçurent des soins de première urgence dans des hôpitaux militaires provisoires avant de pouvoir être transportés par train vers de grandes villes telles que Sedan ou directement en direction du territoire du Reich.
Après l’instauration de la guerre de position, l’ensemble du service du ravitaillement dut être organisé. À Vouziers et dans les environs également, des installations industrielles et des entreprises artisanales encore en état de marche telles que des boulangeries, des boucheries, des scieries, ainsi que des exploitations agricoles entières furent réactivées afin d’assurer également le ravitaillement de la troupe combattante à partir des ressources du territoire occupé.








Contrairement aux localités d’étape situées plus en arrière, il ne reste que peu de chose de l’aspect urbain originel de Vouziers, pourtant immortalisé sur de nombreuses photos de soldats, hormis sur les photographies elles-mêmes. Le centre, autour de la place du marché (Place Carnot), a été particulièrement détruit par l’artillerie française et américaine au début de l’« offensive Meuse-Argonne ». Fin octobre 1918, pendant la « bataille de Vouziers », les troupes allemandes devaient reconquérir les hauteurs situées sur la rive est de l’Aisne, qui faisaient partie de la position Brunhild. À cette occasion, l’artillerie allemande a également pilonné Vouziers, réoccupée par les Français. De nouvelles destructions ont eu lieu pendant la campagne de France de la Wehrmacht allemande au début de l’été 1940.
Vouziers – « Der Landsturm – Seul hebdomadaire militaire allemand sur le sol français »
On ne trouve que peu d’informations détaillées sur Internet concernant l’histoire de la ville de Vouziers et surtout les événements survenus pendant la période d’occupation allemande lors de la Première Guerre mondiale. On trouve des renseignements dans un ouvrage imprimé d’époque, produit et publié dès octobre 1914 par des soldats allemands au 15 de la maison « Leipziger Straße » (Rue Chanzy) :

Pour l’évolution du « Landsturm », un article d’époque tiré de la revue spécialisée « Archiv für Buchgewerbe », 51e tome, partie 2, année 1914, page 279 et suiv. offre des détails intéressants :
« Der Landsturm est le nom d’un journal qui paraît dans la ville française de Vouziers et qui, d’après les mentions du titre, représente le seul hebdomadaire militaire allemand sur le sol français. Il s’agit de quatre professionnels des arts graphiques de Leipzig, à savoir messieurs : Berger, Rauch, Vogt et Ludwig, qui sont stationnés à Vouziers avec la 3e compagnie du bataillon de Landsturm royal saxon no 1 de Leipzig et qui y ont entrepris de rendre possible la publication du journal dans l’ancienne imprimerie Livoir. Auparavant, on y publiait le journal L’Impartial de Vouziers, Journal de L’Arrondissement, Politique, Littéraire, Agricole, Commercial & D’Annonces, qui paraissait les mercredis, vendredis et dimanches ; celui-ci a maintenant été remplacé par la feuille du Landsturm.
Le journal est rédigé par les officiers de la 3e compagnie. Le commandant du bataillon est le Major (chef de bataillon) Rühle, les autres officiers sont l’Oberleutnant (lieutenant) Schrömbgens, avocat à la Cour suprême du Reich (Reichsgericht) à Leipzig et chef de la 3e compagnie ; l’Oberleutnant Meyer, avocat à Leipzig ; le Leutnant (sous-lieutenant) Singer, fondé de pouvoir de la maison bancaire Meyer & Co., Leipzig ; le Leutnant Ostwald, fils du professeur bien connu de Leipzig.
Notre illustration montre le bâtiment de l’imprimerie et le croquis situé en dessous, l’aménagement des pièces. Le bâtiment mesure environ 6 mètres de large sur 17 mètres de profondeur et possède à l’avant une vitrine de magasin dans laquelle sont exposés à présent toutes sortes d’écrits et d’images patriotiques, parmi lesquels figure également une représentation de l’obus de 42 centimètres. Les membres de l’entreprise du Landsturm se tiennent devant l’entrée du magasin, de gauche à droite : le compositeur Vogt, le compositeur Berger, le contremaître Rauch et l’imprimeur Ludwig.
Il ressort d’une description qui nous a été envoyée que les conditions sanitaires y sont foncièrement mauvaises, telles qu’elles ne sauraient exister chez nous. Le choix de caractères et de matériel d’ornement est très restreint, les filets en laiton sont pour ainsi dire inexistants, on dispose en revanche de blancs en plomb qu’il faut raboter à la bonne taille. L’imprimerie comprend une presse rapide au format de 78 x 55 centimètres de la fabrique de Marinoni, à Paris. La machine est à encrage par table et est mal entretenue, les axes des rouleaux sont tordus, de sorte que les rouleaux sautent lors de leur passage sur la forme. Il n’en est que plus louable qu’en dépit de ces conditions mécaniques défavorables, une impression de journal aussi soignée ait pu être rendue possible. Une presse à platine nommée LaMinerve, provenant de la maison S. Berthier & Dewey, à Paris, est en un état un peu meilleur. Elle possède divers dispositifs pratiques et l’on y a produit un certain nombre de petits imprimés de ville qui nous ont également été envoyés et dont il ressort que l’entreprise de la Landsturm accomplit également dans ce domaine des réalisations louables et directement utiles, en produisant entre autres les imprimés nécessaires pour la commandature de l’étape. Nous reproduisons en réduction une annonce du commandant Dinglinger, qui méritait d’être généralement connue et dont il appert qu’il est pourvu autant que possible aux besoins de la population rudement éprouvée par la guerre, puisqu’il y est annoncé qu’à partir du dimanche 15 novembre, au 22 de la rue Gambetta, au 1er étage, une vente de toutes sortes de vêtements et d’autres objets aura lieu à des prix modérés contre paiement immédiat.
(…) En raison du transfert de la compagnie de la Landsturm de la route des étapes vers un autre lieu, la parution du journal de la Landsturm était alors compromise ; cela avait également été annoncé dans le n° 5 et ce numéro avait en même temps été désigné comme numéro d’adieu. Entre-temps, un nouveau n° 6 nous est cependant parvenu, contenant l’avis suivant :
Son Altesse Royale le prince héritier de Saxe avait, ainsi qu’il a été communiqué dans le dernier numéro, exprimé l’espoir qu’il serait possible de continuer à faire paraître notre journal même si notre compagnie devait être déplacée hors de Vouziers. Grâce aux efforts extraordinaires de Son Excellence Monsieur le Generalleutnants (général de division) Mueller, commandant de la 47e brigade mixte de Landwehr, et grâce au soutien précieux de l’inspection des étapes 3, la rédaction est mise en mesure jusqu’à nouvel ordre de continuer à éditer le journal depuis son emplacement actuel et de le faire fabriquer par nos imprimeurs de la Landsturm.
Nous espérons qu’à nos collaborateurs habituels, sur le soutien continu desquels nous pouvons compter, s’en ajouteront beaucoup de nouveaux, dont nous sollicitons les contributions auprès de l’un des membres soussignés de la rédaction (3. Komp. I. Saechs. Landst.-Inf.-Batl. Leipzig, inspection des étapes 3). Les numéros suivants de notre journal seront également, comme les précédents, placés sous la devise :
Avec Dieu pour le Roi et la Patrie.
Avec Dieu pour l’Empereur et l’Empire !
Pont-Faverger, le 29 novembre 1914.
Schroembgens, Meyer, Singer,
Oberleutnant. Leutnant. Leutnant.
La rédaction de l’Archiv für Buchgewerbe se trouve en possession, grâce à la bienveillante attention de l’entreprise de la Landsturm, de tous les numéros du journal de campagne, qui sont transférés aux collections du Deutscher Buchgewerbeverein pour y être conservés avec soin. Si insignifiant que soit ce produit imprimé, il n’en représente pas moins un document culturel tout à fait singulier de cette époque terriblement grave, tel qu’on ne le trouvera certainement pas dans les rangs de nos ennemis, qui nous traitent de barbares. »
Source : « Archiv für Buchgewerbe », 51e volume, année 1914, page 279 s.




Pour la fabrication du journal, on a eu recours à des machines à imprimer françaises, qui utilisaient naturellement aussi des compositions de caractères françaises. Cela explique pourquoi, dans les textes et les annonces, à côté de l’« Eszett », tous les trémas sont absents. Il a fallu utiliser à la place les combinaisons de lettres « ae », « ue » et « oe ». On trouve également de manière isolée et probablement par inadvertance la lettre « é » avec un accent aigu.
« Einziges deutsches Militär-Wochenblatt auf Frankreichs Flur » s’appelait « Der Landsturm » dans les numéros de campagne 1 (11 octobre 1914) à 7 (31 décembre 1914). Plus tard, le titre qu’il s’était lui-même attribué était « Erstes, ehemals einziges deutsches Militär-Wochenblatt auf Frankreichs Flur ».
Déjà, l’affirmation faisant référence à l’unicité n’était plus exacte au moment de la parution du journal militaire. C’est d’autant plus vrai pour la qualification ultérieure en tant que « erstes, ehemals einziges » média de ce genre. Dès septembre 1914, de nombreux ouvrages de presse militaire de ce type furent produits dans différentes unités, d’abord encore à petit tirage, et distribués aux soldats.
Des journaux militaires existaient en outre non seulement dans l’armée allemande, mais aussi dans la plupart des autres belligérants. Ils sont attestés dès le XVIe siècle. Ils firent leur apparition de manière accrue à partir de la fin du XVIIIe siècle. On connaît par exemple un exemplaire allemand de l’époque des guerres de Libération portant le nom de « Zeitung aus dem Feldlager ». Celle-ci parut pour la première fois le 23 septembre 1813 au quartier général de Lüneburg du général russe Baron Friedrich Karl von Tettenborn.
Les journaux de campagne et de soldats furent publiés au début de la Première Guerre mondiale d’abord par des soldats isolés, plus ou moins doués, avec des moyens simples et principalement pour les camarades de leur propre unité ou du secteur de front concerné. Avec leur contenu le plus souvent humoristique et satirique, ils avaient pour tâche de divertir les soldats, de les informer sur des événements régionaux tels que des foires religieuses, des festivités, des représentations théâtrales et, si tant est qu’on en parlât, seulement de manière générale sur le déroulement de la guerre ou sur des thèmes politiques de la patrie. On suppose que rien que dans les deux premières années de guerre, plus de 200 titres de ce genre ont paru dans les unités de front et des étapes. Malheureusement, seuls quelques exemplaires ont retrouvé le chemin de la patrie, de sorte qu’aujourd’hui seule une fraction de ces œuvres authentiques est conservée dans les archives ou les bibliothèques. La plus grande collection et la mieux mise en valeur se trouve dans la bibliothèque de l’Université de Heidelberg et est disponible sous forme numérique.
Au début, ces petites œuvres de travail de presse militaire furent créées en dehors de la sphère d’influence des autorités de commandement supérieures. Au milieu de l’année 1916, l’Oberste Heeresleitung (O.H.L.) y prêta toutefois attention et reconnut la possibilité de les utiliser pour orienter et influencer par la propagande les états d’esprit et les opinions dans la troupe. La « Feldpressestelle » fut créée auprès de l’état-major de l’armée de campagne, agissant de manière centralisée sur le flux d’informations dans la zone du front et des étapes jusqu’à la fin de la guerre. Petit à petit — souvent seulement sous la pression d’ordres correspondants — disparurent les journaux de soldats indépendants avec leurs articles étonnamment ouverts, critiques et parfois aussi frivoles. Ils furent remplacés par des journaux produits professionnellement au niveau des divisions, des corps d’armée et surtout de l’armée.
Le journal de campagne « Der Landsturm » échappa à cette fin forcée, même si ce ne fut pas un succès sur le fond. Comme l’annonçait la communication ci-contre de la rédaction tirée du 21e numéro de campagne paru le 31 octobre 1915, il devait s’agir de la dernière édition. La 3e compagnie du K.S. Landsturm-Infanterie-Bataillon Nr. 1 „Leipzig“ avait déjà été transférée en novembre 1914 de Vouziers à Pont-Faverger. Néanmoins, l’impression et la publication du journal avaient pu être maintenues avec un siège d’édition à Vouziers en dépit de difficultés. Fin octobre 1915, la plupart des officiers et hommes de troupe concernés avaient cependant été mutés vers différentes unités. La poursuite de la publication du «Landsturm » s’avéra n’être plus praticable.
D’anciens collaborateurs passèrent à d’autres journaux. Beaucoup d’entre eux travaillèrent dès lors pour le journal de soldat du VIII. Reserve-Korps (VIIIe corps de réserve), fondé dès janvier 1915 et publié d’abord à Monthois, puis à Savigny-sur-Aisne, „Champagne Kriegs-Zeitung“. D’autres trouvèrent un nouvel emploi auprès du „Champagne-Kamerad“ apparu pour la première fois en décembre 1915, journal de campagne officiel de la 3. Armee (3e armée).



Il convient de mentionner dans ce contexte la biographie de l’un des officiers responsables du journal de soldat „Der Landsturm“ : Oberleutnant Dr. Heinrich Schrömgens, chef de la 3./LstInfB. Nr. 1 « Leipzig » et l’un des rédacteurs dès le début.
Oberleutnant (lieutenant) Schrömbgens (1874–1956) était, tout comme son collègue officier et rédacteur l’Oberleutnant Meyer, avocat dans la vie civile. Après ses études, Schrömbgens exerça longtemps à Cologne et fut enfin admis comme avocat près la cour d’appel de Cologne (Oberlandesgericht Köln). Déjà durant leurs années d’études communes, une amitié étroite s’était nouée avec le notaire, futur maire de Cologne et premier chancelier fédéral, le Dr Konrad Adenauer.
Schrömbgens s’installa à Leipzig en 1912 et devint l’un des rares avocats expressément admis à ce titre auprès de la Reichsgericht locale. Malgré cette activité en vue, il partit à la guerre au début du conflit en tant que chef de la 3e compagnie du K.S. Landsturm-Infanterie-Bataillon Nr 1. „Leipzig“ (1er bataillon d’infanterie du Landsturm de Saxe « Leipzig »).
Après la fin de la guerre, Dr. Heinrich Schrömbgens reprit son activité d’avocat au Reichsgericht de Leipzig et exerça jusqu’à l’interruption de l’activité judiciaire en 1944 causée par la Seconde Guerre mondiale.
Bien que Schrömbgens se fût approprié à grande échelle des biens immobiliers juifs sous le national-socialisme, il fut admis après la guerre comme avocat d’abord auprès de l’Obersten Gerichtshof für die Britische Zone à Cologne, puis auprès du Bundesgerichtshof à Karlsruhe. En outre, il se vit attribuer en 1954 la Grande Croix du Mérite de la République fédérale d’Allemagne. À 79 ans, il était – et reste à ce jour – l’avocat le plus âgé de la Bundesgerichtshof.
Dr. Heinrich Schrömbgens fut notamment actif comme avocat des parties lésées dans l’un des procès d’après-guerre les plus curieux de la jeune république allemande, le soi-disant VW-Sparer-Prozess.
Vouziers – Cimetière civil et cimetière militaire allemand
On peut lire sur le site internet du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge e.V. que sur le cimetière militaire allemand Vouziers reposent 4 860 soldats allemands de la Première Guerre mondiale. Le cimetière aurait été aménagé après la fin de la guerre par les autorités militaires françaises comme cimetière de regroupement. Des transferts de corps ont été effectués depuis Vouziers et depuis la zone de 16 communes et localités environnantes. Sur le cimetière militaire même, il est indiqué que 3 200 soldats reposent dans une grande fosse commune et que 2 978 d’entre eux sont restés inconnus.



Certes, la conception actuelle du cimetière militaire, comme le formule à juste titre le Volksbund, remonte aux travaux des services français et allemands après la fin de la Première Guerre mondiale. Le terrain du cimetière militaire a cependant été utilisé intensivement à des fins d’inhumation par la troupe dès l’année de guerre 1916.
Outre des tombes individuelles, des fosses communes ont été aménagées dès l’année 1916 dans toutes les parties du cimetière ainsi qu’à l’emplacement de la fosse commune actuelle. Sur des plaques de marbre blanc étaient inscrits les noms de centaines de soldats qui y sont enterrés. La croix de pierre, qui existe toujours, se trouvait déjà sur place, mais était peinte en blanc en temps de guerre.



L’historique du cimetière militaire de Vouziers commence sur le cimetière civil situé à proximité. Des soldats allemands y étaient déjà inhumés avant la Première Guerre mondiale, à savoir neuf victimes de la Guerre franco-allemande. Contre le mur oriental se trouvait une fosse commune qui était entretenue avec soin par la partie française. En septembre 1914, environ 85 soldats allemands tués lors des intenses combats de la fin de la bataille de la Marne y trouvèrent également leur dernière demeure. Il existe de nombreuses photos d’époque de cette tombe, de ses monuments et stèles funéraires élaborés. Outre l’enduit mural, seul subsiste la pierre tombale du Feldwebels (adjudant-chef) Friedrich Hermann Walther, K.S. Schützen-Regiment 108, visible à droite sur la photo ci-contre, qui s’est noyé dans l’Aisne le 19 juillet 1871.
Dès la mi-septembre 1914, diverses ambulances furent créées à Vouziers, notamment dans l’ancien « Hospice », l’actuel hôpital municipal, ou dans les grandes écoles, par exemple dans un bâtiment de l’actuel Lycée professionnel Jeanne d’Arc. Un hôpital de guerre (Kriegslazarett) fut installé dans la caserne des cuirassiers. De nombreux blessés des combats de l’Argonne et des batailles de Champagne furent soignés à Vouziers. Parmi eux se trouvaient non seulement des soldats allemands, mais aussi des Français, des troupes coloniales, des Italiens et plus tard également des Russes et des Tchécoslovaques. S’y ajoutaient des prisonniers de guerre de nombreuses nations, employés comme main-d’œuvre et à la construction de positions, ainsi que des membres civils du service de santé et des soins infirmiers, qui contractaient souvent les maladies des soldats, comme la tuberculose ou le typhus.
Pendant la Première Guerre mondiale, le service de santé militaire fut pour la première fois complété par du personnel civil. Outre la Croix-Rouge, les acteurs en étaient les différents ordres de chevalerie, notamment les Johanniter et les Malteser, les Samariter, les ordres hospitaliers catholiques, les diaconies et les associations juives de soins infirmiers. La participation se faisait sur une base volontaire. Les détails étaient réglés par la « Dienstvorschrift für die freiwillige Krankenpflege » (règlement de service pour les soins infirmiers volontaires), parue pour la première fois en 1907. Pendant la Première Guerre mondiale, plus de 220.000 femmes et hommes exercèrent dans les soins infirmiers volontaires. Il « convenait » tout particulièrement aux « jeunes filles de bonne famille » issues de familles nobles et bourgeoises d’accomplir un service de santé. Environ un tiers d’entre elles travaillaient dans des hôpitaux proches du front. La rémunération mensuelle, de 30 à 100 Mark, était modeste. En revanche, les expériences vécues furent d’une cruauté infinie pour ces jeunes femmes, pour la plupart élevées dans un cadre protégé.
Le nombre sans cesse croissant de morts exigea dès l’automne 1914 l’aménagement de tombes collectives dans le cimetière civil de Vouziers. Celles-ci furent d’abord créées dans la partie orientale, puis dans les parties centrale et occidentale, encore partiellement inoccupées.
Comme il était encore d’usage au début de la guerre, des cérémonies solennelles d’inauguration avaient lieu, auxquelles participaient régulièrement des officiers supérieurs jusqu’au rang de général. Une première cérémonie de ce type eut lieu le 22 octobre 1914 en présence de l’inspecteur des étapes (Etappen-Inspekteur) de la 3. Armee (3e armée), GenLt. Adolf Graf von Westarp. Le journal « Der Landsturm » en rendit compte dans un article du numéro 3 du 25 octobre 1914 :
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Dans les mois qui suivirent, des inhumations furent effectuées presque quotidiennement sur le terrain du cimetière civil de Vouziers. Avant tout, les défunts provenant des hôpitaux militaires y furent inhumés. Des monuments funéraires élaborés remplacèrent avec le temps des variantes plus simples, et des croix en métal remplacèrent les croix en bois qui étaient d’abord simples. Le nombre sans cesse croissant de morts nécessita rapidement un agrandissement du terrain funéraire. Ainsi, une zone d’extension fut d’abord créée à la limite ouest du cimetière, en direction de l’actuelle rue de Syrienne. Des photographies d’époque attestent qu’ici aussi, de nombreuses tombes individuelles ainsi que des fosses communes virent le jour en peu de temps. Lorsque cette surface devint elle aussi rapidement insuffisante, le terrain voisin de l’actuel cimetière militaire fut aménagé au plus tard en 1916 à des fins d’inhumation.




Après la fin de la guerre et dans un premier temps sans l’intervention des services allemands, la partie française supprima entièrement les sépultures allemandes se trouvant dans le cimetière civil ainsi que les tombes situées à l’ouest du terrain du cimetière, et transféra les corps des soldats tombés sur le terrain de l’actuel cimetière militaire. On ne procéda guère avec ménagement lors de ces opérations, comme c’était malheureusement l’usage durant les premières années de paix. Un compte rendu de voyage publié dans le 2e numéro de la revue du Volksbund « Kriegsgräberfürsorge » (aujourd’hui : « Frieden »), parue pour la première fois en 1921, atteste des transferts de corps déjà effectués à l’époque et de l’état de délabrement général des carrés allemands situés dans et autour du cimetière civil, ainsi que du terrain de l’actuel cimetière militaire de Vouziers.
Lors des travaux de réinhumation, bon nombre des stèles, parfois richement ornées, et avant tout les plaques nominatives en marbre des diverses fosses communes ont été retirées. En 1925, lors de recherches dans les déblais de la tombe de camarades aménagée par les Français au cimetière du Nord, l’une de ces plaques a été trouvée. Son sort ultérieur ainsi que celui des autres n’est pas élucidé.
Les soldats décédés et à réinhumer trouvèrent pour la plupart leur dernière demeure dans deux grandes fosses communes situées à l’intérieur du marquage au sol de l’actuelle tombe de camarades. Beaucoup n’ont pas été recensés par leur nom. Plusieurs centaines de personnes inhumées ont pu être identifiées de nos jours à l’aide de documents d’archives, de listes de tués, de livres des morts ou de photos d’époque.

De la période initiale de la Première Guerre mondiale et du service militaire des sépultures à Vouziers est conservé sur le cimetière civil un autre reliquat, non reconnaissable comme tel au premier coup d’œil. Il s’agit d’un monument en grès clair situé dans l’angle nord-ouest, dans lequel est incrustée une croix noire en granit. Sur sa traverse, on peut distinguer avec peine l’inscription „HONNEUR AUX MORTS!“ erkennen.
Comme le choix de la langue le laisse supposer, le monument servait à honorer les défunts français. Des photos d’époque attestent qu’il se trouvait déjà en place en 1915, et ce à la tête d’une fosse commune richement aménagée.
Étaient inhumés dans cette fosse commune des soldats français tombés au champ d’honneur et des soldats morts de leurs blessures dans les hôpitaux militaires. C’étaient des victimes des combats acharnés de fin 1914 / début 1915 pendant la soi-disant « bataille d’hiver en Champagne ». Une autre inscription au pied de la croix indique que le monument et la tombe n’ont pas été érigés par le côté français, mais par des membres du VIII. Reserve-Korps (15e et 16e divisions de réserve). Ses régiments rhénans avaient déjà avancé dès septembre 1914 dans la région de Vouziers et y avaient établi divers postes de commandement et installations de ravitaillement. Ils restèrent dans la zone des combats et des étapes locale jusqu’au printemps 1917.


À côté du monument allemand, se trouvent dans la partie occidentale du cimetière civil de Vouziers deux grands carrés de tombes où les défunts des hôpitaux militaires allemands ont été regroupés. Il s’agit, selon les données officielles, de 74 Français, de 72 Russes et d’un Roumain. Dans un caveau discret reposent des soldats français tombés d’anciennes unités de cuirassiers de la Seconde Guerre mondiale, en particulier lors des intenses combats défensifs dans les Ardennes en 1940 (bataille de Stonne).
Pour les défunts français de la Première Guerre mondiale, on peut déterminer majoritairement les dates de blessure et de décès pendant les années de guerre 1915 à 1918 à l’aide de la base de données publique « Mémoire des Hommes ». Il est probable que, contrairement à la version officielle, au moins une partie des morts russes n’étaient pas des prisonniers de guerre soumis au travail obligatoire, mais des membres du corps expéditionnaire russe combattant pour la France. Sa 1re brigade spéciale a été engagée de juin 1916 à avril 1917 pour soulager le front de Verdun, d’abord en Champagne entre les localités de Suippes et d’Auberive, puis dans le secteur du fort de la Pompelle à l’est de Reims. Des indications concordantes se trouvent également dans les registres de décès de l’hôpital de campagne consultables aux Archives fédérales à Berlin (anc. WASt), où l’admission d’au moins 21 des soldats russes inhumés à Vouziers est consignée pour la période pertinente.








Une autre curiosité du cimetière civil de Vouziers est la tombe isolée du soldat anglais Ernest Woodley, originaire de Steventon dans l’Oxfordshire. Private Woodley appartenait au 2nd Battalion du Royal Berkshire Regiment. Il est décédé le 9 août 1918 à l’âge de 39 ans dans un hôpital militaire à Vouziers d’une insuffisance cardiaque.
La manière dont le soldat anglais est parvenu à Vouziers n’est pas clairement établie. Son unité, le 2nd Battalion du Royal Berkshire Regiment, a combattu à partir du 24 mars 1918 sur la Somme en tant que partie de la 25th Infantry Brigade. C’est là qu’elle fut prise dans le prélude de ce que les Allemands appelaient l’« Unternehmen Michael », marquant le début de la soi-disant « offensive du printemps 1918 ». Après de lourdes pertes, les restes de l’unité furent retirés du front fin avril 1918. Dès le 27 mai 1918, ils se trouvèrent exposés, dans un endroit prétendument plus calme, à une nouvelle offensive allemande d’envergure, l’« attaque de Blücher et Yorck » (en anglais : « 3rd Battle of the Aisne ») menée entre Noyon et Reims. Le 2nd Battalion fut submergé et anéanti. Il perdit environ 700 hommes au cours de ces combats, dont 2 tués, 51 blessés et environ 650 disparus. Il est très probable que le Private Ernest Woodley soit tombé aux mains des Allemands en tant que blessé et l’un des disparus, qu’il ait été transporté à Vouziers et qu’il y soit mort à l’hôpital.








Lors d’une visite du cimetière militaire de Vouziers, il vaut la peine d’examiner de plus près les pierres tombales allemandes contemporaines qui ont été conservées. Il s’agit en partie d’œuvres exigeantes du point de vue sculptural. C’est le cas par exemple de la pierre tombale des Landsturmmänner Philipp Moog et Gerhard Ullenboom, décédés le 10 juin 1916 en tant que soldats de la milice de fortification (4./ArmB 60). On trouve en partie des pierres tombales dont l’emplacement initial peut être retracé sur l’une des nombreuses photographies d’époque. Cela vaut par exemple pour la pierre en granit rouge du Hptm.d.R. (capitaine de réserve) et Oberförster Gustav Adolf Kiessling, qui, en tant que chef de la 1re batterie du Reserve-Feldartillerie-Regiments 53 (saxon) (53e régiment d’artillerie de campagne de réserve), est tombé le 6 octobre 1915, au début de la « Herbstschlacht in der Champagne », près de Ripont.
Vouziers – le pilote français Roland Garros
L’histoire concluant cet article traite d’une tombe militaire imposante dans le cimetière civil de la ville de Vouziers. L’ancien pionnier de l’aviation française Roland Adrien Georges Garros y fut inhumé en 1918 ; la plupart des gens l’associent davantage au tennis qu’à la Première Guerre mondiale.
Qu’en dépit de succès très limités dans le combat aérien, ce futur pilote de chasse soit devenu une personnalité importante sur le plan de l’histoire militaire et ait acquis en France une plus grande notoriété que des as de l’aviation tels que Jean Navarre, René Fonck ou Georges Guynemer, reste un mystère à ce jour. Toute sa vie, ainsi que sa description après la guerre, ont été marquées par une héroïsation exagérée de la part de la presse française et par une intense création de légendes.




Roland Garros est né le 6 octobre 1888 sur l’île française de la Réunion, dans l’océan Indien. À l’âge de 12 ans, ses parents l’envoyèrent en France pour y faire ses études. En 1907, Garros entama des études en sciences économiques, en droit et en musique à l’Université de Paris (la Sorbonne). Il les interrompit peu de temps après, après avoir décidé de devenir aviateur en 1908 lors d’un meeting aérien à Reims. En 1910, Garros obtint sa licence de pilote et participa avec succès à diverses compétitions aériennes au cours des années suivantes. À bord d’un Morane-Saulnier G modifié, il réussit en 1913 le premier vol direct au-dessus de la Méditerranée, de Fréjus (France) à Bizerte (Tunisie), avec un temps de vol d’environ 6 heures et sur une distance d’environ 750 kilomètres.
Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, Roland Garros s’engagea dans l’aviation militaire française avec le grade de sous-lieutenant. Avec l’Escadrille Morane-Saulnier 23 (M.S. 23), stationnée d’abord à Villers-lès-Nancy puis dans le nord de la France et en Belgique, il fut initialement employé pour des vols de reconnaissance, puis également comme pilote de chasse.
En août 1914, quelques jours après le début de la guerre, des journaux français propagèrent la nouvelle selon laquelle Garros était tombé héroïquement lors de la première bataille aérienne de l’histoire mondiale. Il aurait prétendument éperonné intentionnellement un zeppelin allemand avec son avion, l’aurait fait s’écraser et y aurait trouvé la mort. En réalité, Garros se trouvait alors à Paris en permission du front et se portait comme un charme.
Dès la fin de 1914, Roland Garros a travaillé avec des techniciens des Saulnier-Werke à Puteaux, près de Paris, sur la possibilité de tirer à travers le cercle de l’hélice au moyen d’une mitrailleuse Hotchkiss montée dans le champ de vision du pilote. Les premiers essais visant à adapter la cadence de tir de la mitrailleuse à la rotation de l’hélice ont échoué. On a finalement mis au point des pales d’hélice spéciales et des cales métalliques (déflecteurs) destinées à dévier latéralement les balles par rapport à la pale de l’hélice et à empêcher ainsi tout dommage. Avec cette technique simple, Garros a tout de même remporté trois victoires aériennes confirmées en avril 1915.
Le 18 avril 1915, Roland Garros a été contraint à un atterrissage forcé, à la suite d’une attaque contre la ligne de chemin de fer située entre la localité belge d’Ingelmunster et la ville de Kortrijk, à l’est d’Ypres, soit en raison d’un défaut technique, soit en raison d’un impact d’infanterie dans une conduite d’essence de son avion. Garros a été fait prisonnier par des cavaliers wurtembergeois dans une ferme située entre les localités de Lendelede et de Hulste.
Les restes de l’avion français, un Morane-Saulnier N moderne, ont été transportés en Allemagne et examinés dans les usines aéronautiques Fokker près de Schwerin (Fokker Aeroplanbau GmbH).
On peut encore lire aujourd’hui à maintes reprises que l’ingénieur et pionnier de l’aviation néerlandais Anthony Fokker, qui travaillait pour l’armée allemande, aurait perfectionné la technique des déflecteurs constatée sur l’avion de Roland Garros et l’aurait prise comme base d’un mécanisme de synchronisation développé par la suite. Cette représentation ne correspond pas non plus aux faits. Dès avant le début de la guerre, toutes les nations belligérantes travaillaient déjà sur des possibilités d’armement fixe et automatisé pour les avions. Dès 1913, l’ingénieur d’origine suisse Franz Schneider avait fait enregistrer et breveter un « dispositif de tir pour armes à feu sur aéronefs » auprès de l’Office impérial allemand des brevets.
L’ingénieur français Louis Peyret, qui travaillait pour les Saulnier-Werke, avait également réussi dès le début de 1914 à développer un système hydraulique d’interruption similaire. En raison de la mauvaise qualité et des temps d’allumage irréguliers des munitions françaises, celui-ci n’a toutefois pas été utilisé dans un premier temps.
Certes, l’équipe d’Anthony Fokker a également tenté de protéger les pales d’hélice des avions au moyen de déflecteurs ou d’autres dispositifs métalliques. Cependant, toutes ces tentatives ont échoué en raison de l’énergie élevée des projectiles et de la force de pénétration des munitions allemandes à enveloppe d’acier.
Quelques mois déjà avant la prise de possession de l’avion français de Roland Garros, des spécialistes de l’équipe de l’ingénieur Heinrich Lübbe avaient développé, à partir de la technique inventée par Franz Schneider, un mécanisme de synchronisation spécialement conçu pour les différents monoplans Fokker. En mai 1915, après que celui-ci eut atteint le stade de la production en série, Fokker a spontanément équipé un monoplace A.III d’une mitrailleuse Parabellum synchronisée en conséquence et s’est rendu à Berlin dans l’une de ses voitures de sport, l’avion en remorque.
Sur l’aérodrome militaire de Döberitz, il présenta son invention à des représentants de l’état-major général et au „Chef des Feldflugwesens“, tout juste nommé, le General der Flieger Hermann von der Lieth-Thomsen.
Les hauts officiers reconnurent le potentiel de la nouvelle technique. Il fut convenu de présenter un prototype du nouveau « monoplace de combat » aux commandements d’armée le long du front occidental. En juin 1915, Fokker partit en voyage avec le pilote de combat Leutnant Otto Parschau. La première étape fut, le 13 juin 1915, le quartier général du prince héritier allemand (5e armée) près de Stenay. Le 23 juin 1915, ce fut au tour de la 6e armée à Lille, avec le prince héritier bavarois. Plus tard, le modèle d’essai fut également testé par les pilotes allemands Oswald Boelcke et Max Immelmann. Eux aussi furent enthousiasmés par ses capacités. L’appareil, désigné par la suite sous le nom de Fokker E avec les numéros de modèle I – IV, fut le premier Jagdflugzeug construit en série. Il assura aux aviateurs allemands la suprématie dans le ciel du front occidental jusqu’à une date avancée de l’année de guerre 1916.
Roland Garros fut amené en Allemagne en février 1918 en tant qu’officier prisonnier de guerre et interné en divers lieux. Ce n’est que le 14 février 1818 qu’il réussit à s’évader de sa prison d’alors, le cavalier I „Scharnhorst“ de la forteresse de Magdebourg, autrefois la plus forte forteresse de l’Empire allemand. La légende raconte que Garros et un co-détenu, le pilote Anselme Marchal, purent s’échapper après avoir corrompu les gardes et vêtu d’uniformes allemands contrefaits. Auparavant, Garros aurait reçu de partisans en France un jeu de raquettes de tennis dans le manche desquelles était cachée une carte topographique de l’Empire allemand. Cette version non plus n’est pas attestée et doit plutôt être considérée comme un lien artificiel avec son rôle ultérieur dans le tennis.




En passant par les Pays-Bas et Londres, les deux soldats parvinrent finalement à regagner la France. Ils y furent fêtés comme des héros. Tous deux furent nommés Officiers de la Légion d’Honneur et Garros fut en outre promu Oberleutnant. Il refusa un poste à l’académie militaire française. Garros insista pour être affecté de nouveau le plus rapidement possible comme pilote de chasse. Il dissimula à cette occasion une affection oculaire avancée qui l’obligeait à porter des lunettes en cachette pendant ses missions.
En août 1918, Roland Garros fut affecté à l’Escadrille 26, qui appartenait alors à la 4e armée française. Après quelques heures de vol, il reprit du service actif. Aux commandes d’un biplan de type SPAD XIII, il obtint une nouvelle victoire homologuée le 2 octobre 1918.
Garros est souvent désigné comme le premier « as de l’aviation » du monde. En réalité, il n’obtint cependant que quatre victoires aériennes homologuées. La condition pour l’attribution du titre d’« as » était d’en compter cinq ou plus. L’honneur de devenir le premier « as de l’aviation » revint à un autre pilote français. Il s’agissait d’Adolphe Pégoud, qui fut le premier à remplir ces conditions avec six victoires.
Le 5 octobre 1918, au début de l’offensive de la Meuse-Argonne alliée, un bombardement fut mené contre la gare de ravitaillement allemande de Saint-Morel sur la ligne ferroviaire Amagne-Lucquy–Revigny, d’une importance stratégique. En combat aérien, Roland Garros fut abattu. Son appareil s’écrasa dans un champ au nord de la localité. Garros y perdit la vie. Son vainqueur aurait été le pilote de chasse allemand Hermann Habich, de la Jasta 49, aux commandes d’un Albatros D.III. Le pilote et son avion furent transportés à Vouziers. Garros fut identifié dans un hôpital militaire de la ville par son ami intime Edmond Audemars, puis inhumé dans le cimetière civil de Vouziers. Son avion fut retrouvé en novembre 1918, après la reprise de Vouziers par les Français, derrière l’église, sur les rives de l’Aisne.




Aujourd’hui, très peu de personnes pensent, à l’évocation du nom de Roland Garros, à l’histoire mouvementée de ce jeune pilote français ou à la ville de Vouziers. En 1928, 10 ans après sa mort, le complexe de tennis construit à la lisière sud du bois de Boulogne près de Paris a été baptisé de son nom. Depuis lors, les championnats internationaux de France de tennis (French Open) se déroulent dans le « Stade Roland Garros ».




































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